entete


UNE ÉVOCATION DU 13ÈME ARRONDISSEMENT DE 1860 AUX ANNÉES 30

sans titre 1

SAVIEZ-VOUS QUE...

Dans la semaine du 15 au 22 mars 1929, le cinéma Clisson Palace (61-63 rue de Clisson) jouait "Trois jeunes filles nues".


La rue de Lourcine a pris le nom de rue Broca en 1890.


L'asile Nicolas-Flamel, 71 rue du Château-des-Rentiers, fut inauguré le 18 mai 1889.

menu-nouveautés
 Les gosses en marge - 2

Les gosses en marge

2 - Une leçon d'école… charbonnière

On ne peut pas courir; les rues et jouer aux billes toute la vie ; il faut bien, même quand, on est gosse, se rendre utile une fois par jour. Dès que le soleil est couché, Mimile et les copains travaillent.

Vers cinq heures en hiver, la rue de Tolbiac est à toute noire. Au numéro 97 s'ouvre la grille de la gare Gobelins-Ceinture, au numéro 102 celle de l'usine à, gaz ; deux cents mètres à peine les séparent. C'est là qu'est leur chantier.

Ils s'y retrouvent une vingtaine, munis de leurs instruments de travail. Singuliers ouvriers : les plus vieux ont treize ans, les plus jeunes huit. Singuliers outils : des musettes rapiécées qui pendent, à ces frêles épaules, des sacs qui brinqueballent sur ces maigres dos. Mimile, naturellement, est là, nanti d'un vaste cabas rouge dont la corde est serrée autour de son poignet. Tapie dans l'ombre portée des murs de la gare, toute l'équipe attend.

Soudain, alerte ! Dans la cour des sabots résonnent, des roues bondissent sur les pavés boiteux. Un camion sort, lentement, des sacs de charbon le chargent jusqu'au siège, où le cocher paraît somnoler. C'est l'instant de la curée. D'un saut, deux gamins se sont élancés sur la voiture; leurs petites mains agiles font rouler des blocs de houille; qui vont s'écraser sur la chaussée en une manne scintillante. Un sac résiste-t-il ? Un coup de couteau l'éventre. Toute la bande, s'écrase dans le sillage et les musettes s'emplissent d'un beau butin qui fait, en un instant, plus noires les frimousses sales.

A la porte de l'usine à gaz, même scène ; mais ici c'est du coke qu'on grappille.

— Tu vises, dit Mimile à Totor, qui clopine à côté de lui de toute l'ardeur de sa jambe malade ? Tu vises ? Il est bath, le vieux.

Et de son doigt pointé il montre le camionneur qui, à demi tourné vers les maraudeurs, pousse du fouet, sans en avoir l'air, un sac de charbon qui s'écroule et fait par terre, soudain, une mine vite épuisée.

— Ça, c'est un pote, opine Totor dont la musette demande grâce. Ça n'est pas comme le gros de la gare, le pipelet. La vache !

Et Totor, amèrement, se rappelle à part lui le soir où s'étant aventuré dans la cour, il s'était tout à coup senti l'oreille happée par une poigne implacable et vu mener, piteux, au commissariat du passage Ricaut. Ce n'est pas qu'il ait très peur du commissaire, et tout le monde n'a pas le malheur d'avoir une mère comme celle de Jojo, qui vint un jour chercher son fils au poste armée d'une batte de tonnelier ; mais on a sa dignité, n'est-ce pas ?

*             *

Et maintenant, alourdie de rapine, la bande se replie sur ses quartiers nocturnes ; le temps de chiper quelques pommes aux devantures de la rue Nationale, et la cité Jeanne d'Arc l'engloutit. La cité, à cette heure, est vraiment effroyable ; l'ombre la fait plus empestée. Dans les ruelles semées d'ordures, dans les escaliers dont les rampes se sont, depuis longtemps envolées en fumée dans les fourneaux des locataires, les pourvoyeurs s'égaillent. Sur les paliers où les pieds claquent dans l'eau fangeuse, des commères les attendent dans l'ombre (les malins ont vendu naguère les ampoules électriques) ; et des marchandages commencent :

— Vingt ronds ma musette, la mère.

