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 paris-treizieme.fr — Le massacre des Dominicains d'Arcueil : ouverture du procès

Le massacre des Dominicains d'Arcueil — Le procès

Texte paru dans le Journal des débats politiques et littéraires reproduit de la Gazette des Tribunaux

Bulletin Judiciaire.
6e conseil de guerre (séant à Versailles).
Présidence de M. de La Porte,
colonel du 12° chasseurs à cheval.
Audience du 8 février.

Massacre des Dominicains d'Arcueil. — Quatorze accusés.

Les accusés sont au nombre de quatorze ; ils déclarent se nommer :

1° Marie-Jean-Baptiste Serizier, corroyeur ;
2° Isidore-Louis Boin, dit Bobèche, corroyeur ;
3° Louis-Adrien Lucipia, étudiant en droit, clerc d'avoué et journaliste ;
4° Jules-Constant-Désiré Quesnot mécanicien ;
5° Osmin-Jacques Gironce dessinateur architecte ;
6° François Pascal, brocanteur ;
7° Émile-Antoine Annat, commis libraire ;
8° Jean-Pieyre Bouillac, journalier ;
9° Alfred-Nicolas Grapin, cordonnier ;
10° Amédée-François-Joseph Busquant, cordonnier ;
11° Bonaventure-Jean-Robert Gambette, journalier ;
12° Charles-Henri Boudaille, caporal au 112e de ligne ;
13° Dominique-Maurice Buffo, tailleur de pierres ;
14° Femme Pauline -Octavie Buffo née Lecomte, couturière.

Le siège du ministère public est occupé par M. le commandant Rustant, commissaire du gouvernement, assisté de M. le lieutenant Guinez, substitut.

Gazette des Tribunaux :

" Cette audience était presque entièrement remplie par la lecture du rapport et l'interrogatoire des deux premiers accusés. Nous nous occuperons de chacun d'eux en particulier. Quant à l'ensemble, on ne remarque encore aucune figure saillante. Ceux dont on s'est occupé aujourd'hui nient énergiquement toute participation au crime, et si les autres adoptent ce système de défense, il y aura de vivre discussion entre les accusés et plusieurs des témoins qui sont très affirmatifs. "

M. le greffier Duplan donne lecture du rapport de M. le capitaine Leclerc. Il est ainsi conçu :

Rapport de M. le capitaine Leclerc

« Le pillage des églises et des couvents, les menaces de mort et d'incendie signalaient le déclin du règne de la Commune et jetaient la terreur dans toutes les âmes honnêtes. Après la loi sur les otages, nul de ceux qui, depuis, concoururent à des arrestations illégales et arbitraires ne pouvait ignorer le sort réservé aux malheureuses victimes.

» Un seul établissement religieux, l'école Albert-le-Grand, tenue par les dominicains à Arcueil, et transformée en ambulance dès le début du siège de Paris, semblait avoir été et devait être épargné, surtout depuis qu'il ne contenait plus que des blessés fédérés, objet des soins les plus attentifs. Cette charité inépuisable n'avait pourtant pas trouvé grâce auprès de la 13° légion de la garde nationale, en partie composée d'étrangers et de repris de justice, dressés a tous les crimes et commandés par Serizier, une des figures les plus sinistres de cette triste époque.

Ecole Albert-le-Grand à Arcueil

» Son bataillon de choix, le 101°, caserne dans le château du marquis de La Place, poursuivait de ses menaces et de ses mauvais procédés les ambulanciers, ses voisins, que l'on accusait d'intelligences avec Versailles. Ces menaces et ces mauvais procédés ne firent qu'augmenter à la suite d'un commencement d'incendie qui se déclara le 17 mai dans la toiture du château.

» Malgré le dévouement dont ils firent preuve pour éteindre cet incendie, dévouement remarqué par Serizier lui-même, les dominicains furent immédiatement accusés d'avoir mis le feu, comme signal convenu avec l'ennemi c'était un prétexte suffisant pour motiver leur arrestation qui, selon Serizier, aurait été ordonnée par dépêche du Comité de salut public à Léo Meillet, le gouverneur du fort de Bicêtre. Cet ordre fut exécuté le 19 mai, à quatre heures du soir, dans les circonstances suivantes :

» Serizier fit d'abord cerner les bâtiments par deux compagnies du 101e sous les ordres du commandant Gebel pendant que le 120e bataillon, sous les ordres du commandant Quesnot, pénétrait dans l'intérieur.

» Léo Meillet vint ensuite présider à l'attentat il était accompagné de Challer, son sous-gouverneur, de Moreau, commandant d'état-major, attaché à Wroblewski, et de Lucipia, son juge d'instruction et son ami intime. Cette intimité existait depuis longtemps aussi entre tous ces complices, affiliés de l'internationale, et qui, selon l'opinion nettement formulée par Quesnot, en prévision de la chute prochaine et inévitable de leur Commune, cherchaient à se créer par le vol des ressources personnelles pour l'avenir.

