Le dispensaire Emile-Loubet - 1905

Le dispensaire Emile-Loubet

Une Œuvre mutualiste. — Le Sanatorium de la rue du Château-des-Rentiers. —Inauguration officielle. — Réception à la Mairie du treizième Arrondissement. — Discours et Récompenses.

Le Petit-Parisien — 5 octobre 1905

Le quartier de la Gare était en fête hier, et la population de travailleurs qui l'habite a chaleureusement manifesté au Président de la République les sentiments de gratitude qu'elle nourrit à son égard pour la nouvelle preuve de sollicitude qu'il vient de lui donner en faisant édifier l'établissement philanthropique qui portera désormais son nom.

Le dispense Emile-Loubet

L'Œuvre et son Origine

En vérité, l'emplacement pour la fondation d'un dispensaire antituberculeux ne pouvait être mieux choisi que dans cette rue du Château-des-Rentiers, centre d'un arrondissement où tant de malades ne pouvaient espérer de guérison, faute de soins, où tant d'enfants dépérissent chaque jour, sous les yeux de leurs parents, impuissants à leur faire suivre le traitement qui peut leur sauver la vie. Encore quelques jours, indispensables pour l'achèvement des installations, et le sanatorium Émile-Loubet leur ouvrira ses portes. Les petits malades trouveront tout le confort moderne et les médecins appelés à les soigner auront à leur disposition un outillage scientifique dont la perfection ne laissa rien à désirer. Le traitement, est-il besoin de le dire, sera absolument gratuit.

Les médecins attachés à l'établissement se préoccuperont même de savoir si, une fois rentrés chez eux, les enfants se trouvent dans des conditions d'hygiène nécessaires pour que les soins ne soient pas annihilés par des causes secondaires.

Ce dispensaire est l'une des quinze « filiales » de l'Œuvre de la tuberculose humaine, fondée par le docteur Samuel Bernheim. Par sa création même, sa construction et son fonctionnement, il revêt un caractère spécial.

Élevé à une dizaine de mètres en retrait de la rue, ce beau bâtiment est dû à une souscription populaire et individuelle de dix centimes envoyés par 140,000 mutualistes qui, au cours d'une assemblée générale de l'Union nationale des présidents de sociétés de secours mutuels, ont remis l'ensemble de ces dons au Président de la République pour l'employer à l'œuvre humanitaire qu'il jugerait la plus intéressante.

M. Loubet décida de consacrer la somme qui lui avait été confiée à. la fondation d'un dispensaire antituberculeux et manifesta le désir d'y attacher son nom.

Avec un aussi haut protecteur, les affaires marchèrent rondement. La Ville de Paris concéda gracieusement à l'œuvre un vaste terrain qui, sans compter l'emplacement de la construction, ne mesure pas moins de 1.750 mètres, et les ministres de l'Intérieur et de l'Agriculture donnèrent une somme de 100.000 francs sur les fonds du pari mutuel. Cependant, l'argent recueilli n'était pas suffisant. Heureusement, des personnes généreuses, tels que MM. Expert-Bezançon, Cailet, Grammont, Paucher, Lafontaine, Nomblot-Bruneau, Vilmorin-Andrieux, etc., voulurent bien participer à cette entreprise philanthropique, qui put alors être menée à bonne fin.

Visite des Locaux

Le dispensaire des mutualistes, dont les travaux de construction fuient conduits par M. Émile Collin, président de l'Union médicale et pharmaceutique des sociétés de secours mutuels de prévoyance et de retraites du département de la Seine et vice-président de l'Œuvre de la tuberculose humaine, comprend cinq parties :

C'est d'abord un vaste sous-sol très clair et bien aéré, où on trouve une salle de désinfection, un grand laboratoire, une salle d'hydrothérapie et de balnéothérapie, une buanderie, un séchoir et un service de chauffage à basse pression.

C'est ensuite un rez-de-chaussée comprenant, en plus des logements des gardiens et du directeur-comptable, une salle d'attente, trois cabinets de consultation, un pour les hommes, un pour les femmes et un pour les enfants; une salle d'électricité et de radiographie munie des appareils les plus perfectionnés qui soient une salle de pharmacie et une chambre réservée à un interne de garde.

