entete


UNE ÉVOCATION DU 13E ARRONDISSEMENT DE 1860 AUX ANNÉES 30

 Château des Rentiers

« Château des Rentiers ».

C'est une ferme, une vraie ferme qui, ainsi que le Gaulois l'a annoncé, brûlait en plein Paris, dans la rue du Château-des-Rentiers, durant la nuit de lundi à mardi.

Était-elle contemporaine du château qui donna son nom à une voie parisienne, et qui a disparu depuis longtemps ?

Il avait été construit, à l'avant-dernier siècle, par un riche «rentier» d'Ivry, le sieur Vieillard. La chronique du temps vantait fort la beauté du site dominant la Seine, par delà la rustique barrière des « Deux-Moulins », et s'extasiait sur ses jardins « tout remplis de statues, d'obélisques, de rotondes et de pavillons » de tout ce que nos pères qualifiaient, en un mot, de « fabriques ».

Mlle Contât, qui épousa le poète Parny, résida elle aussi, au « Château des Rentiers ».

Sur ses ruines fut édifié, il y a une soixantaine d'années, un petit théâtre de banlieue qui, empruntant son nom au site environnant, d'où la vue était superbe, s'intitula fièrement « théâtre du Belvédère Il, mais dont les destinées furent éphémères... Une fabrique de céruse ― la première établie à Paris ― le remplaça, et, depuis 1848, elle dressa là ses hautes cheminées dont les panaches fumeux se mêlent à ceux des usines des alentours, en ce coin de Paris peuplé de fabriques ― mais non plus de « fabriques » ; hélas ! selon le mot d'antan.

Le Gaulois ― 23 septembre 1904
sans titre 1

SAVIEZ-VOUS QUE...

Le 1er mars 1932, l'usine de chaussures installée boulevard Kellermann (au 10) était ravagée par un incendie.


La boucherie centrale de l'Assistance Publique était installée en 1860 au sein de l'abattoir de Villejuif situé 181 boulevard de l'Hôpital. Elle livrait 112.000 kilogrammes de viande par an.


C’est en juillet 1938 que fut posée, par le Ministre Jean Zay, la première pierre du stadium universitaire qui allait prendre place à l’angle du boulevard Kellermann et de la porte de Gentilly et qui, plus tard deviendrait le stade Charletty.

menu-nouveautés sans titre 1

C'est arrivé dans le 13ème

 Retour du théâtre - 1897

Retour du théâtre.

Le Journal — 27 mars 1897

Vers minuit et demi, M. Monteil, brocanteur, demeurant, 130, rue Nationale, rentrait, sortant du théâtre. Sa porte était fermée ; il l'ouvrit et pénétra dans son magasin. Sa surprise fut grande en le voyant éclairé par une lampe, et en constatant qu'un désordre très grand avait remplacé la symétrie de ses étalages.

Des malfaiteurs s'étaient introduits chez lui en escaladant une fenêtre du 1er étage. Sauf le coffre-fort qu'ils ont descellé, mais qu'ils n'ont pu forcer, ni emporter, les cambrioleurs ont fait main-basse sur toutes les valeurs qu'ils ont trouvées : environ 7,500 francs.

M. Roches, commissaire de police, a ouvert une enquête.


 Un roulottier arrêté - 1888

Un roulottier arrêté

Le Petit-Parisien ― 15 juin 1888

Un nommé Ferdinand Régnier laissait une voiture chargée de légumes, de sacs, etc., en station en face le numéro 60 de l'avenue des Gobelins.

Un nommé Georges S… l'accosta et lut raconta qu'il était sans travail et sana ressources depuis longtemps.

Pris de pitié, M. Régnier conduisit l'inconnu chez un marchand de vins du voisinage et lui fit servir, ainsi qu'à lui-même, un bon dîner.

Comme il était las d’une course qu'il avait faite dans la journée, il s'endormit à table.

Quand il se réveilla, il ne retrouva plus son compagnon ni… sa voiture.

Georges S... la lui avait dérobée.

Régnier apprit que sa voiture avait été vendue par le voleur à une dame G... passage Crouin.

Cette dame s’empressa de la remettre à sa disposition.

Le roulottier ayant été rencontré hier rue du Château-des-Rentiers par le plaignant, a été mis en état d'arrestation.

