A propos de l'inauguration du puits artésien de la Butte-aux-Cailles - 1904

A propos de l'inauguration du puits artésien de la Butte-aux-Cailles

Le Voleur — 24 avril 1904

Tandis que Paris se trouve condamné à boire de l'eau contaminée, on a accueilli, avec bonheur, la nouvelle de l'inauguration du fameux puits artésien de la Butte aux Cailles.

La chose vaut qu'on s'y arrête, car il ne s'agit pas de moins de dix mille mètres cubes, ou de dix millions de litres d'eau pure qui vont être donnés, chaque jour, aux Parisiens. Par ces temps de fièvre typhoïde, d'eau de Seine filtrée, voire non filtrée, ce n'est pas là quantité négligeable.

L'histoire de ce puits est curieuse à plus d'un titre. Elle pourra notamment servir d'exemple mémorable de ce que valent la routine invétérée et la lenteur administrative, puisqu'il n'aura pas fallu moins de trente-huit ans pour mener à bonne fin une entreprise que l'initiative privée eut parachevée en sept ou huit années. Nous espérons bien qu'au fronton du monument, une inscription, aussi concise qu’éloquente, viendra rappeler ce fait aux populations étonnées. Il suffira de graver dans la pierre : 1966-1904.

Le puits artésien de la Butte aux Cailles vers 1900 - Le forage n'est toujours pas terminé.

C'est, en effet, en 1866 que furent commencés les travaux du puits de la Butte aux Cailles par la Ville qui mena le forage jusqu'à cent mètres, puis par un entrepreneur. En 1871, les fédérés brûlèrent le baraquement, mais le matériel resta intact et tout fut remis en état dès le calme revenu.

Les travaux reprirent et furent menés activement par l'entrepreneur qui termina sa tâche en 1872, ayant atteint 530 m. de fond.

La ville rentra encore une fois en possession de l'affaire et… ne fit plus rien pendant vingt ans. En 1892, les populations du quartier d'Italie perdirent patience — on s'impatienterait à moins — et chargèrent leur représentant, M. Rousselle, de secouer un peu la torpeur de l'administration. Les travaux furent repris au mois de juillet de la même année et marchèrent rondement. Il nous fut donné de les visiter, alors qu'ils étaient en pleine activité, grâce à l'obligeance de l'ingénieur, M, Arrault, et de son conducteur des travaux, M. Leroy,

Au premier étage, une puissante machine à vapeur actionnait un énorme treuil sur lequel s'enroulait et se déroulait tour à tour une courroie de grande taille, servant à lancer à toute volée le trépan en acier qui broyait le sol, ou à remonter la cuiller (récipient à soupape) qui rapportait près de dix mille kilos de déblais à chaque voyage. Il est vrai qu'il ne fallait pas moins de deux heures pour accomplir chacun de ces voyages. Nous avons assisté à la montée d'une cuiller chargée et nous avons constaté que le sous-sol parisien, du moins à la profondeur de cinq cent trente mètres, renferme divers minerais. Nous avons, notamment, pris un échantillon de pyrite de fer, très riche en métal.

La nappe d'eau, qui alimente le puits de la Butte aux Cailles vient, paraît-il, du Jura, Elle pourra fournir, nous l'avons dit, sans que les puits de la Chapelle et de Passy soient trop atteints, jusqu'à dix mille mètres cubes d'eau par 24 heures. Ces dix millions de litres d'eau seront utilisés de la façon suivante : Une partie sera dirigée dans une vaste piscine publique, où l'eau, incessamment renouvelée, se maintiendra, hiver comme été, à une température moyenne de 25 degrés au bas mot. Il est bien entendu que l'accès de cette piscine sera entièrement gratuit et que toutes les mesures seront prises pour que les règles de la décence y soient observées. On devine aisément quels services cette création rendra à la population ouvrière de ce quartier excentrique.

Le restant de l'eau, après avoir passé dans deux bassins de refroidissement, sera lancé dans les canalisations servant à alimenter la capitale.

Les Parisiens qui se sont rendus, sur le versant droit de la vallée de la Bièvre, pour assister à l'inauguration du nouveau puits, ont sagement fait de profiter de leur présence dans ces lointains parages pour renouer connaissance avec ce merveilleux coin de Paris, dont l'aspect a bien changé depuis quelque temps. On a comblé, en effet, toute une partie du versant nord pour y établir les rues de Tolbiac et de Bobillot, qui relient deux quartiers jusqu'alors séparés. Il reste encore de beaux points de vue, avec prairies, peupliers, comme en rase campagne tout cela, bien entendu, dans Paris.