Au premier et unique étage ont été installés: un réfectoire pouvant contenir soixante personnes, la cuisine et l'office, des chambres à coucher pour douze malades, une salle d'opérations, une infirmerie, une salle de bain et la salle du conseil. Partout règnent l'air et la lumière, rendue plus éclatante par la réverbération des murs badigeonnés entièrement à la peinture brillante.

Des crachoirs hydrauliques ont été disposés de tous côtés à profusion. Ils sont fixés dans les encoignures, à environ un mètre cinquante du sol. Il suffit de lever le couvercle qui en ferme l'orifice pour que l'eau jaillisse aussitôt et empêche les déjections de séjourner sur les parois.

Des crachoirs hydrauliques ont été disposés de tous côtés à profusion. Ils sont fixés dans les encoignures, à environ un mètre cinquante du sol. Il suffit de lever le couvercle qui en ferme l'orifice pour que l'eau jaillisse aussitôt et empêche les déjections de séjourner sur les parois. C'est le système du tout à l'égout appliqué aux crachoirs. Cette innovation, aussi pratique qu'ingénieuse, méritait d'être signalée.

Ce n'est pas la seule. Il en existe une autre qui est également du plus haut intérêt en sortant par le fond du dispensaire, le visiteur est agréablement surpris de trouver un beau jardin que M. Schohn a tracé avec beaucoup de goût et où les convalescents pourront se promener. Enfin, — et c'est là une ingénieuse disposition — l'extrémité de ce jardin se trouve ce que M. Bernheim appelle « une galerie de cure de repos » à trois étages, où 60 malades environ auront la facilite d'aller s'asseoir et où l'interne de service se rendra pour les observer. Exposée au midi, cette galerie recevra directement les rayons solaires qui viendront réchauffer les tuberculeux.

La "galerie de cure de repos"

On trouve dans ce dispensaire modèle tons les éléments d'une bonne éducation sanitaire, d'une thérapeutique scientifique et d'une fraternelle assistance.

L'Inauguration

Devant l'établissement, décoré de trophées de drapeaux et de plantes vertes, les habitants du quartier, venus en grand nombre, formaient une triple haie. C'est au milieu des acclamations les plus sympathiques, qu'est arrivé, à trois heures et demie, le Président de la République, accompagné de MM. le général Dubois, chef de la maison militaire du lieutenant-colonel Fraysse et de M. Henry Poulet.

M. Loubet a été salué, à sa descente de voiture, par MM. Etienne, ministre de l’Intérieur ; Clémentel, ministre des Colonies ; Berteaux, ministre de la Guerre ; Ruau, ministre de l'Agriculture ; Paul Brousse, président du conseil municipal ; Charles Prevet, sénateur, président de l'Union nationale des présidents des sociétés de secours mutuels Expert-Besançon, sénateur, maire du treizième arrondissement ; Lépine, préfet de police ; Autrand, secrétaire  général de la préfecture de la Seine Mesureur, directeur de l'Assistance publique ; le docteur Samuel Bernheim, président de l’Œuvre de la tuberculose humaine ; Émile Collin, président du dispensaire des mutualistes ; Besnard, secrétaire de l'Union nationale des présidents des sociétés de secours mutuels, et Touny, directeur de la police municipale./p>

M. Charles Prevet a conduit le Président de la République à l'entrée du jardin, lui a souhaité la bienvenue et lui a exprimé tous ses remerciements pour avoir bien voulu rehausser, par sa présence, l'éclat de cette cérémonie.

M. Paul Brousse s'est ensuite exprimé en ces termes :

La Ville de Paris, au nom de laquelle j'ai le grand honneur de vous saluer ici, a contribué à la création de ce dispensaire en octroyant le terrain sur lequel il est construit.