» Pour le moment, le pillage était réservé, et l'on permit à un dominicain, le Père Captier, d'apposer les scellés sur les portes de la cave, de la lingerie, des salons et salles de travail, de l'économat, des dortoirs, etc.

» Puis on réunit tous les Pères et les employés de la maison au nombre de quarante environ.

» Vingt-trois hommes et deux enfants de douze à quatorze ans furent dirigés sous escorte sur le fort de Bicêtre. Les femmes des employés, les enfants les Sœurs de charité, furent emmenés à Saint-Lazare. Sept élèves et un comptable, le sieur Chamberlac, à ce moment malade et alité, furent momentanément exceptés de la mesure. Le peloton d'escorte, fourni par le 120e bataillon, était commandé par l’adjudant-major Schenk, qui avait sous ses ordres Chocu, capitaine, et Gironce, sous-lieutenant. Quesnot fut en outre désigné pour garder les scellés avec le 120e bataillon.

» À son retour de Bicêtre, Schenk communiquait à Quesnot un ordre de Léo Meillet, prescrivant de lui envoyer une calèche et deux chevaux, appartenant à l'école, et de faire conduire les sept élèves restant à l'Hôtel-de-Ville. Cet ordre, dont l'existence est attestée par l'élève de Laperière, ne fut heureusement pas exécuté par Quesnot, qui dans toute cette affaire a certainement montré des sentiments plus humains que ses complices.

» Les menaces et les outrages ne furent pas épargnés aux prisonniers ; arrivés au fort vers sept heures du soir, ils furent entassés à deux heures du matin dans une étroite casemate. On avait eu soin de les dépouiller de tout ce qu'ils possédaient des montres, des bijoux, de l'argent et de leurs papiers ; le fils du jardinier de l'école, âgé de onze ans et demi, se vit même enlever ses balles à jouer, son encrier, son crayon, son mouchoir de poche.

» Le P. Captier et le P. Cotherault demandaient sans cesse à être interrogés. Ils obtinrent, le 21 mai, d'être conduits auprès de Lucipia, qui leur dit qu'ils n'étaient pas accusés, mais seulement détenus comme témoins à l'occasion de l'incendie du château et des signaux faits aux Versaillais.

» Les 23 et 24 mai, les insultes et les menaces redoublèrent ; ces malheureux furent même privés de toute nourriture pendant deux jours.

» Le 24 mai, l'abbé Féron tentait courageusement une demande auprès de Léo Meillet en faveur des otages et des dominicains. Il fut repoussé et faillit être victime de la sauvagerie de tous ces bandits fédérés.

» Pendant que Léo Meillet se retranchait derrière une impuissance supposée pour refuser la liberté des prisonniers, le pillage de leur maison s'exécutait par ses ordres.

» Le 24 mai, vers midi, le 120e bataillon, aidé par deux cents hommes du 160e, enlevait les scellés, brisait toutes les portes, chargeait une douzaine de prolonges d'artillerie et huit voitures de réquisition avec les meubles, les vêtements, la caisse, etc., en un mot toutes les valeurs évaluées à 80,000 fr. environ, et les expédiait au fort de Bicêtre.

» Quesnot semblait avoir jusque-là pris des mesures pour empêcher le vol. Cependant les magasins des provisions, les cellules des domestiques qu'on avait oubliés le jour de l'apposition des scellés avaient été peu à peu complètement dévalisés par les femmes des gardes, et 15 ou 16,000 fr. d'obligations de chemins de fer, fruit des économies de deux domestiques, avaient été frauduleusement soustraits.

» Le 24 mai au matin, Quesnot communiquait au comptable malade un écrit signé de Moreau, qui ordonnait le pillage, l'évacuation de l'école et l'arrestation du personnel restant. Cet écrit, retrouvé plus tard dans une des cours par un soldat de la ligne, et remis à un officier, a malheureusement été égaré. Il ne nous a donc pas été possible de vérifier s'il prescrivait en même temps l'incendie des bâtiments, ainsi que Quesnot le prétend.

» Quoi qu'il en soit, celui-ci favorisa la fuite du comptable et des élèves, leur fit emporter les vases sacrés de la chapelle, puis courut ouvrir toutes les portes, dont il avait les clefs, pour empêcher, dit-il, la destruction inutile de ce qui ne pouvait être emporté. Les portes de la cave ayant été enfoncées les premières, le pillage dégénéra en orgie et dura jusqu'à la nuit. Si, alors, le feu ne fut pas mis aux bâtiments, et s'il faut en croire Quesnot, ce serait grâce au mensonge qu'il fit à ses hommes en leur déclarant qu'une batterie du fort n'attendait que son signal pour tout détruire à coups de canon.

