Le faiseur de momies

par Georges Spitzmuller et Armand Le Gay

DEUXIÈME PARTIE

Sur la piste

XXI
Les deux découvertes de Sébastien Blanc

Le promeneur qui remonte le boulevard Auguste-Blanqui dans la direction de la place d'Italie, est frappé par l'aspect pittoresque d'une vieille maison enclose dans le triangle formé par ce boulevard, la rue Edmond-Gondinet et la rue Corvisart. Cette maison, cette ruine pour parler plus exactement, mérite que l'œil s'y arrête quelques instants à cause du charme mystérieux qui s'en dégage.

Disons d'abord qu'elle est située au milieu d'un parc fort restreint aujourd'hui mais qui, autrefois, était immense, car il s'étendait jusqu'à la rue de la Glacière.

Eugène Atget - La Folie Neubourg - Sans date

Depuis, il a été vendu morceau par morceau et sur l'emplacement où se trouvaient les beaux ombrages d'autrefois, s'élèvent maintenant de coquets petits hôtels tout flambant neufs dont la modernité blanche jure avec la carcasse vétusté de la misérable bicoque.

Misérable, elle ne le fut pas toujours cependant, et elle dut même, à une certaine époque, déjà lointaine sans doute, avoir fort grand air avec les colonnades qui règnent devant la façade et les statues allégoriques restées intactes au fond de leurs niches noircies par le temps

Mais cette façade, rongée de mousse, s'effrite de jour en jour et tombe pierre à pierre, tandis qu'un lierre envahissant a si bien agrippé les volets clos de ses mille-pattes tenaces qu'il serait impossible de les ouvrir. Jetez là-dessus un toit de tuiles rouges effondré par places, sur lequel a poussé toute une végétation touffue, où l'on remarque surtout des pourpiers et des giroflées, et vous aurez une idée assez exacte de la physionomie lamentable de cette pauvre vieille maison qui semble tendre la gorge au coup de pioche du démolisseur.

Le devant est occupé par un jardin envahi d'herbes folles où les orties dominent, et par une sorte de petit taillis clairsemé que des querelles d'oiseaux emplissent de pépiements aigus.

Sur le boulevard, un mur très bas forme clôture, surmontée d'une grille jadis fort belle, à en juger par les restes, aujourd'hui dédorée, mangée par la rouille et tordue par endroits. À droite, un grand portail en bois sculpté, qui s'ouvre sur une allée de tilleuls.

Si nous faisons le tour de l'enclos, nous remarquons que la grille cesse avec le boulevard et est remplacée par une palissade en bois peinte en noir, à travers les interstices assez larges de laquelle nous pouvons apercevoir, sur les derrières, dans la rue Corvisart, des bâtiments encore plus délabrés, qui devaient servir de communs. Il se trouvait là une petite porte mal jointe et fermée au loquet seulement, qui donne accès à ces bâtiments.

Ajoutons, en terminant, que depuis de longues années, la maison est inhabitée.

Ce soir-là, un tiède soir d'été, un homme, qui remontait à petits pas tranquilles la contre-allée absolument déserte du boulevard Auguste-Blanqui, de l'air heureux d'un bon bourgeois en train de flâner et de respirer le frais après son dîner, s'arrêta devant le portail de la maison abandonnée.

Vue d'ensemble du Clos-Payen après les premières démolitions - Henri Godefroy, photographe - Sans date
CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet

Il jeta un rapide coup d'œil autour de lui, comme pour s'assurer que personne ne le suivait, puis soulevant le heurtoir à l'ancienne mode, il le laissa retomber douce- ment trois fois d'une façon particulière.

II est probable que quelqu'un placé derrière attendait ce signal, car presque aussitôt la porte s'ouvrit vivement, pour engloutir celui qui venait de frapper et se refermer de même.

Si l'homme qui venait d'entrer de cette façon mystérieuse avait prolongé son regard circulaire avant de frapper, il aurait pu voir un autre homme se détacher de l'ombre où il s'était dissimulé, enfiler rapidement la rue Corvisart en rasant la palissade, puis une fois arrivé à la petite porte dont nous avons parlé plus haut, l'ouvrir sans bruit et pénétrer dans les communs.

Mais il est évident que le premier arrivant était bien loin de soupçonner la présence de celui qui le suivait de si près.

Une fois le portail refermé sur lui, Il se trouva dans l'ombre épaisse projetée par le feuillage des tilleuls et où il était impossible de rien distinguer. En même temps, la personne qui lui avait ouvert le prit par la main et l'entraîna en lui disant à demi-voix ;

— Laissez-vous conduire je vais vous montrer le chemin.

Ils remontèrent ainsi l'allée de tilleuls, jusqu'à la maison, gravirent quelques marches, poussèrent une porte qui s'ouvrit en grinçant, longèrent un couloir et pénétrèrent dans une grande pièce où régnait l'obscurité la plus profonde.

— Maintenant, un peu de lumière, dit la voix et nous serons comme chez nous.

Au même moment, un rais de clarté blanche jaillit d'une petite lanterne électrique de poche que t'un des deux hommes, celui qui parlait, tenait dans sa main.