Il a été envoyé au Dépôt.


 Le 14 juillet des miséreux - Asile Nicola Flamel - 1896

Le 14 juillet des miséreux

Le Matin — 15 juillet 1896

Le banquet de l'asile Nicolas-Flamel — Un dîner copieux — Franche gaieté — Libations et chansons.

Les malheureux que le manque de travail fait échouer dans les asiles de nuit ont pu fêter hier le 14 Juillet. Le conseil municipal ne les a pas oubliés et leur a voté un crédit de 2,000 francs, grâce auquel ils ont pu s'offrir un bon petit dîner et boire… du vin à la santé de la République.

Grâce à l'obligeance de M. Menant, directeur des affaires municipales, nous avons pu assister à l'un de ces banquets vraiment populaires.

Nous nous sommes rendu à l'asile Nicolas-Flamel, 71, rue du Château-des-Rentiers, un asile modèle, d'une extraordinaire propreté, disons le mot d'une belle coquetterie.

Deux cent trente malheureux, locataires de l'asile, les uns pour trois jours — ceux qui viennent coucher, prennent les repas du matin et du soir et passent la journée à chercher du travail — les autres pour vingt jours — ceux-là travaillant, s'amassant un petit pécule qui leur permet de payer d'avance le loyer de l'hôtel où ils iront loger en quittant l'asile, et leurs repas en attendant la paye.

Car on travaille, à l'asile Nicolas-Flamel, et même bien, sous l'intelligente et paternelle administration de M. Gohard, directeur de l'asile.

On gagne qui 2 francs, 2 fr. 50 par jour, qui 4 francs par jour, si bien- que l'asile peut se suffire à lui-même et même alimenter d'autres asiles.

La salle à manger.

Donc l'asile Nicolas-Flamel était en fête hier. Les pensionnaires l'avaient presque luxueusement décoré.

L'asile Nicolas Flamel par F. Seguin (1895)
(source: Musée Carnavalet)

A la porte d'entrée, des drapeaux tricolores, presque les seuls de la rue.

La salle à manger, transformée pour la circonstance en une véritable salle de fêtes, était ornée de branches d'arbustes, formant un joli effet. Tout le long des murs, des trophées de drapeaux tricolores ; ça et là, quelques drapeaux russes.

Le buste de la République domine la salle. Il est entouré do drapeaux et de verdure. Des verres de couleurs et des ballons multicolores complètent la décoration.

Deux longues tables courent tout le long de la salle.

Entre ces tables, à l'une des extrémités, on a dressé une tribune, tapissée des couleurs nationales et entourée de branchages.

Sur chaque table, proprement couverte de nappes, se dressent soixante couverts : une assiette, un couteau, une fourchette, un verre.

Les pensionnaires vont banqueter en deux fois : 120 de sept heures à neuf heures et 110 de neuf heures à onze heures.

Le repas ne durera pas deux heures, mais pendant que les convives boiront le café et fumeront un cigare, les amateurs, les artistes, grimpant tour à tour sur la tribune compléteront la fête par de gais refrains.

Le menu

Voici la première tournée. Des nommes de dix-huit à soixante-dix ans, tous très propres, à la figure douce, résignée, viennent s'asseoir sur les bancs qui bordent les tables.

Ces malheureux produisent une excellente impression. On voit que l'on a affaire à de braves gens, rien qu’à des ouvriers honnêtes que seul le manque de travail a conduits à la misère.

Chacun prend place. Et nous-même nous nous plaçons à un bout de la table, pour partager le succulent dîner de l'asile. Le menu est alléchant :
Un petit pâté ;
Une tranche de veau rôti ;
Une portion de haricots verts ;
Un fromage demi-sel ;
Deux pêches ;
Un demi-litre de vin ;
Un verre de café avec deux morceaux de sucre et un cigare, oh ! modeste, pas un londrès, ni même un cigare de député ou de conseiller municipal, un simple cigare à un sou, mais combien bon pour ces hommes privés de tout, privés de fumer, un supplice peut-être plus cruel que la faim.