Suite


Le 13e avant et durant la Commune
(18 mars - 28 mai 1871)

Saviez-vous que ...

Selon Le Petit Parisien du 24 juin 1923, qui rappelait qu'entre le pont National et le pont de Bercy, deux voies seulement sont ouvertes : la rue Watt et la rue de Tolbiac; il était question de réaliser un projet qui supprimerait la rue Watt. La mesure a soulevé dans le quartier une assez vive émotion : un comité de défense s'est constitué dont le président a fait une démarche auprès du préfet de la Seine.

L'image du jour

La caserne Lourcine, boulevard de Port-Royal

Vu dans la presse...

1866

La première boucherie de cheval à Paris

Notre gravure représente la devanture de la boutique qu'un boucher, — pourquoi pas un chevalier ? — vient d'ouvrir près du boulevard d'Italie...... (1866)

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1866

Travaux publics.

On va bientôt procéder dans le 13e arrondissement (des Gobelins) aux travaux d’agrandissement et de régularisation de la place d’Italie et de ses abords.... (1866)

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1924

Métro, ligne 12, le projet abandonné

De la porte d'Orléans à la porte de Gentilly et à la porte d'Italie... (1924)

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1868

Petite ceinture : stations de Montrouge, Gentilly et Maison-Blanche (1868)

La construction de cette partie du chemin de fer de ceinture où les voies sont dans des tranchées de 8 à 10 mètres de hauteur a nécessité cette position des gares qui se trouvent, comme on le voit dans la Fig.2 construites sur un tunnel dans lequel passent les trains.... (1868)

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1894

Le mystère des Gobelins

Un bruit sinistre, dont un de nos confrères s'est fait l'écho, a couru hier sur la rive gauche. M. Guignet, chef des ateliers de teinturerie à la manufacture des Gobelins, se serait aperçu que certaines parties d'un grand panneau de tapisserie représentant la Conversion de saint Paul avaient perdu toute la vivacité de leurs couleurs. (1894)

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1902

Le Métropolitain dans les Catacombes

Les travaux de consolidation de la ligne circulaire n° 2 du Métropolitain de Paris, ou plutôt les travaux de préparation de la construction de cette ligne au travers du terrain effondré et affouillé des Catacombes et des carrières de Paris, notamment boulevard de Vaugirard, boulevard Saint-Jacques et boulevard de l’Hôpital, sont terminés. (1902)

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1906

Le Métropolitain (Place d'Italie-Place Mazas)

La ligne ouverte à l'exploitation, au commencement du mois dernier, — de la place d'Italie à la gare d'Orléans, — complétée par la section Orléans-Mazas et le raccordement Mazas-Gare de Lyon mis en service le 14 juillet, assure, dès à présent, des relations directes entre toutes les lignes exploitées, et a permis — comme l'indique notre plan général — la constitution d'un premier réseau homogène. (1906)

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1930

Inauguration de la ligne Odéon-Place d'Italie

Le réseau du Métropolitain compte une ligne de plus, ou, plus exactement, deux tronçons de lignes complémentaires : l'un qui prolonge la ligne n° 10 de l’Odéon à la place Monge, et l'autre qui étend la ligne n° 7 de la place Monge à la place d'Italie... (1930)

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1872

Un marché de banlieue

En sortant de Paris par la porte d'Italie un dimanche ou un jeudi, on se trouve immédiatement entouré de mendiants, d'aveugles, d'estropiés, de saltimbanques. C'est l'avant-garde du marché, qui se tient sur le terrain compris dans la zone des fortifications sur la route d'Ivry. (1872)

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1897

Un syndicat d'indigents

La cour des Miracles était hier soir en grand émoi ; elle avait transporté cahin-caha, béquillant et gesticulant, ses pénates dans le quartier de la Gare, rue Nationale, tout là-bas, au bout de Paris, près de la barrière d'Italie. Il faut dire que le 13° arrondissement a un maire, M. Thomas, « qui fait des économies sur les fonds alloués par la Ville au service de bienfaisance, et qui, cette année, a rendu 50,000 francs à l'Assistance publique. (1897)

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1890

L'épidémie de la Maison-Blanche

Au moment où le service de statistique municipale constatait avec satisfaction une décroissance notable de la mortalité dans Paris, une épidémie éclatait dans un quartier excentrique et y jetait l'effroi. Le quartier contaminé est celui de la Maison-Blanche, situé dans le treizième arrondissement, sur les bords de la Bièvre. (1890)

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1891

La reconstruction des Gobelins

Il paraît décidé qu'on conservera pieusement les ruines de la Cour des Comptes, comme souvenir de 1871. Mais il est un autre monument, également ruiné par la Commune et dont la vue séduit beaucoup moins : la façade de la manufacture des Gobelins « provisoirement » remplacée par une construction en platras et une palissade en planches. (1891)

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