Avec l'autorité que vous tenez, Monsieur le Président, de votre grand caractère et de votre charge, vous avez indiqué au congrès qui tient ses assises au grand Palais, la part passionnée que vous avez prise à la lutte contre la tuberculose. Ce dispensaire est une œuvre utile que la Ville de Paris entend encourager, heureuse, une fois encore de vous suivre dans la voie humanitaire où l'on est toujours assuré de vous rencontrer.

M. Loubet, avec sa bonhomie familière, a dit combien il était heureux d'assister à l’inauguration de ce dispensaire issu de l'initiative privée./p>

J'espère, a-t-il ajouté, que l'exemple que vous venez de donner sera suivi, et que nous verrons, dans l'avenir, s'élever dans Paris ou aux environs, des établissements semblables à celui-ci, car c'est notre devoir, à nous autres mutualistes, de soulager ceux qui n'ont pas le moyen de se soulager eux-mêmes.

Après avoir constaté que la mortalité tuberculeuse avait diminué en Angleterre et en Allemagne, M. Loubet s'est plu à annoncer qu'en France nous n'étions pas restés en arrière et que chaque année les décès étaient moins nombreux.

En terminant, il a remercié tous ceux qui avaient contribué à la création de cette œuvre de bien et leur a adressé ses félicitations.

M. Charles Prevet a présenté au Président de la République les membres du bureau, les membres du conseil d'administration, les dames patronnesses de l'Œuvre et les médecins qui assureront le service du dispensaire, après quoi la visite des locaux a commencé aussitôt.

À la Mairie du 13° Arrondissement

Répondant à l'invitation que lui avait adressée M. Expert-Bezançon au nom de ses administrés, le Président de la République s'est rendu, en quittant le dispensaire, à la mairie du treizième arrondissement, où, après avoir répondu au discours que lui a adressé le maire, il a remis les distinctions suivantes :

Officiers d'académie. — Mme Blanche Baudrier, directrice d'école ; M. le docteur Maurice Biard, médecins inspecteur des écoles ; Mme veuve Amélie Carissan, directrice d'école ; M. Henri Lefèvre, bibliothécaire de la mairie du treizième arrondissement ; MM. Alphonse Phelizon, délégué cantonal et Mathis Schulz, directeur d'école.

Chevaliers du Mérite agricole. — MM. Moch, planteur de houblon Goupillon, président, du dispensaire de Saint-Denis ; Rasaart, administrateur du dispensaire du troisième arrondissement.

À cinq heures et demie, M. Loubet, respectueusement salué par les uns, chaudement acclamé par les autres, a quitté le treizième arrondissement et a regagné directement l'Élysée.

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Vu dans la presse...

1906

La Mie de Pain

Dans l’un des quartiers les plus déshérités de Paris, au delà de la place d’Italie, derrière la Butte-aux-Cailles, voici quinze hivers que, par l’inlassable dévouement d’un homme de bien, la Mie de Pain vient en aide à des milliers et des milliers de malheureux. (1906)

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1865

Le puits artésien de la Butte-aux-Cailles

Le puits artésien de la butte aux Cailles, dont nous n'avions pas visité le chantier depuis l'année dernière, est arrivé maintenant à une profondeur de 75 mètres, c'est-à-dire à 13 mètres 50 au-dessous du niveau de la mer. (1865)

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1889

Un nouveau dispensaire

Les habitants du XIIIe arrondissement viennent d'être dotés d'un dispensaire spécial pour enfants malades.
Édifié par les soins de la Société philanthropique, cet établissement est dû à la générosité de Mme Edouard André. Il se trouve, 4, rue Jean-Marie-Jégo. Pour ceux qui ne connaissent pas cette rue nouvelle et qui n'est inscrite dans aucun, indicateur, disons qu'elle est située près de la place d'Italie, à la jonction de la rue de la Butte-aux-Cailles et de la rue du Moulin-des-Prés. (1889)

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1881

L’enterrement de Blanqui

Ce n'est qu'hier soir, à six heures, que l'administration des Pompes funèbres a été informée, par la mairie du treizième arrondissement, de l'heure officielle des obsèques de Blanqui et de la classe choisie par la famille, pour le corbillard et les tentures. (1881)

