Faits divers

 Un veuf tire sur sa maîtresse puis se suicide - 1914

Scène tragique rue Philippe-de-Champaigne

Un veuf tire sur sa maîtresse puis se suicide

Le Petit Parisien — 19 février 1914

Les drames de la jalousie ses succèdent depuis quelque temps, avec une fréquence déconcertante. Hier encore, un amant a voulu tuer sa maitresse. Il n'a réussi qu'à la blesser, mais la croyant morte, il s’est suicidé auprès d'elle.

Les malheurs d'Henri Lecoin

La laiterie Verny, située en plein cœur du populeux quartier de la Gare, 17, rue Bruant occupait, depuis quatre années, Henri Lecoin, âgé de vingt-huit ans, en qualité de caissier-comptable.

C'était un employé laborieux, dévoué, scrupuleux, bref un modèle. Ses patrons ne tarissaient pas d'éloges sur sa personne et se reposaient entièrement sur sa probité. L'an dernier, un malheur fondit soudain sur lui.

A quinze ans, il s'était mis en ménage avec une jeune fille, plus jeune que lui d'un an et demi il avait régularisé plus tard sa situation en l'épousant. Or, en avril, sa femme, qu'il adorait, fut emportée par une maladie foudroyante. Cette perte faillit enlever la raison à Henri Lecoin.

Pour essayer d'oublier celle dont il s'efforçait vainement de chasser le souvenir, le caissier se mit à boire, et, petit à petit, contracta des habitudes d'intempérance qui bientôt l'amenèrent à négliger son travail. Six mois après la mort de sa compagne, le hasard mit sur son chemin une amie d'enfance de la défunte, Angèle Boulet, de cinq années plus âgée que le caissier. Cette femme, originaire d'Amiens, demeurant, rue du Faubourg-Saint-Antoine, venait récemment de perdre son mari, M. Meylemans.

Lecoin crut trouver en elle une âme sœur.

Il se trompait malheureusement ! De caractère plutôt volage, Angèle était connue dans un certain milieu sous le sobriquet de Lulu. Cette liaison ne fut pas assez sérieuse pour ramener Lecoin dans la bonne voie. Il en arriva même à se rendre coupable de légères malversations et, en raison du relâchement de sa conduite, son patron se vit contraint de le congédier le 31 janvier dernier. Il lui accordait une indemnité d'un mois de traitement.

Se rappelant alors son existence heureuse de jadis, le caissier chercha une autre situation et ne la trouva pas. Cette fois, son esprit déjà désemparé sombra dans le désespoir.

La dernière nuit

Avant-hier soir, il dina avec sa maîtresse, puis tous deux se rendirent dans un hôtel, 8, rue Philippe-de-Champaigne, où ils louèrent, au second étage, la-chambre numéro 21. Lui, s'inscrivit sous le nom de Henri Lecointre, employé de commerce, 62, boulevard de la Gare ; elle, sous celui de Lucienne Boulet, âgée de trente-trois ans, demeurant, 234 faubourg Saint-Antoine. Hier, vers midi et demi, le patron et le garçon de l'hôtel étaient occupés à la cave, quand ils perçurent trois détonations successives. Ils remontèrent précipitamment et furent guidés jusqu'à la porte de la chambre n° 21 par des râles et des gémissements. Dès que l'huis fut ouvert, un spectacle horrible s'offrit à leurs yeux. Lecoin gisait sur la descente de lit, le visage rouge de sang. Son corps se convulsait sous les soubresauts des affres de l'agonie. Il avait la tempe droite trouée d'une balle et tenait encore, dans la main gauche, un browning entièrement chargé.

Sur le lit, se lamentait sa compagne, le visage également ensanglanté. Un second revolver était à côté d'elle trois cartouches étaient brûlées.

La blessée avait reçu deux balles l'une s'était logée dans le bras droit, l'autre avait traversé la lèvre supérieure et fracturé le maxillaire. Elle fut transportée aussitôt à l'hôpital de la Pitié, où elle raconta, à M. Yendt, commissaire du quartier, le drame rapide qui venait de se dérouler.

L'explication du drame

Comme son amant sollicitait un nouveau rendez-vous pour le soir même et qu'elle refusait de s'y rendre, Lecoin avait été pris d'un fol accès de jalousie et avait sorti de sa poche deux revolvers.

Se servant de celui qu'il tenait de la main droite, il avait tiré, sans mot dire, sur la pauvre fille. La croyant morte, il s'était logé une balle dans la tête, toujours avec la même arme.

L'état d'Angèle Boulet parait sans gravité ; quant au caissier, il n'a pas tardé à succomber, sans avoir repris connaissance.

Le malheureux n'avait plus que quelques francs pour toute fortune. La mère du désespéré, demeurant, 19, rue des Ursins, a été prévenue avec les plus grands ménagements, dans la soirée, par M. Yendt.

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Le 2 décembre 1923, le quotidien Paris-Soir rapportait qu'avenue des Gobelins, en face du 51, des agents avaient surpris Marcel Popinel, demeurant en hôtel, rue Lebrun, qui avait percé un fut de vin. Le pipeur a été conduit au commissariat de police du quartier.

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L'Eglise Sainte-Anne de la Maison Blanche, de style romano-byzantin, est due à l'architecte Bobin.

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Le marché aux chevaux du boulevard de l'Hôpital s'y installa le 1er avril 1878 revenant ainsi à proximité de son emplacement initial où il avait été installé une première fois au XVIIe siècle et dont il avait été chassé en 1866 pour permettre l'achèvement du boulevard Saint-Marcel.
Entre ces deux périodes le marché aux chevaux était implanté sur le boulevard d'Enfer, futur boulevard Raspail, non loin du boulevard du Montparnasse, sur un terrain rejoignant le futur boulevard Edgar Quinet, alors boulevard de Montrouge.

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La rue Regnault dans le quartier de la Gare honore le peintre néo-classique français Jean-Baptiste Regnault (1754-1829) et non le peintre Henri Regnault (1843-1871), tué à la bataille de Buzenval, qui, lui, a sa rue dans le 14e arrondissement.

L'image du jour

Bastion 91 boulevard Masséna

Situé entre les portes d'Ivry et de Vitry, le site du bastion 91 est aujourd'hui occupé par la caserne de pompiers Masséna.