Dans la presse...

 paris-treizieme.fr — 25 mai 1871, l’incendie des Gobelins

L’incendie des Gobelins

25 mai 1871

Le Monde Illustré — 10 juin 1871
Le Monde illustré, 10 juin 1871

La manufacture des Gobelins, cet établissement national unique au monde pour la fabrication de ses tapis inimitables, a été incendiée le 25 mai, à cinq heures du soir. Le feu avait commencé par envahir l'aile gauche de la manufacture. Les vieux murs craquaient, les planchers imbibés de pétrole flambaient et s'écroulaient sous les combles qui s'effondraient.

Tout avait été préparé pour la destruction complète.

Les conduites d'eau avaient été coupées; les portes qui s'ouvraient sur la Bièvre, qui coule derrière la manufacture, avaient été murées.

On parvint cependant à se créer un passage et on put puiser abondamment à la rivière. Le quartier tout entier était intéressé à étouffer l'incendie, car une poudrière avait été établie par les fédérés dans l'établissement.

On chercha en vain à sauver les tapissedes de la galerie d'exposition.

Toutes les tapisseries, tous les métiers du grand atelier ont été consumés, mais une grande partie de la manufacture a pu être sauvée et bien des pièces précieuses qui avaient été mises en lieu sûr lors du ombardement de Paris par les Prussiens, nous restent encore.

L'incendie des Gobelins a été allumé par les ordres du commandant fédéré Brugier.

M. V.

Le nom de Brugier ne parait pas avoir réapparu après ces événements. En fait, pour les journaux de l'époque, le principal responsable de l'incendie des Gobelins aurait été un nommé Emile Antoine Gentelet, mégissier et ouvrier boulanger, né en 1835, dont la presse signala l'arrestation en juin 1871.

Dans son numéro daté du 13 aout 1871, Le Constitutionnel écrivait :
« Sous peu de jours le 4e conseil de guerre aura à juger l'affaire de l'incendie, heureusement partiel, de l'établissement des Gobelins. L'inculpé est un nommé Gentelet, officier des fédérés. Il présida à cet incendie tout blessé qu'il était d'une chute de cheval, et quoi qu'il marchât avec une béquille. Il se tenait à la porte pour empêcher les secours.
Il y a sur Gentelet une particularité singulière : c'est lui qui ferma la liste des exécution sommaires. Il allait être passé par les armes, lorsqu'arriva quelques minutes auparavant, l'ordre de cesser les exécutions. »

Gentelet comparut le 18 aout devant le Conseil des guerre et fut condamné à mort des chefs de "attentat ayant pour but de détruire ou de modifier la forme du gouvernement établi", "massacre et pillage". Il fut, en revanche acquitté des chefs de arresation illégales, menaces de mort et complicité d'incendie.
Cette condamnation fut cassée par le conseil de révision, la peine de mort ne pouvant être prononcée pour les chefs d'accusation retenus.
Comparaissant à nouveau devant le 3e conseil de guerre, le 13 septembre, uniquement sur le prononcé de la peine, Gentelet fut, cette fois, condamané à la déportation dans une enceinte fortifiée avec dégradation civique.

Avant d'être conduit en Nouvelle-Calédonie, Gentelet fut détenu à Fort Boyard. Là, il fit preuve de courage et de dévouement comme le rapporta, en mars 1872, le Courrier de la Rochelle :

« Mardi 27 février, un triste événement a mis en émoi la population du fort Boyard.
Un militaire lavait son linge sur des escaliers qui conduisent à la mer, quand il fut enlevé par une lame. Deux de ses camarades dont un sergent se jettent à la mer pour le sauver. Ils disparaissent tandis que le premier est sauvé par une embarcation. Cependant deux détenus les nommés Gentelet, Émile, mégissier, condamné à la déportation dans une enceinte fortifiée, et Vielle, Henri, matelot, condamné à la même peine, se dévouent à leur tour. Le premier est assez heureux pour ramener sain et sauf le sergent Vilatte ; le second malgré tous ses efforts n’a pu saisir le militaire victime de son dévouement.
Nous croyons savoir qu’un rapport spécial a été adressé sur le compte de ces deux condamnés et nous espérons que M. le ministre de l’intérieur voudra bien appeler sur les auteurs de cet acte de dévouement l'attention de la Commission des grâces. »

A la suite de ces faits, Henri Rochefort tenta d'attirer l'attention de Victor Hugo sur le sort de Gentelet et de son co-détenu, apparemment sans succès.