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1881

Les obsèques de Blanqui

Dès neuf heures du matin, les employés des Pompes funèbres sont venus tendre la porte extérieure de la maison où est mort Blanqui, 25, boulevard d'Italie. Au milieu de la tenture se détache un écusson avec la lettre B. Il n'y a que très peu de monde encore sur le boulevard. Ce n'est que vers dix heures que l'on commence à arriver. (1881)

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1864

Le point sur les travaux dans le 13e arrondissement

La transformation des anciens boulevards extérieurs, commencée l'année dernière sur la rive gauche, entre le quai de la gare et la place de l'ex-barrière d'Enfer, a été entreprise par les deux extrémités en même temps ; ces travaux sont terminés d'un côté jusqu'à proximité de la place d'Italie, et de l’autre jusqu'au boulevard d'Ivry, qu'on va transformer à son tour. (1864)

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1903

Les anciens abattoirs de Villejuif

Séparé seulement par la largeur du boulevard de l’Hôpital de ce vieux quartier des Gobelins où l'on a fait de toutes parts de larges trouées d'air et de lumière, un mur nu, hideux, noirâtre, immense dans toutes ses proportions, se dresse, entourant un espace de vingt-huit mille mètres carrés. (1903)

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1882

L'anniversaire de la mort de Blanqui

Malgré les récentes instructions du préfet de police défendant la formation des cortèges sur la voie publique, les journaux révolutionnaires avaient convoqué leurs amis à plusieurs reprises, pour une heure de l'après-midi, devant la maison où est mort Blanqui l'an dernier, au n° 25 du boulevard d'Italie, au coin de la rue du Moulin-des-Prés. Un temps superbe : pas un nuage au ciel, un chaud soleil et un air vif. (1882)

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1896

Les murs de la Salpêtrière

Le conseiller municipal Paul Bernard, au cours de la dernière session, a réclamé la suppression des murs de la Salpêtrière.
Toute la gauche du boulevard de l'Hôpital est occupée, comme on sait, par des établissements municipaux ou privés qui couvrent une surface très étendue. Il y a l'hospice de la Salpêtrière, le magasin central de l'Assistance publique, deux ou trois maisons, puis les chantiers du charbon de Paris et les abattoirs de Villejuif. (1896)

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1865

Les travaux de la petite ceinture de l'ancien hameau du Bel-Air au pont Napoléon

Les travaux en cours d'exécution pour l'achèvement du chemin de fer de Ceinture peuvent se diviser en quatre sections dont la quatrième commence au bas de l'ancien hameau du Bel-Air et vient se souder avec la fraction déjà existante au pont Napoléon en amont de Paris.
C'est de cette dernière section que nous allons nous occuper aujourd'hui. (1865)

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1908

Explosion à la raffinerie Say

Les deux mille quatre cents ouvriers de la raffinerie Say, 123, boulevard de la Gare, étaient en plein travail, hier matin, vers huit heures et demie, lorsqu'une explosion formidable se produisit dans l'atelier central, d'une superficie de quatre cents mètres carrés ; il y a là sept étages superposés au-dessus du sol et trois galeries souterraines où des hommes, des femmes, des jeunes filles sont occupés au cassage ou à l'empaquetage du sucre, de six heures du matin à six heures du soir… (1908)

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1912

L’Ecole des Arts-et-Métiers de Paris

Lundi prochain, 14 octobre, l'Ecole des Arts et Métiers ouvrira ses portes. C'est là une victoire due, pour une large part, à la sollicitude agissante de M. Fernand David.
Le ministre du commerce eut la chance de pouvoir triompher des derniers obstacles et de précipiter la réalisation. Visitant lui-même les travaux, boulevard de l'Hôpital, activant les formalités innombrables, il a pu — aidé, d'ailleurs, dans sa tâche ingrate par l'administration départementale et municipale — mettre l'Ecole en état de recevoir, dans quelques jours, la première année des jeunes élèves de la région de Paris. (1912)

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