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UNE ÉVOCATION DU 13ÈME ARRONDISSEMENT DE 1860 AUX ANNÉES 30

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SAVIEZ-VOUS QUE...

Le Paris-Soir du 24 octobre 1932 rapportait que, rue de la Glacière, un magasin de jouets affichait sur sa porte cette pancarte : « Ici on remplace les mauvaises têtes » et commentait en écrivant : « Quel dommage que cette chirurgie miraculeuse ne puisse encore s'appliquer qu'aux belles poupées de porcelaine rose ! »


La rue Henri Pape s'appelait jusqu'en 1897, rue Edmond-Valentin


C'est par un décret impérial du 2 octobre 1865 que le boulevard de Vitry devint la rue de Patay.

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 Les gosses en marge - 1

Les gosses en marge

1 - Dans l'ombre de la Cité Jeanne-d'Arc

C'est rue Baudricourt que j'ai rencontré Mimile. Il était deux heures après midi. À ce moment de la journée les enfants sages sont à l'école; mais si l'on veut voir Mimile, ce n'est pas à l'école qu'il faut aller. Mimile n'a jamais ressenti le besoin de lire, il compte assez bien pour voler les marchands ; qu'irait-il donc faire à l'école ? Apprendre la géographie peut-être ? Oh ! là là ! Mimile connaît son quartier, ça lui suffit.

Donc c'est, rue Baudricourt que nous nous rencontrâmes. Mais peut-être ignorez-vous la rue Baudricourt ; les Parisiens sérieux ne fréquentent guère les « au-delà » de la place d'Italie, cette espèce de faubourg de province avec ses maisons basses, plantées de guingois parmi des terrains vagues, ses enfilades de palissades et de murs que le printemps hérisse d'une chevelure de feuilles, ses granges qui, à même la rue, vous déversent de la paille et des poules. La rue Baudricourt est perdue quelque part là-dedans. Presque à l'entrée s'avancent deux bicoques entre lesquelles se déverse l'impasse des Hautes-Formes, torrent de pavés tumultueux qui descend des hauteurs de la rue de Tolbiac; sous l'aisselle d'une de ces masures se cache une fontaine.

Une fontaine ! On ne s'imagine pas quel jouet merveilleux c'est, pour un gosse, une fontaine. A l'instant où je passai, Mimile était monté sur celle-là et, son doigt habilement placé sous le jet, il aspergeait la chaussée. Vous le voyez d'ici : dix ans à peine, une petite tête rouge  aux poils ras, trois dents de moins sur le devant, un nez qui se mouche tout seul, quand il y songe, et des yeux… Passe une vieille femme. Les vieilles gens grognent à propos de tout ; le jeu de Mimile l'irrite ; elle grommelle. Mieux eût valu qu'elle se tût !

— Que qu'tu dis. vieux trognon ? hurle le petit môme. Tu veux que j' t'en f. plein la g., pour te la fermer ?

C'est alors que je me suis approché :

—  Qu'est-ce que tu fais là ?

— J'arrose.

— Et l'école ? elle est donc fermée ?

— M… !

Et Mimile, dégringolé de sa fontaine, s'est enfui dans un fracas de galoches jusqu'au coin de la rue Nationale, d'où il m'a lancé un pied-de-nez.

*             *

Je l'ai retrouvé le soir même, place Jeanne-d'Arc, devant l'église où tourne et chantonne toute l'année un manège de chevaux de bois. Cyniquement, à quelques pas de l'école, il jouait aux billes avec d'autres gamins.

Des irréguliers comme lui, cela va sans dire. J'ai su depuis leurs noms et leur histoire. Il y avait là Totor et Tintin, treize et douze ans, deux frères dont l'un est estropié ; la bande à Bébert, trois gosses de la classe 1940, spécialisés dans le vol aux étalages ; Auguste le clown, et l'un des fils de « Nez Rongé », chiffonnier, cité Jeanne-d'Arc. La jolie troupe ! Totalisent-ils, à eux huit, cinq cents jours de présence annuelle à l'école ? De quels péchés enfantins n'est pas chargée leur petite conscience ? Mais que leur importe ! Ils perpétuent une tradition. Leurs aînés ont vécu ainsi, en marge des lois puériles, rôdant, chapardant, ignares, mais libres. Libres de cette liberté que donnent l'insouciance et la misère… Ce n'est pas Mimile et Auguste que j'ai suivis dans leurs aventures; ce sont des générations d'Augustes et de Mimiles qui, depuis soixante ans que la cité Jeanne-d'Arc fait peser sur tout ce quartier son ombre et sa puanteur, mènent l'a même existence d'outlaws de la rue. Cinq étages de crasse et de vice les lâchent sur le pavé.