La pièce où ils se trouvaient fut suffisamment éclairée pour qu'on pût en distinguer les détails. C'était un vaste salon d'où s'exhalait une odeur fade de moisi et de renfermé, aux boiseries vermoulues et pourries, et au plafond duquel souriaient encore des figures d'amours joufflus, effacées par l’humidité. Pour tous meubles, trois fauteuils qui montraient le crin, la tapisserie ayant été complètement dévorée par les mites.

— Eh bien, que dites-vous de mon idée, Sébastien ?... le lieu du rendez-vous est-il bien choisi ?

— Admirablement, monsieur le chef de la Sûreté.

— N'est-ce pas ?... Je crois que, cette fois, nous pourrons causer de nos petites affaires sans crainte d'être dérangés.

— Nous en avons grand besoin, car le diable m'emporte si je sais comment cela se fait, mais c'est à croire que jusqu'à présent toutes nos conversations ont été entendues. Il faut que nous ayons à nos trousses un espion invisible qui rapporte fidèlement au Faiseur de momies nos moindres paroles.

— C'est pourquoi j'ai pensé à cette maison abandonnée comme un lieu plus sûr que mon cabinet même, et où il est de toute impossibilité que le drôle puisse soupçonner notre rendez-vous de ce soir.

— Il ne faut jurer de rien, répondit Sébastien, en hochant la tête. Le Faiseur de momies a à son service des moyens d'information qui, par moment, touchent au surnaturel, et quelqu'un viendrait me dire qu'il est, en ce moment, caché derrière une porte à nous écouter que je n'en serais pas autrement étonné.

Involontairement, M. Ducroc jeta un regard dans la direction de la porte restée entr'ouverte. Il éclata de rire

— Allons, Sébastien, trêve de plaisanteries et dites-moi vite ce que vous avez à m'apprendre.

Mais le détective, avant de répondre, prit la lanterne des mains de M. Ducroc, courut jeter un regard dans le couloir pour s'assurer qu'il était bien vide et ouvrit la porte toate grande.

—  Comme ça, fit-il en revenant s'asseoir, il n'y aura pas de surprises et s'il y a des écouteurs aux portes, on les entendra venir.

Le chef de la Sûreté haussa les épaules.

— Chat échaudé craint l'eau froide, reprit Sébastien. Maintenant je vais satisfaire votre curiosité. Je vous dirai donc que...

Litter - trans

Littérature

La criminelle

par Jules Lermina
1881

La rue des Cinq-diamants

Un plus érudit découvrira l'origine de ce nom singulier, la rue des Cinq-Diamants.
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Les apaches de la Butte-aux-Cailles

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1907

La Butte-aux-Cailles

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La petite Miette

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1889

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— Au coin de la rue Corvisart et de la rue Croulebarbe.
— Est-ce qu'il y a deux chemins pour y aller ?

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Le faiseur de momies

par Georges Spitzmuller et Armand Le Gay
1912

De la place d'Italie à la Bièvre via l'avenue de la soeur Rosalie et la ruelle des Reculettes

Dans ce roman paru en feuilleton dans Le Matin, Georges Spitzmuller et Armand Le Gay emmènent leur lecteur sur la piste de M. Ducroc, chef de la sûreté, pour qui le XIIIe arrondissement n'avait pas de secret.

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La dame de pique

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1906

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Il existe à Paris, dans les quartiers perdus, des rues mornes et désertes qu'on traverse avec un sentiment de stupeur.

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Les apaches de la Butte-aux-Cailles

par Lucien Victor-Meunier
1907

A travers la Maison-Blanche

Un instant plus tard, elle était dehors dans le terrain vague qui descendait en pente rapide vers la vallée de la Bièvre...

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La vague rouge

par J. H. Rosny Ainé
1910

La poterne des Peupliers

Un homme s'arrêta sur la route, près de Gentilly. Il considéra le paysage misérable et puissant, les fumées vénéneuses, l'occident frais et jeune comme aux temps de la Gaule celtique.
Si l'auteur nomme une poterne des Tilleuils, c'est bien de la poterne des Peupliers dont s'agit.

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Perdues dans Paris

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1908

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Les esclaves de Paris

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C'est là un quartier étrange, inconnu, à peine soupçonné de la part des Parisiens...
Où Emile Gaboriau fait découvrir le quartier Croulebarbe à ses lecteurs.

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Un gosse

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1928

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La vague rouge

par J. H. Rosny Ainé
1910

La Butte-aux-Cailles

L'homme suivit d'abord la rue de Tolbiac, puis s'engagea par ces voies ténébreuses, bordées de planches, de lattes et de pieux, qui montent vers la Butte-aux-Cailles. Les oiseaux des réverbères dansaient dans leurs cages de verre. On apercevait des terrains fauves, des chaînes de bosselures, des rampes de lueurs, des phares dans un trou du ciel, et, du côté de la Butte, un nuage de feu pâle évaporé sur Paris...

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Monsieur Lecoq

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1869

Le quartier de la Gare

Le 20 février 18.., un dimanche, qui se trouvait être le dimanche gras, sur les onze heures du soir, une ronde d’agents du service de la sûreté sortait du poste de police de l’ancienne barrière d’Italie.
La mission de cette ronde était d’explorer ce vaste quartier qui s’étend de la route de Fontainebleau à la Seine, depuis les boulevards extérieurs jusqu’aux fortifications.
Ces parages déserts avaient alors la fâcheuse réputation qu’ont aujourd’hui les carrières d’Amérique.

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