Quelques mois plus tard, le quotidien Le Soir rapporta lui aussi ces faits :
« Deux soldats tombent à la mer, et sont sauvés par deux détenus. Immédiatement, le directeur arrive sur les lieux et félicite les deux sauveteurs pour leur belle conduite ; il leur annonce qu’il adressera un rapport au ministre, et que la commission des grâces leur tiendra compte de cet acte de courageux dévouement.
— Nous n’avons fait que notre devoir, rien que notre devoir, et vous n’avez pas besoin d’en informer votre gouvernement.
Les codétenus interviennent au débat et sont unanimes, avec Jourde, pour affirmer que tout rapport sur le fait est inutile. Le directeur, néanmoins, fait son rapport, et, grâce à la rapidité de notre système administratif, aucune réponse n’arrive. Cependant, un beau jour, l’un des sauveteurs, Gentelet, directeur de la manufacture des Gobelins pendant l’insurrection, s’approche du directeur, et lui dit :
— Eh bien ! qu’est-ce qu’il vous a répondu votre gouvernement ? Rien. Est-ce que j’ai demandé la permission à votre ministre pour me jeter à l’eau ?
En ajoutant à ces mots l’intonation voulue, on peut se faire une idée de l’incident. Il en a été ainsi trop fréquemment, et l’on a dû, pour obvier à ces inconvénients, diriger une vingtaine de condamnés sur la citadelle de Saint-Martin-de-Ré.
Le genre d’adoucissement le plus recherché par les condamnés à la déportation, c’est de faire commuer la peine prononcée en celle du bannissement. Pour la plupart, en effet, le bannissement n’est pas une peine ; c’est un moyen de se retrouvera l’étranger avec ceux qui ont pu se soustraire au châtiment, et de pouvoir entretenir une association menaçante pour l’ordre. »

En avril 1873, Le Petit Moniteur universel notait que « Gentelet, l’incendiaire des Gobelins, si nous nous souvenons bien, a obtenu les meilleures notes sur sa conduite tant au fort Boyard que pendant la traversée. Il a été employé de suite comme forgeron à l’arsenal de la marine. »

Gentelet fut amnistié en 1879 et revint en France à bord du Navarin avec les derniers rapatriés ce dont le Petit-Parisien fit le récit le 9 janvier 1881, rappelant que « Gentelet, est ce prisonnier qui, en 1871, au fort Boyard, sauva deux soldats d'infanterie de marine tombés à la mer ; il refusa sa grâce qu'on avait promis de lui accorder, s'il voulait la demander. »

In fine,  le véritable responsable de l'incendie des Gobelins se révéla être le sinistre Marie Jean-Baptiste Serizier, également responsable indirect de l'assassinat des Dominicains d'Arcueil et de l'incendie du Grenier d'abondance.

Celui-ci fut fusillé à Satory le 25 mai 1872.

 

Le 13e avant et durant la Commune
(18 mars - 28 mai 1871)

Saviez-vous que ...

La gare de Paris-Gobelins a été mise en service le 15 mai 1903. Elle le demeura jusqu'en 1991.

L'image du jour

Le boulevard de la Gare (Vincent Auriol) vers la rue Jenner

Vu dans la presse...