C'est gaiement que l'on mange. On cause, on rit, on est heureux. On se raconte ses misères, on se confie ses espérances. Celui-ci — pourquoi dire leurs noms, à ces pauvres — a vu mourir du coup en quinze jours ses trois enfants. En revenant de l'enterrement du dernier, sa femme s'est alitée. Elle est morte aussi. Et lui, tout seul, ayant dépensé toutes ses économies en médecin et en pharmacien, devant un terme, s'est vu jeter dehors. Il a frappé à la porte de l'asile. Déjà, il a quelques sous d'économie, et il rêve à sa vie qu'il va refaire.

Celui-là a été trompé par sa femme, indignement, avec un ami. Pour étourdir ses chagrins, il a bu. Alors est venue la misère. Il allait peut-être sombrer dans le vol et heurter le lourd marteau de Mazas. II a rencontré sur son chemin l'asile Nicolas-Flamel, et le voilà sauvé.

Cet autre avait un patron imbécile. Lui, il est artiste. Il n'a pu supporter les observations de ce patron. On l'a mis à la porte, maintenant il est ferré à glace. Et c'est en souriant, que ces braves gens disent leurs malheurs. Et aujourd'hui, ils sont heureux, ils mangent à bonnes dents, ils boivent des lampées de vin, en faisant claquer la langue. Il y a si longtemps qu'ils n'en ont bu !

Puis voilà que tous les malheurs, tous les chagrins sont oubliés. Le café est versé. À toi, l'artiste !

Le concert.

Un hospitalisé monte sur l'estrade et entonne la Marseillaise. Au refrain, toute la salle accompagne et des bravos unanimes accueillent le dernier couplet.

Le chanteur descend, puis remonte. Cette fois, il nous annonce une « vieille chanson de Darcier » Dans mon verre. Cette, romance est très applaudie.

Voici un autre artiste qui chante Giflez-moi ça ; puis nous dit gentiment un monologue Je suis Bellevillois.

Et tous de rire et d'applaudir.

Les chansons succèdent aux chansons. Puis vient la seconde fournée.

Jusqu'à onze heures et demie, on chante, on rit.

Et, pour terminer la soirée, un petit discours paternel de M. Gobard, qui donne d'excellents conseils à tous ces malheureux, si gais aujourd'hui, et leur souhaite… de ne pas les revoir l'an prochain.

Et cependant tous s'en vont coucher, heureux, sans crainte du lendemain, n'ayant pas, comme les autres Parisiens, qui ont fêté dans la fête le 14 juillet, en perspective le triste réveil du terme.


A lire également

Le bon refuge (1901)

Hôtel particulier rue du Château-des-Rentiers (1922)

Ce sont les clochards qui assurent le chauffage des écoliers parisiens (1942)

sans titre 1

Ailleurs sur Paris-Treizieme

Le drame de la rue de Patay - 1892

Hier après-midi, un homme d'une quarantaine d'années s'affaissait sur le trottoir de l'avenue d'Ivry.

Lire

Le drame de la rue Duméril - 1888

Le nommé Désiré Caritey, journalier, âgé de quarante ans, demeurant rue Duméril, 17, marié et père de trois enfants, avait avec sa femme, avant-hier soir, une vive discussion pour un motif bien futile.

Lire

Les crimes d'un alcoolique - 1898

La rue des Malmaisons, inconnue de bien des Parisiens, est située avenue de Choisy, le long du chemin de fer de ceinture. À part quelques commerçants de détail, elle est habitée presque exclusivement par des ménages de chiffonniers.

Lire

Esclave de sa Colère - 1895

Bien que Sénèque ait dit « La colère est une courte folie », elle n'est pas toujours excusable, surtout lorsqu'elle se manifeste par des accès trop fréquents.
C'est le cas de la nommée Augustine Couffier, âgée de trente-huit ans, ménagère, demeurant rue des Malmaisons.

Lire

Menu article

Lu dans la presse...

La Ville de Paris va-t-elle enfin s'occuper de la cité Jeanne-d'Arc ?

