Faits divers

 La guerre à propos d’œufs de Pâques - 1897

La guerre à propos d’œufs de Pâques

Le Temps — 20 avril 1897

« Les œufs, les beaux œufs de Pâques », criait, hier, vers onze heures et demie, d'une voix tonitruante et qui remplissait l'avenue d'Italie, un marchand ambulant. Il poussait devant lui une petite voiture, où reposaient sur un lit de mousse des œufs de Pâques de toutes les dimensions, les uns, en sucre, tout blancs, les autres, en chocolat, d'un brun foncé le plus appétissant du monde. Et, dans la cohue des matins de grandes fêtes, la petite carriole s'avançait, avec d'inquiétants mouvements de tangage, tandis que l'homme s'époumonait : « Les œufs, les beaux œufs de Pâques ! »

L'avenue d'Italie vers 1900
L'avenue d'Italie vers 1900

Il prenait bien son temps. Seuls, des enfants tournaient autour des œufs blancs et bruns, avec de longs regards d'envie, et de petits mouvements de langue ; mais les enfants ne sont point des acheteurs. Les ménagères, elles, passaient vite, se hâtant vers leur déjeuner.

L'homme s'énervait. Il était plus de onze heures et on ne l'avait pas encore « étrenné ». Maintenant, il tirait par la manche les ménagères pressées, répétait sans pause son boniment, suppliait, jurait… en vain.

Une ménagère, Mme Hortense Kleine, demanda le prix d'un œuf en chocolat.

L'homme, qui se nommait Lepiout, ne se sentit pas de joie :

— Deux francs !

L'autre en offrit vingt-cinq sous.

— Mais je l'ai payé plus cher, moi !

Et le marchand consentit à rabattre cinq sous. C'est trop cher, répliqua Mme Kleine et elle s'éloigna.

La carriole courut après, elle.

— Prenez-le pour trente sous ! clama l'homme.

— Non, non, vingt-cinq sous !

— Eh bien, le voilà pour rien du tout !

Et, joignant le geste à la parole, Lepiout, que sa déconvenue avait rendu furieux, jeta, au beau milieu de la figure de la ménagère, l'œuf, qui s'y écrasa.

L'avenue d'Italie

Mme Kleine est une vigoureuse femme de trente-cinq ans à peine. Elle lâcha son panier, poussa une sorte de hurlement, se précipita vers la carriole, puisa des deux mains dans la masse des œufs et pif ! paf ! se mit à assommer le marchand avec sa propre marchandise. Lepiout que la rage emportait sans réfléchir qu'il travaillait lui-même à sa propre ruine, se défendit à coups d'œufs. En un clin d'œil, le sol de la chaussée fut couvert de débris de sucreries et de chocolat. Les gamins les ramassaient, jusque sous les jambes de Lepiout, les enfonçaient dans leurs bouches il dut y avoir, dans le quartier d'Italie, le soir, d'épouvantables indigestions. Autour des belligérants, un cercle épais d'arbitres s'était formé. « Bravo, Hortense ! Encore un « pain », le Turc ! » ; et c'étaient de longs-éclats de rires, qui fusaient vers le ciel bleu.

Brusquement, la scène changea.

La carriole était vide et le dernier œuf un œuf magnifique de quarante-cinq sous venait s'aplatir sur l'œil gauche de l'homme, qu'il avait momentanément rendu borgne.

Alors, Lepiout, excité par la douleur, les cris des assistants à l'image de sa ruine, écarta les enfants, se jeta sur Mme Kleine, la terrassa, à coups de poing lui laboura la figure à coups de pied le ventre.

Il fallut arracher des mains de, cette brute la malheureuse femme. Elle était dans un piteux état. Elle avait la figure pleine de sang et se plaignait de vives douleurs internes. On la porta, à moitié évanouie, dans une pharmacie, ou elle fut pansée.

Quant à Lepiout, immédiatement arrêté, il fut conduit au commissariat de police de M. Rémongin, qui le garda à sa disposition.

À lire également...

Avenue d'Italie

Le crime de l'avenue d'Italie

1897

A neuf heures du soir, à deux pas de l'avenue d'Italie, assez animée à pareille heure, trois bandits ont attaqué et dépouillé un passant qui a succombé aux blessures qu'ils lui avaient faites.

...


La guerre à propos d’œufs de Pâques

1897

« Les œufs, les beaux œufs de Pâques », criait, hier, vers onze heures et demie, d'une voix tonitruante et qui remplissait l'avenue d'Italie, un marchand ambulant. Il poussait devant lui une petite voiture, où reposaient sur un lit de mousse des œufs de Pâques de toutes les dimensions, les uns, en sucre, tout blancs, les autres, en chocolat, d'un brun foncé le plus appétissant du monde.

...


Quartier de la Salpétrière

La rafle de la place des Alpes

1923

Le bal où ce magnifique coup de filet a été donné est l'« Excelsior », place des Alpes. Et les reporters ajoutent : « Il est probable que l'on retrouvera parmi ces danseurs interlopes des voleurs internationaux que la police recherchait depuis pas mal de temps. »
Eh bien ! cela m'étonnerait.
Les voleurs internationaux ne doivent guère fréquenter les dancings dont les orchestres, riches en accordéons, réveillent les échos de la place des Alpes !

...


Poterne des Peupliers

Descende de police rue du Pot au-Lait

1894

Pendant la nuit dernière, une descende de police a eu lieu dans les cabarets et garnis à la nuit du quartier de la rue du Pot au-Lait, dans le 13e arrondissement, où l’on supposait, d’après divers indices, que s'était réfugié un individu surnommé le Petit gouapeur...

...

Saviez-vous que... ?

Dans la nuit du 5 avril 1579, la Bièvre provoqua de si graves dévastations que le peuple appela cette inondation le « déluge de saint Marcel ».

*
*     *

La boucherie centrale de l'Assistance Publique était installée en 1860 au sein de l'abattoir de Villejuif situé 181 boulevard de l'Hôpital. Elle livrait 112.000 kilogrammes de viande par an.

*
*     *

Le 3 octobre 1923, à 9 h30, le laboratoire municipal faisait enlever un obus de 37 en face du 88 de la rue de la Glacière.

*
*     *

Par suite de la rupture d'une conduite, une fuite de gaz se produisait, le 19 mars 1897 dans l'après-midi, en face du n°59 du boulevard Arago.
Bien que le gaz s'échappaît à l'air libre, deux passants furent à demi asphyxiés et durent être transportés à l'hôpital Broca.
Les pompiers du poste de Port-Royal obturèrent‚ provisoirement la fissure avec de la terre glaise, en attendant une complète réfection.

L'image du jour

Le boulevard de la Gare (Vincent Auriol) vers la rue Jenner