Sur la droite, tout près du puits artésien, se dresse une église monumentale, placée sous le vocable de Sainte-Anne et élevée par le curé Miramon avec les seules ressources que lui ont procurées ses fidèles. Elle est destinée à remplacer la petite chapelle Bréa, chantée par Huysmans, et devenue trop étroite pour les besoins du culte de cette paroisse populaire.

Décidément, ce quartier n'est-pas à plaindre. On s'occupe sérieusement de lui, au point de vue spirituel et matériel.

Que n'en est-il de même partout dans la capitale !



Vu dans la presse...

1862

Extension de la Gare du chemin de fer d'Orléans

On a mis récemment à l'enquête un projet d'agrandissement de la Gare du chemin de fer d'Orléans, à Paris, qui consiste à étendre les dépendances de cette gare jusqu'au quai d'Austerlitz, par l'annexion de tout l'emplacement compris entre ce quai, la rue Papin et le boulevard de l'Hôpital. (1862)

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1925

Portrait : Emile Deslandres

Conseiller municipal du quartier Croulebarbe (1925)

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1927

Promenade électorale dans le XIIIè

Le treizième a toujours été la cité des pauvres. Il sue encore la misère avec ses îlots de maisons délabrées… avec la rue du Château-des-Rentiers, ô ironie, avec la Butte-aux-Cailles chère à Louis-Philippe. Et comme la misère va de pair avec la douleur, beaucoup d'hôpitaux, la Salpêtrière, la Pitié, Broca, Péan, des asiles, des refuges. Sur 33.500 électeurs, 28.000 paient de 500 à 1.200 francs de loyer par an. Au prix actuel du gîte, ces chiffres ont une triste éloquence ! On ne s'étonnera pas si le treizième est politiquement très à gauche… et même à l'extrême gauche. (1927)

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1929

Trop de clairons dans le quartier de la Maison-Blanche

Tandis que les chauffeurs ne pourront claironner ou trompeter par les rues de Paris, des escouades de bruiteurs autorisés continueront, embouchure aux lèvres, leur pas accéléré quotidien dans les rues du quartier de la Maison-Blanche en général, boulevard Kellermann en particulier. (1929)

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1924

La Butte aux Cailles se modernise

Dans une semaine ou deux, on inaugurera la grande piscine de la Butte aux Cailles. C'est un établissement vraiment remarquable, de briques et de mortier, aux revêtements vernissés blancs, dominé d'une immense cheminée en ciment armé, de grande allure avec sa quadrature de colonne droite évidée aux angles, lesquels sont ainsi arrondis. (1924)

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1929

Rue Charles-Bertheau plusieurs immeubles menacent maintenant de s'effondrer

Dimanche, dans la nuit, un craquement sinistre a éveillé les locataires d'un des vieux immeubles de cette rue. une maison d'un étage, portant le numéro 10. D'un coup la maison s'était lézardée du haut en bas. menaçant de s'effondrer. (1929)

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1937

54 habitants de la rue Charles Bertheau sont sans logis

Le quartier de la Gare est en émoi. A la suite de perturbation du sol, peut-être aussi de fissures de conduites d'eau et d'infiltrations, la plupart des immeubles de la rue Charles-Bertheau, dont certains sont neufs, menacent ruine (1937)

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1937

Les sinistrés de la rue Charles-Bertheau attendent en vain un logement et des secours

Les 84 sinistrés de la rue Charles-Bertheau ont manifesté pour obtenir de la ville de Paris des logements ou un secours suffisant. (1937)

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1872

Les Bijoutiers

Savez-vous ce que c'est qu'un Bijoutier ?...
C'est un de ces industriels qui achètent aux laveurs de vaisselle des restaurants les débris de viande cuite jugés indignes d'être offerts à la clientèle, et qui vendent ces débris, connus sous le nom d'arlequins, aux pauvres gens des quartiers populeux.
Or, depuis quelque temps, les étalages des bijoutiers du marché des Gobelins étaient mieux fournis que d'habitude... (1872)

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1878

La Fête Nationale du 30 juin 1878 dans le 13e arrondissement

Il faudrait tout notre journal pour être complet sur le treizième arrondissement. (1878)

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1914

Le bal des Quat'z'Arts

C'est derrière la mairie du treizième arrondissement, dans le vieux marché des Gobelins, que la jeunesse des Beaux-arts avait organisé hier soir le bal annuel des Quat'z'Arts. (1914)

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1923

Des ossements humains découverts par des terrassiers

Une rumeur étonnante et capable d’alimenter toutes les conversations circulait, hier après-midi vers 5 heures, dans le quartier de la Maison-Blanche. Des terrassiers, en creusant pour faire une cour, avaient découvert des ossements... (1923)

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