Quand nous verrons ces petits indomptables s'adonner à des travaux que l'a morale réprouve, quand nous les prendrons la main dans le sac, quand nous les entendrons jurer comme des hommes, n'oublions pas, même s'ils nous font rire, d'évoquer en fond de tableau la sordide forteresse, grillée comme une prison, sombre et malsaine comme une cave, qui les a faits ce qu'ils sont.

R. Archambault.

A lire également

1 - Dans l'ombre de la Cité Jeanne-d'Arc.

2 - Une leçon d'école… charbonnière.

3 - Ici on est nourri gratis.

4 - La naissance d’un clown.

5 - Petites fugues sur un thème banal

6 - Ceux de la Glacière, rois des chapardeurs.

7 - Les bonnes opinions sont celles qui font vivre.

8 - Et quand ils seront grands.

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Faits divers

Un journaliste yougoslave assassiné à la Butte-aux-Cailles - 1930

Accrochée au boulevard Blanqui, la rue des Cinq-Diamants escalade la Butte-aux-Cailles. Rue morne et sans fantaisie, elle aligne, le long de maigres trottoirs, une vulgarité perspective de maisons lisses, crises, mornes, trouée, çà et là, par les contrevents vert pomme d'un bar ou par la façade blanchie à la chaux d'un meublé pauvre.

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Les deux assassins ont été vus à l'angle de la rue Croulebarbe et de la rue Corvisart - 1930

La petite cité aux rues tortueuses qui, village dans la ville, se tasse entre la place Paul-Verlaine et le boulevard Auguste-Blanqui, bourdonne ce matin d'un naturel émoi.

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Le crime de la Buttes-aux-Cailles - 1930

Les inspecteurs de la brigade spéciale poursuivent avec activité, mais sans résultats réellement intéressants, leur enquête sur l'assassinat dont fut, lundi, la victime le mystérieux Yougoslave Joseph Werner.

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Le pénible drame du quartier Croulebarbe - 1929

Lamentable drame que celui qui jeta, hier soir, l'émoi dans le populeux quartier Croulebarbe.

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Une cartomancienne assassine son ami - 1921

n cette pittoresque cité Jeanne-d'Arc, 166 bis rue Nationale, où gitent tant de laborieux chiffonniers, était, il y a quelque temps, venu se fixer un couple, assez mal assorti du reste, sur l'existence duquel on manque, pour l'instant, de renseignements.

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L'incendie de la rue des Cordelières - 1895

Hier soir, vers sept heures et demie, le feu s'est déclaré, avec une grande violence, dans l'immeuble situé 24, rue des Cordelières (13è arrondissement), où se trouvent une fabrique d'eau de seltz et un dépôt d'eaux minérales appartenant à M. Aureau.

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Grave affaire de fraude dans le quartier Croulebarbe - 1904

Les sels dénaturés utilisés par les tanneurs de la Bièvre servaient ensuite pour la confection des glaces, sorbets et gaufrettes

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Des bandits en auto dévalisent une passante puis attaquent une crémière - 1931


Le drame de la rue Brillat-Savarin - 1900


Le drame de la rue de Tolbiac : un mari qui tue sa femme - 1902


Le drame de la rue de Tolbiac : un commis boucher blesse grièvement sa femme puis se suicide - 1936


Le drame de la rue de Tolbiac : Un soldat tire sur sa femme et la blesse mortellement - 1908


Le drame de la rue de Tolbiac : le cordonnier violent avait tué avec un tranchet - 1912


Le drame de la rue de Tolbiac : un drame passionnel fait deux morts - 1906


Le drame de la rue de Tolbiac : double tentative de meurtre - 1895


Le drame de la rue de Tolbiac : double tentative de meurtre - 1895 (Petit-Parisien)


Le drame de la rue Jenner n°27 - 1893


Le drame de la rue Jenner n°6 - 1893


Le drame de la rue des Tanneries - 1932


Le drame des Gobelins - 1904


Le crime de la rue de Tolbiac - 1902


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