Étrange fait divers - 1890

Étrange fait divers

Le Figaro ― 8  décembre 1890

Un fait assez étrange s'est passé, dans le courant de l'avant-dernière nuit, au quartier de la Glacière.

Un individu fuyait, poursuivi par plusieurs personnes qui criaient : « Au voleur ! Arrêtez-le ! » Des gardiens de la paix se mirent de la partie. Le fugitif, serré de près, bien que détalant avec l'agilité d'un coureur de profession, était sur le point d'être pris. Des agents en bourgeois, attirés par les cris des poursuivants, arrivaient à la rencontre de l'individu et lui barraient la route. Voyant sa retraite coupée,  il fit un brusque crochet et, s'engageant dans une petite rue qui conduit à la Bièvre, il fit un dernier effort pour prendre encore de l'avance.

Arrivé sur le bord de la rivière, il se débarrassa de son: pardessus et s'élança dans l'eau, en s'écriant :

― J'aime mieux mourir que d'être pris. Quand ceux qui le poursuivaient arrivèrent, l'homme avait disparu.

Les gardiens de la paix ramassèrent le pardessus, un vêtement très convenable. Dans une des poches, on trouva plusieurs pièces sans importance et une carte d'électeur au nom de Arthur L... rue du Faubourg-Saint-Honoré, 36.

L'enquête aussitôt ouverte par le commissaire du quartier a prouvé que la carte d'électeur trouvée en la possession de l'individu qui s'était jeté dans la Bièvre ne lui appartenait pas. Elle est la propriété de M. Arthur Lavigne, à, qui elle a été volée il y a huit mois aux courses de Longchamp, en même temps que son portefeuille, renfermant une somme importante.

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