Près de la place d'Italie, entre la rue Jeanne-d'Arc et la rue Nationale, la cité Jeanne-d'Arc forme une sorte de boyau gluant, sombre, bordé de mornes bâtisses de cinq ou six étages aux murs zébrés de longues moisissures. Dès la tombée de la nuit, le coin n'est pas sûr... (1931)

Lire


La cité Jeanne-d'Arc a été nettoyée de ses indésirables

La Cité Jeanne-d'Arc, cet îlot lépreux et insalubre qui, dans le 13e arrondissement, groupe autour de quelques ruelles ses immeubles sordides, entre la rue Jeanne-d'Arc et la rue Nationale, a vécu aujourd'hui un véritable état de siège. (1935)

Lire


L'inauguration de la rue Jeanne-d'Arc (prolongée) dans le XIIIe arrondissement

La municipalité parisienne a inauguré, ce matin dans le 13e arrondissement, le prolongement de la rue Jeanne-d'Arc qui relie ainsi le quartier des Gobelins à celui de la Gare. (1936)

Lire


L'inondation de la Bièvre

La Bièvre, pendant l'orage de mercredi, s'est mise en colère ; terrible colère, dont nous avons déjà signalé hier les principaux effets, et dont je suis allé voir les traces avant qu'elles ne fussent effacées. (1901)

Lire


Arsène Lupin à l’Eden des Gobelins

A l'Éden des Gobelins, l'entr'acte passe en grande vedette, vers 10 h. 20. (1933)

Lire


Les on-dit

Mais je vous jure que je n'ai jamais mis les pieds aux Gobelins, Comme tout vrai Parisien, je connais mal Paris. Je serais aussi dépaysé aux Gobelins que dans l'Arkansas. (1904)

Lire


Élection de la reine de l'Association artistique du treizième arrondissement

Cinq cents personnes environ assistaient, hier soir, à l'Eden des Gobelins, à l'élection de la reine de l'Association Artistique du treizième arrondissement. (1911)

Lire


Une visite à la Manufacture des Gobelins

Nous avons visité les Gobelins à onze heures. C'est le moment le plus propice pour recueillir une impression personnelle. À cette heure matinale, en effet, la foule des touristes n'a pas accès dans la manufacture ; le travail bat son plein dans la cité, et le chantier et l'atelier présentent leur physionomie réelle que n'a pas encore altérée la fatigue d'une demi-journée de labeur. (1900)

Lire


Le 14 juillet des miséreux

Nous nous sommes rendu à l'asile Nicolas-Flamel, 71, rue du Château-des-Rentiers, un asile modèle, d'une extraordinaire propreté, disons le mot d'une belle coquetterie. (1896)

Lire


Hôtel particulier rue du Château-des-Rentiers

Le Refuge Nicolas-Flamel, asile de nuit, est installé rue du Château-des-Rentiers. Délicate attention du hasard. Tout auprès, rue de Tolbiac, il est une gare, munie de ce fronton : Entrée — CEINTURE — Sortie. On s'étonne qu'il n'y ait point, ajoutés par un pauvre, cinq lettres de réponse : «Merci ! » (1922)

Lire


La chapelle Bréa

Là-bas, tout au bout de l'avenue d'Italie, près de la barrière de Fontainebleau, s'élevait une toute petite chapelle, mystérieusement fermée, et dans laquelle, depuis 1893, personne n'avait prié. Les habitants disaient en passant : c\'est la « chapelle Bréa », beaucoup sans comprendre le sens de cette dénomination. (1901)

Lire


Une tournée apostolique à la Maison-Blanche

L'abbé Garnier a fait cette semaine une tournée apostolique à la Maison Blanche C'est un bon coin de Paris, plein d'honnêtes travailleurs, mais, hélas ! aussi, un pauvre nid à misère. (1891)

Lire


L'aménagement du XIIIè arrondissement

Les grands percements ne font point défaut au XIIIe arrondissement; on peut même dire que l'importance des voies dont il est sillonné est hors de proportion avec les ressources et les mœurs de la population qui l'habite. L'administration municipale n'a donc que peu de chose à faire pour compléter son œuvre au point de vue de la viabilité. (1869)

Lire


Au treizième arrondissement

Rue du Moulin-des-Prés, treizième arrondissement, quartier de la Maison-Blanche, il a été ouvert, il y a un certain temps, une immense décharge, en vue de remblayer la vallée de la Bièvre. Dans cette décharge ont été apportées toutes sortes d'immondices. On y a même apporté des terres provenant de cimetières... (1890)

Lire


sans titre 2

© paris-treizieme.fr pour la transcription du texte