Le crime de la rue du Moulin-des-Prés - 1878

Le crime de la rue du Moulin-des-Prés

Le Figaro — 16 février 1878

C'est à la limite du XIIIe arrondissement, sur les bords fangeux de la Bièvre, presque hors de Paris, qu'il faut aller chercher cette rue qui a été hier le théâtre d'un drame sanglant.

Au n°7, habitaient un sieur Scheffer et sa femme. Celle-ci, âgée de vingt, ans, est une brave et laborieuse ouvrière, estimée de tout le monde dans le quartier. Scheffer, plus âgé qu'elle de douze ans, est au contraire connu comme un mauvais sujet, plus assidu au cabaret qu'à l’atelier, et qui mange, ou plutôt boit, la plus claire partie du salaire de sa femme.

La rue du Moulin-des-Prés aux alentours du n°7

Naturellement, la concorde ne régnait pas dans un pareil ménage. Le mari trouvait que sa femme gagnait trop peu selon ses désirs, et, comme il ne pouvait alléguer ce motif pour crier, il feignait, naturellement, une jalousie hors de propos.

Hier soir, vers six heures Scheffer se rendit à l'atelier où travaillait sa femme, et la fit demander.

— N'y va pas, Honorine ! dit une des camarades de Mme Scheffer saisie d'un pressentiment.

Mais la jeune femme ne tint aucun compte de cet avertissement ; elle sortit et trouva son mari à la porte.

Il commença, selon sa coutume, par lui demander de l'argent. Puis, comme elle lui disait qu'elle n'en avait pas, une querelle s'engage, et tout à coup, Scheffer, sortant de sa poche un couteau à virole, le plongea dans la poitrine de sa femme.

La lame entra jusqu’au manche dans le sein gauche. La malheureuse tomba avec un sourd gémissement.

Elle fut immédiatement relevée et portée chez M. Bonvallot, herboriste, où les premiers soins lui furent donnés. M. le docteur Rochette, qu'on avait couru chercher, constata une plaie transversale de cinq centimètres de largeur, ayant occasionné une volumineuse hernie au poumon. Il ne put que faire un premier pansement afin de permettre le transport de la blessée à la Pitié, où elle a été placée salle Saint-Jean, lit n° 14.

Le meurtrier s'est laissé arrêter et conduire au bureau de M. Moller, commissaire de police, qui lui a fait subir un premier interrogatoire.

L'état de Mme Scheffer est des plus graves. On n’a que fort peu d’espoir de la sauver. À l’heure où nous écrivons, elle a peut-être rendu le dernier soupir.

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