Dans la presse...

 La cité Jeanne d’Arc - 1881

La cité Jeanne d’Arc

La Presse — 11 août 1881

 

La Cité Jeanne-d'Arc vue de la rue Jeanne-d'Arc

L'extrait suivant du rapport de M. le docteur Dumesnil sur la situation de la population qui habite la cité Jeanne-d'Arc explique suffisamment pourquoi le conseil municipal s'est ému de la misère affreuse qui règne dans ce coin de Paris :

« Le sol des allées macadamisé et les trottoirs qui les bordent, autrefois recouverts en ciment, sont absolument dégradés ; on y trouve de place en place des excavations dans lesquelles les eaux pluviales et ménagères croupissent et se putréfient. Aucune des façades ou ravalement des bâtiments n'a reçu jusqu'à présent ni une peinture à l'huile ni un badigeonnage, pas plus dans la partie qui donne sur les allées ou impasses que sur les rues Jeanne-d'Arc et Nationale.

» Il en résulte que les nombreuses matières organiques en suspension dans l'atmosphère de ces allées ou impasses s'attachent aux parois des murs, y fermentent, s'y putréfient et contribuent à l'infection de l'air qu'on y respire.

» L'infection des escaliers part du rez-de-chaussée où s'ouvrent les caves renfermant des appareils filtrants qui sont mal entretenus et peu surveillés. C'est ainsi que dans les maisons cotées sous les numéros 71. 73 et 75, rue Jeanne-d’Arc, on constate que les appareils débordent, et que les matières fécales couvrent de larges espaces dans les caves.

» Il y a plus d'une année que MM. Perrin, Sinaud et moi, nous avons constaté le même fait dans cette même cité. Des caves, l'infection se propage dans toute la hauteur de l’immeuble par les cabinets d'aisance de chaque étage qui sont tous à trous béants ; un certain nombre, d'une malpropreté extrême, sont dépourvus de portes ; leurs murs sont souillés et plombés ; dans les bâtiments numéro 8 (23, rue Nationale) et numéro 9 (28, même rue), rue Jeanne-d’Arc, 71, 73, 75, 77 et 79, il existe un vice de construction qui fait que les cabinets d'aisances n'infectent pas seulement les logements par les cages d'escalier, mais encore directement.

» En effet, aux deux extrémités d'une cour longue, sont à chaque étage des logements en retour d'équerre, dont l'unique croisée ouvre sur cette cour perpendiculairement à toute sa longueur. Immédiatement en retour d'équerre dans la façade longeant cette cour, à une distance de moins d'un mètre et en contre-bas de cette unique croisée, se trouvent les châssis des cabinets et les croisées de l'escalier. Par suite de cette disposition, l'air vicié est inévitablement aspiré par la croisée lorsqu'elle est ouverte...

Dans tous les logements du n° 81, les plafonds sont sales, les papiers tombent en lambeaux, et sur leurs débris des insectes de toute nature ont élu domicile. Les planchers sont recouverts d'une couche épaisse de malpropreté. Dans les uns, ce sont les panneaux des portes qui manquent ; ailleurs, ce sont les vitres qui font défaut aux fenêtres ; ailleurs, enfin, on ne peut ouvrir les fenêtres, par suite du mauvais état des ferrures et de la menuiserie. Beaucoup de cheminées sont brisées, leurs moulants non remplacés. Certains logements sont traversés par des tuyaux de descente.

» Dans plusieurs corps du bâtiment, les plafonds des logements du 5e étage sont traversés par la pluie et rendus humides par suite de la disparition du vitrage des châssis à tabatière qui éclairaient les logements lambrissés du 6e étage. Au 6e étage, des logements habités, notamment le n° 109, dans l'escalier 2 de la maison portant le n° 81, rue Jeanne-d’Arc, ont leurs enduits crevassés, les plafonds traversés par les eaux pluviales. Rien ne peut égaler la malpropreté sordide, des murs et plafonds...

» Le passage, dans la partie qui mène de la rue Jeanne-d’Arc à la rue Nationale et sur lequel donnent les numéros 79 et 81, rue Jeanne-d’Arc, et 25 et 27, rue Nationale, est dépourvu d'eau. Aucun des escaliers n'est éclairé. Il n'existe pas dans cette cité, à aucun des étages, une seule cuvette pour le déversement des eaux ménagères, ce qui explique, dans une certaine mesure, l'habitude prise par les locataires de jeter toutes les immondices par les fenêtres. »

La situation des habitants de la cité Jeanne-d'Arc préoccupait d'autant plus le conseil municipal qu'une épidémie de variole s'était déclarée dans le passage, et, en quelques jours, sur 18 personnes atteintes, 13 avaient succombé.