1923

Trois îlots à détruire d'urgence

Avant que d'être un égout, la Bièvre, semblable en cela à tant d'autres cours d'eau avait eu ses caprices, et avait formé, entre ce qui est maintenant le boulevard Arago et l'avenue des Gobelins, un îlot coquet, au milieu duquel poussait, au hasard des apports du vent, une flore des plus variées. (1923)

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1938

L'inauguration du monument aux Mères Françaises

En présence de M. et Mme Albert Lebrun a été inauguré hier, boulevard Kellermann, près de la porte d’Italie, le monument élevé à la gloire des mères françaises, œuvre des sculpteurs Bouchard et Dalcatone et des architectes Greber et Bigot. (1938)

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1900

Une nouvelle église paroissiale à Paris

Le quartier populeux de la Maison-Blanche, dans le treizième arrondissement, était hier en fête. (1900)

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1921

La piscine de la Butte-aux-Cailles sera le type des piscines futures

D'une architecture utilitaire, le bâtiment accolé aux bains-douches, place Paul-Verlaine, aura son entrée spéciale conduisant à trois étages de 50 cabines chacun. Chaque étage aura sa couleur particulière, à laquelle répondront les couleurs des caleçons. (1921)

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1883

Effondrement d'une maison place Pinel

Mercredi matin, vers dix heures, a eu lieu un accident qui aurait pu prendre les proportions d'une véritable catastrophe.
Une maison à plusieurs étages, située place Pinel, près de la barrière d'Italie, et portant le numéro 3, a subi soudain un affaissement assez considérable, et une profonde excavation s'est produite.
On sait que tout ce quartier est construit sur les catacombes... (1883)

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1912

Un Meeting des Locataires de la Cité Jeanne-d’Arc

L'on sait que l'Assistance Publique a racheté la cité Jeanne-d'Arc pour faire démolir les noires masures qui la composent et édifier à leur place, sur les cinq mille mètres carrés qui s'étendent là, au fond de ce populeux quartier de la Gare, entre les rue Jeanne-d'Arc et Nationale, des maisons ouvrières à bon marché, gaies, saines et claires. (1912)

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1923

Tonneaux !... Tonneaux !...

Cet après-midi, à 15 heures, boulevard de la Gare, s'est disputée une originale compétition : la course des « rouleurs de futailles ». (1923)

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1901

L'orage

Un orage d'une violence extraordinaire s'est abattu hier après-midi sur Paris. Vers une heure, des nuages lourds venant du Sud-Est s'amoncelaient, et à deux heures et demie de grosses gouttes de pluie commençaient à tomber. (1901)

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1929

La transformation de Paris-Austerlitz

Depuis la mise en service, pour les messageries de Paris-Austerlitz, des vastes hangars, d'aspect solide, modernes, édifiés en bordure de la rue du Chevaleret, et dont l'entrée se trouve, ainsi que, nous l'avons dit, boulevard de la Gare, à Paris, une armée de travailleurs fait disparaître les anciens quais couverts de la rue Sauvage, ce qui aura pour, avantage de donner à ce coin plus d'air et, avec de petits bâtiments coquets, un cachet plus artistique. (1929)

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1873

De Paris à Paris par le chemin de fer de ceinture

La ligne de fer se relève aux environs de la MAISON BLANCHE, nom charmant qui s'applique à une contrée peu connue et d'un aspect étrange. C'est assurément le coin de Paris le moins fréquenté Ces solitudes attendent un historien et un géographe, et nous espérons les explorer un jour avec nos lecteurs (1873)

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1934

Les trains de voyageurs de la Petite Ceinture cesseront de fonctionner dimanche prochain

Le train à voyageurs dont le terminus est la station Maison-Blanche, qu'il atteint un peu avant 23 heures, sera le dernier à rouler sur ces voies, dimanche soir. Saluons-le, nous ne le reverrons plus ! (1934)

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1926

Un abreuvoir pour chevaux et pour chiens a été inauguré ce matin

Les badauds sont rares dans le quartier de la Gare et lorsqu'une inauguration y amène des officiels et dû « beau monde », l'assistance est aussi clairsemée que pittoresque : c'est devant une dizaine de marmots, quelques garçons bouchers et deux ou trois ménagères que la fontaine, offerte par la S.P.A. à la Ville de Paris pour étancher la soif des chevaux et des chiens, a été remise à M. Morain, préfet de police. (1926)

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