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UNE ÉVOCATION DU 13E ARRONDISSEMENT DE 1860 AUX ANNÉES 30

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SAVIEZ-VOUS QUE...

La rue Berbier du Mets tient son nom de Gédéon Berbier du Mets (1626-1709), qui fut le premier Intendant général du Garde-Meuble de la Couronne, ancêtre du Mobilier national.


Le 11 septembre 1888, à la fête des Gobelins qui se tenait place d'Italie, le dompteur Edmond Pezon (de la célèbre famille Pezon) faillit être dévoré par le lion Roland.


Dans les plans de 1860, c'est sur un viaduc long de 800 mètres, composé d'arches de dix mètres d'ouverture et dont la hauteur maxima aurait été de quinze mètres avec des piles évidées à l'aplomb de l'entrevoie que le chemin de fer de ceinture aurait du traverser la vallée de la Bièvre en offrant une vue magnifique depuis le parc de la Butte-aux-Cailles qui, in fine, céda la place au Parc Montsouris.

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C'est arrivé dans le 13ème

 Une journée sanglante - 1895

Une journée sanglante.

Le Matin 25 mars 1895

C’est ainsi qu’on pourrait nommer la journée d’hier, au cours de laquelle il n’a été question que de coups de revolver et de coups de couteau.

Un sujet belge, Mime, se trouvant en état d’ivresse, cherche noise, rue de la Butte-aux-Cailles, à un sieur Beaucheron. Les agents Rostan et Carpentier interviennent. Mime décharge un- revolver sur le groupe et blesse Beaucheron au-bras gauche.

Le meurtrier qui s’enfuyait a pu être arrêté.


 Un jeune héros - 1895

Un jeune héros

Le Petit-Parisien ― 6 février 1895

Une dizaine d'écoliers s'amusaient, hier après-midi, dans le bas de la rue des Tanneries, à faire des glissades sur la glace qui recouvre la Bièvre, très profonde en cet endroit.

Soudain le jeune Émile Brajus, âgé de onze ans, demeurant chez ses parents, rue des Cordelières, 38, s'étant aventuré au milieu de la rivière, poussa un cri de désespoir.

La glace venait de se rompre; le malheureux enfant disparut sous l'eau.

Aussitôt un de ses camarades, Émile Berne, âgé de treize ans, plongea résolument à trois reprises différentes et fut assez heureux pour saisir son camarade par ses vêtements.

Néanmoins, l'intrépide écolier, bien qu'il fût excellent nageur, était épuisé. Le froid engourdissait ses membres.

Eugène Billion, âgé également de treize ans, se porta à son tour au secours de ses petits amis; il se coucha à plat ventre sur la glace et tandis que les autres gamins le retenaient par les pieds, il aida Berne, qui n'avait pas abandonné Brajus, à sortir de l'eau.

Dans la soirée, M. Perruche, commissaire de police du quartier, est allé rendre visite à victime et à son brave sauveteur.


 Le champ de l'aoulette - 1933

Le champ de l'Alouette

La Croix — 18 mars 1934

« Quand on a monté la rue Saint-Jacques, laissé de côté la barrière et suivi quelque temps à gauche l'ancien boulevard intérieur, on atteint la rue de la Santé, puis la Glacière, et un peu avant d'arriver à la petite rivière des Gobelins on rencontre une espèce de champ, qui est, dans la longue et montueuse ceinture des boulevards de Paris, le seul, endroit de Paris où Ruisdaël serait tenté de s'asseoir.

Ce je ne sais quoi d'où la grâce se dégage est là, un pré vert traversé de cordes tendues où des loques sèchent au vent, une vieille ferme à maraîchers bâtie du temps de Louis XIII avec son grand toit bizarrement percé de mansardes, des palissades délabrées, un peu d'eau entre les peupliers. Comme le lieu vaut la peine d'être vu, personne n'y y vient. À peine une charrette ou un roulier tous les quarts d'heure.