Sur les conclusions du rapporteur de la commission des bâtiments insalubres, le conseil décida qu'il y avait lieu d'exécuter une série de réparations, d'améliorations, etc., et le préfet de la Seine fut invité à hâter l'exécution de ces propositions, qui sont au nombre de seize.

Le propriétaire de la cité Jeanne-d'Arc, M. Thuilleux, refusant de s'y soumettre, sous le prétexte que la commission des logements insalubres avait exagéré les faits, introduisit, à l'appui de ses réflexions, un recours auprès du conseil de préfecture.

Ce recours était développé ces jours-ci par Me Rivollet ; M. le préfet de la Seine, par un mémoire, demandait son rejet.

Voici l'arrêt rendu par le conseil de préfecture :

« La délibération du conseil municipal en date du 3 juin 1880 est modifiée sur les points qui suivent :

» 1° Il n'y a pas lieu de maintenir la prescription concernant le grattage à vif et la peinture ou le badigeonnage des murs des façades sur les rues Nationale et Jeanne d’Arc ;

» 2° Les arcades de toutes les entrées des passages et impasses sont maintenues, à la condition que toutes les crevasses seront bouchées et que les parties supérieures desdites arcades seront disposées en pente, de manière à ne plus servir de réceptacle aux immondices ;

» 3° Le sieur Thuilleux est dispensé de l'obligation, imposée par ladite délibération, de faire ouvrir en dedans, les portes qui se développent en dehors dans tous les cabinets d'aisance ;

» 4° Les tuyaux de descente des eaux qui se trouvent dans les logements seront maintenus, quant à présent, à l'intérieur, à la condition d'être soigneusement visités et d'être entretenus en bon état ;

» Le recours du sieur Thuilleux, contre les autres prescriptions de la délibération, susvisée du conseil municipal, est rejeté. »

Le propriétaire de la cité Jeanne-d’Arc devra donc exécuter douze des seize prescriptions indiquées par la municipalité parisienne.



A propos de la Cité Jeanne d'Arc

Sur les événements du 1er mai 1934

La fin de la Cité Jeanne d'Arc

Faits divers

Des textes de Lucien Descaves

La cité Jeanne d'Arc dans la littérature

Vu dans la presse...

L'élargissement de la rue Mouffetard et l'aménagement de la place d'Italie

L'administration vient de faire déposer à la mairie du 13e arrondissement le plan parcellaire des propriétés dont la cession est nécessaire en tout ou en partie pour exécuter l'élargissement de la rue Mouffetard et la transformation de la place d'Italie. (1867)

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Un nouveau boulevard pour le 12e arrondissement ?

Cette voie s'ouvrira en face la place de la Collégiale et viendra déboucher sur le boulevard extérieuraprès avoir coupé le faubourg Saint-Jacques. (1858)

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Les démolitions qu'on exécute en ce moment dans le faubourg Saint Marcel viennent de remettre au jour un coin très pittoresque du vieux Paris. (1868)

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Le puits artésien de la Butte-aux Cailles

Les travaux du puits artésien qui est en cours d'exécution à la Butte-aux-Cailles, dans le 13e arrondissement de Paris, se poursuivent régulièrement, et la profondeur atteinte par l'instrument de forage dépasse aujourd'hui 350 mètres. (1868)

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Saviez-vous que... ?

En 1860, Il y avait un commissariat pour deux quartiers dans chaque arrondissement de Paris. Pour le 13e, ces commissariats étaient installés 36 route d'Italie pour Croulebarbe et la Maison-Blanche et 62 boulevard de l'Hôpital pour les quartiers de la Salpêtrière et de la Gare.

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En 1892, Mesdemoiselles Dufrène, disposant de hautes références, donnaient des leçons d'italien au 27 de l'avenue des Gobelins.

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Le monument élevé à la Gloire des mères françaises implanté sur le boulevard Kellermann à proximité de la porte d'Italie est dû au ciseau des sculpteurs Henri Bouchard et Alexandre Descatoire. Le jardin qui l'entoure a éré dessiné par l'architecte Paul Bigot. Ce monument a été inauguré le 23 octobre 1938 par le président de la République, M. Albert Lebrun. Le maréchal Pétain était présent à cette cérémonie.

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La mairie du 13e a été construite sur les plans de Paul-Emile Bonnet, architecte et grand prix de Rome (1828-1881). Les extensions latérales sont dues à Antoine Soudée.
M. Bonnet avait aussi étudié, sur un terrain à l'angle de la rue de Tolbiac et de la rue Damesme, un projet d'église qui ne fut pas exécuté et que celui de l'église Saint-Anne remplaça.

L'image du jour

La Zone à la porte de Bicêtre