Faits divers

 paris-treizieme.fr — L'Éboulement de la rue Nationale (1879)

L'Éboulement de la rue Nationale

La Lanterne — 25 mai 1879
La rue Nationale vue du boulevard de la Gare (Vincent-Auriol)
Image colorisée

Au numéro 7 de la rue Nationale se trouve un lavoir dont les propriétaires sont M. et Mme Leroy.

Ce lavoir est alimenté par un puits d'où l'eau est extraite au moyen d'une pompe élévatrice. Ces jours derniers, on s'aperçut qu'une fissure s'était produite dans le tuyau qui amène l'eau. M. Leroy confia les réparations à faire à M. Bréard, chaudronnier-plombier, 9 et 11, rue des Gobelins.

Ce dernier envoyait hier matin deux ouvriers qui descendirent dans le puits vers sept heures et demie.

À huit heures moins le quart, l'un d'eux remonta pour chercher un outil dont il avait besoin.

À peine était-il arrivé à la margelle qu'un bruit sinistre se fit entendre. C'était le mur du puits qui s'effondrait, engloutissant le malheureux ouvrier qui venait de commencer son travail.

Ladame, — c'est son nom — ne fut pas tué ; on put encore converser pendant près d'une heure avec lui : les voix s'entendaient parfaitement à travers les débris du mur qui formaient une voûte au-dessus de lui.

— Êtes-vous blessé ?

— Non. Mais je n'entends rien faire pour me débarrasser. Travaille-t-on à déblayer ?

— Oui, on travaille. Où êtes-vous ?

— Je ne sais pas au juste. J'ai un mètre d'espace libre autour de moi.

On demanda alors à Ladame s'il se trouvait en communication avec les catacombes. Il faut que nos lecteurs sachent que le puits en question coupe perpendiculairement une de ces curieuses excavations pratiquées par nos pères pour extraire du sol les matériaux destinés à construire les maisons du vieux Paris. L'entrée de la voûte de l'ancienne carrière se trouve approximativement à mi-hauteur du puits, qui a environ vingt-cinq mètres de profondeur.

On supposait que Ladame se trouvait peut-être englouti au niveau de cette entrée, ce qui eût rendu le sauvetage relativement facile.

À peine venait-on d'obtenir de lui ce dernier renseignement, qu'un nouveau craquement se fit entendre : le mur du puits s'effondra de nouveau, et dès lors il ne fut plus possible de communiquer avec le pauvre ouvrier.

Il ne restait donc plus qu'à chercher à le découvrir le plus tôt possible.

M. Cayrol, entrepreneur de travaux publics, qui a été chargé maintes fois de travaux de consolidation des anciennes carrières, fut prévenu. Il descendit dans les catacombes par l'entrée de la place d'Italie, et ne tarda pas à retrouver le puits qu'il connaissait bien.

Ce ne fut, hélas ! que pour constater qu'il était impossible de ce côté de parvenir promptement à Ladame. Les débris formaient voûte au-dessus de l'entrée des catacombes ; au-dessous le puits, rien que le puits, avec ses cinq ou six mètres d'eau.

Deux hypothèses alors.

Le malheureux est-il au fond de l'eau ?

Est-il resté englouti dans les matériaux effondrés ?

On procéda donc en raison de l'une et l'autre prévision.

En haut, on s'est mis à consolider les parois du puits, en les maçonnant, de façon à pouvoir enlever les déblais sans avoir à courir les risques d'un troisième éboulement.

En bas, on fouille les eaux du puits. Pour les fouiller, il faut les épuiser. Au moment où nous quittons les lieux, on vient d'amener une pompe d'un débit de 25,000 litres à l'heure.

Quand elle aura fonctionné suffisamment, des hommes descendront dans l'eau s'il le faut et exploreront minutieusement le fond du puits.

Ce déplorable événement a produit dans tout le quartier une impression des plus tristes.

Le pauvre Ladame a vingt-neuf ans ; il est marié, depuis le 29 mars dernier seulement, à une ouvrière mécanicienne qui est âgée de dix-sept ans et demi. Tous deux faisaient un excellent petit ménage ; ils étaient bien estimés à Gentilly, où ils habitaient, rue du Parc.

Hier matin, au moment où Ladame quittait sa femme, il lui dit :

— Viens que je t'embrasse. Je vais descendre dans un vieux puits... Je n'aurais qu'à y rester.

Le pauvre garçon ne croyait pas dire si vrai.

Détail qui fait frissonner :

Si l'accident s'était produit une demi-heure plus tard, il y avait quatre hommes dans le puits au lieu d'un seul !

P. S. — Au moment où nous mettons sous presse, l'un de nos reporters arrive du lieu de l'accident. MM. Sainrapt et Cayrol poussent avec activité les recherches, tant dans la rue Nationale que dans les catacombes, malheureusement sans résultats favorables jusqu'ici.

On a attendu très tard pour prévenir la femme de la victime. Son désespoir est impossible à dépeindre.

 



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Saviez-vous que... ?

En janvier 1910, c'est Mlle Rose Boyer, une délicieuse blonde de vingt et un ans, qui exerçait la délicate profession de brodeuse, et qui demeurait 12, rue de l'Espérance ainsi que le précisait Le Journal, qui fut élue Reine du 13e arrondissement par l'Association artistique dudit arrondissement, affiliée au comité des fêtes de Paris, et ce, au théâtre des Gobelins.

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L'Hôpital de la Vieillesse pour femmes, autrement dit la Salpétrière, comptait, en 1860, 4422 lits dont 1341 pour les aliénées. En moyenne, par an, dans les années 1850-60 , 2100 aliénées y faisaient leur entrée et 800 y mourraient.

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En 1911, selon Le Gaulois, on comptait onze ruelles dans Paris dont trois dans le treizième arrondissement : la ruelle des Gobelins, la ruelle des Kroumirs et la ruelle des Reculettes.

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Pierre et Marie Curie, au moment où ils reçurent le prix Nobel de physique « en reconnaissance de leurs services rendus, par leur recherche commune sur le phénomène des radiations découvert par le professeur Henri Becquerel », habitaient au 108 du boulevard Kellermann, alors bordé par les fortifications crêtées de gazon vert, une petite maison dont la façade de brique rouge s’abritait derrière un minuscule jardinet, nid de verdure dont le silence était propice aux méditations scientifiques.

L'image du jour

La rue de la Colonie vue de la rue Vergniaud en 1912