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Au Château-des Rentiers

Comment les « rodants » reviennent, à la vie régulière.

L’Intransigeant — 17 juin 1922

Cela, s’appelle le « Refuge Nicolas Flamel », mais l’établissement est beaucoup plus connu sous le nom du « Château des rentiers », parce que c’est dans la rue de ce nom que fonctionne l’une des deux organisations d’assistance par le travail fondées par la Ville de Paris.

Il est, dans notre société, un certain nombre d’épaves humaines qui semblent avoir pris comme devise le refrain d’un poème de Bruant : « T’es dans la rue, va, t’es chez toi. »

Seulement comme il est des jours où la rue n’est pas maternelle, lesdites épaves recherchent un abri plus confortable, et les asiles où l’on reste trois nuits leurs sont ouverts.

D’autres, enfin, de temps à autre, ont l’idée de travailler. Tout arrive, même, les pensées les plus saugrenues. Et c’est là que l’œuvre des refuges entre en action.

L’homme du pavé, appelé « le rodant »  dans l’argot des asiles, qui s’aperçoit soudain que deux-mains doivent servir à autre chose qu’à tenir un verre et une bouteille, peut se présenter soit au « Château des rentiers », soit au refuge du quai de Valmy.

Immédiatement, on s’occupe de le désinfecter et de le vacciner. Évidemment, ce sont ces formalités qui écartent beaucoup de bonnes volontés, mais il faut y passer.

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J’ai assisté à la vaccination du « Château des rentiers ».

Il y a là une vingtaine. d’individus d’âge indistinct. Des hommes de trente à quarante ans, des vieillards, des jeunes gens même. Ils paraissent résignés au pire.

M. le docteur arrive, c’est un homme souriant et bon, à demi caché derrière une barbe blanche. On croirait qu’il entre dans une clinique mondaine.

— Bonjour, messieurs, dit-il.

Et les rodants, qui sont tous des spécialistes du métier et qui ont passé déjà, presque tous, par ses mains, répondent avec un ensemble respectueux :

— Bonjour, monsieur le docteur.

Il en est qui viennent de prison et qui essaient de se repentir, d’autres qui arrivent d’Afrique. Le-refuge reçoit tout le monde, pourvu que le candidat soit muni de papiers d’identité.

Le docteur s’est aperçu qu’un de « ces messieurs » fumait.

— Votre cigarette !

L’homme jette rapidement son mégot et s’excuse :

— Oh ! pardon, monsieur le 'docteur, j’avais oublié...

J’en aperçois un, assez jeune et robuste, qui baisse la tête et murmure, à intervalles réguliers, une phrase dont je ne perçois pas le sens.

— Que dites-vous donc, demande le docteur, que marmonnez-vous ?

L’homme, sans lever la tête, grogne un peu plus haut.

— Je ne veux pas me laisser charcuter !

Le docteur le regarde, surpris.

— Charcuter !... Mais je ne suis pas charcutier, vous prenez-vous pour un cochon ?

Le public éclate de rire. La cause du docteur est gagnée. L’homme tend son bras.

Que de tatouages : des cœurs, des figures géométriques, des fleurs naïves, des portraits avec légende.

— Ce n’est rien, me dit le docteur, j’en ai connu un qui portait sur son corps l’historique complet de l’affaire Dreyfus. Tous les personnages y figuraient, depuis les témoins jusqu’à un gardien de l’île du Diable.

L’art a vraiment parfois de curieuses manifestations.

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Les travailleurs, lorsque leurs vêtements ont été passé à l’étuve, sont dirigés vers les ateliers. On y fait un peu de tout : des lingots de bûchettes pour les établissements de la Ville de Paris, de la reliure, de la menuiserie (on répare les tables des écoles), de la serrurerie, de la désinfection, de la lingerie.

La « première » de l’atelier de lingerie est un petit vieillard qui semble assis sur ses jambes recroquevillées. C’est un exemple rare que l’on cite comme modèle. Il est entré là voilà une dizaine d’années et n’en est plus sorti. Le cas ne s’est pas renouvelé.

Les travailleurs peuvent, en effet, rester là autant qu’ils le désirent, mais ils sont vite en proie à la nostalgie du pavé. Un jour, ils demandent leur pécule et ayant calculé combien cela représente de demi-setiers, s’en vont pour revenir un jour.

Il y vient aussi des mutilés de guerre, mais ce sont d’anciens rodants qui le sont redevenus, ils n’invectivent pas contre la société et trouvent leur sort enviable puisqu’on plus de l’abri, ils ont une pension.