— Quinze, mon gars; c'est du coke.

— Vingt, j'ai manqué me faire poisser.

— Dix-huit alors.

On finira par s'entendre ; tout à l'heure, quarante sous tinteront sur la table familiale, et le père, daignant s'avouer content de son fils, lui décrétera peut-être une rondelle de saucisson d'honneur.

R. Archambault.

A lire également

1 - Dans l'ombre de la Cité Jeanne-d'Arc.

2 - Une leçon d'école… charbonnière.

3 - Ici on est nourri gratis.

4 - La naissance d’un clown.

5 - Petites fugues sur un thème banal

6 - Ceux de la Glacière, rois des chapardeurs.

7 - Les bonnes opinions sont celles qui font vivre.

8 - Et quand ils seront grands.

Menu faits divers

Faits divers

Mutilé par son amie - 1914

Malgré cinq ans de vie commune, Émile Daucourt, polisseur, âgé de trente ans, et sa maîtresse, Marie Pécret, une forte femme de trente-cinq ans, ne formaient pas un couple parfait.

Lire


Un Agent parachute - 1894

La jeune Louise Cardon, âgée de quatre ans, demeurant chez ses parents, rue Broca,était montée, sur une chaise...

Lire


Inondation boulevard Kellermann - 1901

A la hauteur du numéro 26 du boulevard Kellermann, entre la porte de Bicêtre et la poterne des Peupliers, se trouve l'accès d'une double rampeaboutissant d'une part à la rue du Moulin-de-la-Pointe et d'autre part à la rue Damesme.

Lire


Une femme tue son amant - 1911

Hier, vers une heure de l'après-midi, la concierge de l'immeuble, 198, rue de Tolbiac, voyait descendre, échevelée, un revolver à la main, une de ses locataires...

Lire


Un brigadier de police tue sa femme dans un accès de fureur et disparaît - 1932

La jalousie et la colère n'ont pas seules le triste privilège de pouvoir être évoquées comme les seuls mobiles de drames sanglants. L'avarice conduit parfois au crime ceux qu'elle hante.

Lire


Au bas de la pente - 1911

Hier matin, à deux heures, il soufflait un vent violent. Dans sa chambre du premier étage, donnant sur la rue de l'Amiral-Mouchez, numéro 18, Mme Baugrand entendait ses enfants se plaindre du froid qui entrait par de trou d'un carreau brisé...

Lire


La rupture d'une conduite d'eau - 1930

Avenue de la Porte-d'Italie, sur la zone récemment annexée, une conduite d'eau s'est rompue hier matin, vers 9 heures. (Cet accident en répétait un autre, identique, qui se produisit là, il y a dix-huit mois.)

Lire


Une usine incendiée - 1911


Drame de l'alcoolisme - 1903


La mort de Céline Pasquet - 1908


La police devra-t-elle assiéger dans la cité Jeanne-d'Arc Henri Odoux qui blessa sa voisine ? - 1935


L'ivrogne qui avait blessé sa voisine est arrêté - 1935


Cité Jeanne-d'Arc - Les agents protègent les ouvriers démolisseurs des taudis - 1935


Tentative d'émeute cette nuit rue Nationale - 1er mai 1934


A l'hôpital de la Pitié un fou cherche à tuer un surveillant de nuit - 1908


Sombre histoire de charbon - 1937


Les fureurs d'un alcoolique - 1894


Terrible méprise - 1897


Les étrangleurs des Gobelins - 1895


Crue de la Bièvre - 1881


Un cimentier italien découvert blessé dans le sous-sol d'un immeuble en construction - 1931


sans titre 2

© paris-treizieme.fr pour la transcription du texte