Il arriva une fois que les promenades solitaires de Marius le conduisirent à ce terrain près de cette eau. Ce jour-là il y avait sur ce boulevard une rareté, un passant. Marius, vaguement frappé du charme presque sauvage du lieu, demanda à ce passant « Comment se nomme cet endroit-ci ? » Le passant répondit « C'est le champ de l'Alouette. » Et il ajouta « C'est ici qu'Ulbach a tué la bergère. »

Et Marius revint chaque jour à ce champ de l'Alouette, dans l'espoir d'y rencontrer Ursule. « Il l'habitait plus que le logis de Courfeyrac. Sa véritable adresse était celle-ci : boulevard de la Santé, au septième arbre après la rue Croulebarbe. »

Tout ce passage des Misérables est exact dans son ensemble, à cela près que Victor Hugo a pris pour une ferme Louis XIII une « folie » édifiée en 1762 par l'architecte Peyre, au compte de M. Le Prestre de Neubourg, receveur général des finances à Caen. Quant au linge séchant sur des cordes, il s'y trouvait réellement. C'était celui des hospices, et une brave femme, la mère Camille, le lavait dans les eaux de la Bièvre. Sans aucun titre et profitant des troubles apportés à la propriété par la Révolution, elle réussit à se maintenir sur les lieux jusqu'à la fin du second Empire,

La Folie-Neubourg, rue du Champ de l'Alouette, atelier où Rodin travailla avec Camille Claudel
Photo Eugène Druet (1868-1916) (C) RMN-Grand Palais

Le créateur du site, Michel-Edmond Le Prestre de Neubourg, bon gentilhomme parisien qu'un oncle paternel avait orienté vers les charges de finance, peut-être moins honorifiques, mais certainement plus lucratives que le métier des armes, s'était marié en 1750 à une Angevine, Hortense de Grimaudet-Coateauton. Non content d'une belle habitation rue Vivienne, en face des Filles Saint-Thomas, et d'une autre rue des Fossés-Montmartre, le jeune ménage voulait une résidence champêtre à la mode du jour. Son choix tomba sur le Clos-Payen, propriété arrosée par la Bièvre que les Petites Affiches du 13 novembre 1747 décrivent ainsi :

« Portion du Clos-Payen à vendre, présentement située faubourg Saint-Marcel, au champ de l'Alouette, près le petit Gentilly, attenant la barrière elle consiste en une grande cour ayant entrée sur la rue des Anglaises, attenant à la barrière, avec un logement pour le portier, et un petit bâtiment, avec un marais, ensuite une autre cour, où il y a plusieurs bâtiments, et un grand enclos consistant en étendages, rivière, un étang empoissonné, prez, osiers, faulx et diifférens autres arbres. Il faut s'adresser sur les lieux à M. Héron, propriétaire dudit Clos à Paris à M. Coquelin, rue des Lions, près Saint-Paul, ou à M. Silvestre, notaire rue Saint-Antoine, près le petit Saint-Antoine. »

Le Clos-Payen, qui ne tarda pas à s'appeler le Clos-le-Prestre, du nom du nouveau propriétaire, fut acquis par Mme Le Prestre de Neubourg, moyennant 230.000 livres. Il ne restait plus qu'à édifier et à aménager le terrain l'on a vu que c'est à l'architecte Peyre que ce soin fut confié.

Bientôt surgit de terre un élégant pavillon à deux étages ouvrant sur un vaste perron à double rampe et orné de colonnes doriques. Le toit mansardé avait bon air, mais n'en déplaise à Victor Hugo archéologue, était pur Louis XV, comme le château de Neubourg, en Berry, reconstruit à la même époque. La distribution de la « folie » était à la fois simple et commode. Un grand vestibule à colonnades conduisait à l'escalier, à droite, et en face de la salle à manger, au salon, à la chambre à coucher, etc.

Deux avant-corps surmontés d'un fronton complétaient l'ensemble qu'agrémentaient des fleurs, des arbustes et des statues, peuplant une terrasse installée sur l'entre-colonnement, à la hauteur du premier étage. Un jardin anglais embellissait le pourtour.