Un marchand de balais y amena même un jour son fils, âgé de douze ans.

Comme on lui faisait remarquer que ce n’était guère une position pour un jeune homme, il répliqua :

— Pourtant, il ne peut pas toujours couper des branches dans les forêts, il lui faut un métier à c’t’enfant.

Mais, depuis la guerre, les asiles et les refuges ont perdu de leur clientèle. Il y a 250 lits au « Château des rentiers » et tous ne sont pas occupés. Les vieux habitués sont maintenant dans les asiles définitifs de Nanterre où d’ailleurs, ou malades dans les hospices (car on ne soigne pas dans les refuges). Et beaucoup de jeunes ont acquis l’habitude du travail régulier et des repas plus confortables. La soupe de « M. Haps », le personnage de Max Maurey, semble insuffisante à certains.

BOISYVON


Dans la presse...


Un pont américain à Paris : le pont de Tolbiac

Les Américains se sont acquis, depuis quelques années, une véritable renommée en matière de grands travaux publics leur initiative, leur audace, leur fougue, méritent d'être admirées et surtout imitées. Ce n'est pas la science qui manque à nos ingénieurs pour les égaler.
Nous signalons, avec beaucoup de plaisir, dans cet ordre d'idées, le beau pont « américain » dans la meilleure acception du terme, dont Paris vient d'être doté. (1895)


Des nouvelle du puits artésien de la Butte-aux-Cailles

Nous avons déjà entretenu nos lecteurs des travaux du puits artésien qu'on est en train de creuser sur la butte aux Cailles dans le XIIIe arrondissement.
Ce puits étant arrivé à la première nappe d’eau, on vient d’y descendre une puissante cuve en fer du poids de 6 000 kilogrammes, destinée à maintenir cette nappe dans sa position souterraine... (1864)


Une visite aux fermes de Paris

Nous sommes dans le quartier Croulebarbe. Passée la rue Corvisart, la Bièvre, invisible, sous nos pieds, nous empruntons la rue du Champ-de-l'Alouette un nom bien joli et nous voici dans la calme et pittoresque rue des Tanneries. Une vraie province... (1940)


Travaux de Paris

À quelques pas du parc de Montsouris, dont les travaux sont poussés avec la plus grande activité, dans la partie du 13e arrondissement située entre la rue du Pot-au-Lait et celle de l’Espérance, s’étend une région inhabitée, encaissée entre la Bièvre et un autre bras de ce petit cours d’eau qu’on appelle la rivière morte. (1868)


En voir plus...

Saviez-vous que... ?

En 1912, le lit de la Bièvre était couvert et canalisé pour devenir la rue Berbier-du-Mets remplaçant ainsi la vieille ruelle des Gobelins que l'on a trop tendance à confondre avec la rue des Gobelins qui débouche sur l'avenue des Gobelins alors que la ruelle débouché sur le boulevard Arago.

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Les travaux d'aménagement de la Place d'Italie, très considérables compte-tenu des différences de niveaux du sol à rattaper, furent terminés en 1879 et celle-ci fut considérée comme l'une des plus belles de Paris tant par son architecture que par les points de vue sur la capitale que l'on pouvait y admirer.

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Le 2 décembre 1923, le quotidien Paris-Soir rapportait qu'avenue des Gobelins, en face du 51, des agents avaient surpris Marcel Popinel, demeurant en hôtel, rue Lebrun, qui avait percé un fut de vin. Le pipeur a été conduit au commissariat de police du quartier.

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Dans son numéro du 16 août 1852, la Revue Municipale écrivait :
« Quartier Saint-Marcel. — Les eaux de la Bièvre.
« Depuis quelques mois, le manque d'eau oblige l'Administration à ne renouveler que très-rarement l'eau de la Bièvre, qui devient ainsi de plus en plus infecte.
« Tous les quinze jours, on vide complètement le canal, et l'eau dont on le remplit ensuite n'est qu'une espèce de fumier fluide qui ne peut se comparer qu'aux produits accumulés dans une voirie.
« Lorsque ce renouvellement a lieu, il s'opère avec de l'eau extrêmement corrompue et d'une telle puanteur qu'à l'instant même où ce flot immonde pénètre dans le canal, une odeur de vidange se répand à une grande distance dans la vallée de la Bièvre, et pénètre dans les maisons qui deviennent inhabitables.
« En présence d'inconvénients aussi dangereux, l'Administration doit se hâter de prescrire des mesures de salubrité. »

L'image du jour

Vue sur la Butte-aux-Cailles