Cette belle habitation, où M. et Mme de Neubourg venaient se délasser de la vie fiévreuse menée au centre de la capitale, connut des jours heureux, brusquement assombris par la mort du jeune chevalier de Neubourg, fils unique des constructeurs. Son père, partisan du progrès, l'avait fait « inoculer », et le pauvre petit mousquetaire succomba à 19 ans, victime d'une expérience encore à ses débuts. Inconsolables, ses parents lui firent élever un superbe mausolée dans l'église Saint-Hippolyte, maintenant rasée par une opération do voirie, et cherchèrent à se débarrasser d'une propriété qui leur rappelait de trop cruels souvenirs. En 1779, M, de Neubourg est encore dit habiter au « Clos-le-Prestre, ci-devant Clos-Payen, sur le nouveau boulevard faubourg Saint-Marcel », mais, l'année suivante, la « folie » était vendue, et Mme de Neubourg, incapable de survivre à son malheur, terminait une vie languissante en mai 1781.

Folie Neubourg
Il manque déjà la partie gauche du batiment démoli pour faire place à la rue Corvisart élargie.

Dix ans après, la Révolution allait momentanément ternir toutes les grâces du siècle unissant, dépeuplant les élégantes demeures de l'élite qui en faisait le charme. La ci-devant folie Neubourg n'échappa point au sort commun et, délaissée, devint, dit-on, un rendez-vous de chasse pour Napoléon Ier, jusqu'en 1812. La chose, en soi, n'a rien d'impossible. M. de Neubourg était fort lié avec un M. Pivart de Chastulé, parent de Joséphine, auprès de qui il plaça sa fille, la comtesse Alexandre de La Rochefoucauld, en qualité de dame d'honneur. Chastulé a très bien pu, en hôte reconnaissant des bons moments passés jadis, indiquer cet agréable site au nouveau maître de la France.

Le certain, c'est que la mère Camille s'y installa à son tour, au moment de la campagne de Russie, et le bruit courait dans le quartier que Napoléon l'avait confirmée dans la possession du logis.

Le 25 mai 1827, le champ de l'Alouette allait acquérir une renommée sinistre. Ce jour-là, Ulbach y assassinait une petite bergère d'Ivry qui menait paître ses chèvres dans un pré voisin. Des enfants découvrirent le cadavre gisant au milieu du paisible troupeau. On transporta la victime à la Morgue et, durant une semaine, tout Paris s'émut de l'événement. Huit jours plus tard, s'éteignait une des filles de M. de Neubourg, la comtesse de Saint-Belin-Mâlain, dont le mari avait tragiquement péri sur l'échafaud révolutionnaire, trente-trois ans auparavant.

La blanchisserie de la mère Camille dura jusqu'à la fin du second Empire. La longue grille de fer rouillée, le jardin inculte, achevaient de donner à l'élégante construction, envahie par les plantes parasites, un aspect romantique qui séduisit Rodin. Il y installa un dépôt de marbre, puis la déchéance s'accéléra.

Vétuste, crevassée, la « folie », tombée au rang de buanderie, puis de masure, achevait de s'effondrer au coin de la rue Croulebarbe et du boulevard Auguste-Blanqui. Malgré l'abandon, sa façade gardait encore bon air et, de leurs niches, les statues assistaient, muettes, à ce long effritement du passé. En 1913, on la jeta bas, et le métro de Corvisart, qui s'ouvre sur ce qui fut peut-être le « jardin anglais », ne contemple plus qu'une banale bâtisse moderne.

Ceci a tué cela. La rue Croulebarbe rappelle encore le moulin de ce nom qui s'élevait là en 1214. Quant à la rue du Champ-de-l'Alouette, il faut faire un gros effort pour imaginer le tire-lire Joyeux qu'elle évoque dans ce Paris du XXè siècle.

Martial de Pradel de Lamase

A lire également

Une version antérieure de ce même article parue dans Le Petit-Journal en 1906

Le boulevard d'Italie vu par Fortuné Du Boisgobey (1883)

Le Clos Payen (1891)

La « Folie » Neubourg (1929)

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