Dans la presse...

 paris-treizieme.fr — Audition de Serizier 1/2

Le massacre des Dominicains d'Arcueil — Le procès

M. le président procède ensuite à l'interrogatoire de Serizier, le premier des accusés.

Audition de SERIZIER.

Ouvrier corroyeur, il a depuis longtemps abandonné tout travail pour se lancer à corps perdu dans la politique violente et communiste. Affilié de l'Internationale, il a puissamment contribué à la propager dans les quartiers populeux du 13e arrondissement.

Les violences de son langage dans les clubs, ses appels incessants à la révolte armée lui avaient acquis auprès du parti du désordre une popularité et une influence que plusieurs condamnations politiques ne firent qu'augmenter.

En 1870, il fut de nouveau condamné à huit mois de prison, et put se soustraire au châtiment t en se réfugiant en Belgique. Il y vivait des secours de son parti quand, les événements du 4 septembre lui permirent de rentrer à Paris et de continuer, avec plus d'ardeur encore, cette lutte impie qui entravait la défense et voulait augmenter les malheurs de la patrie.

Au 22 janvier 1871, Serizier était capitaine à la 4e compagnie de marche du 101e bataillon de la garde nationale. On le vit arriver sur la place de l'Hôtel-de-Ville en tête d'un détachement de gardes nationaux armés qui débouchaient par la rue du Temple, tambour battant et fanion rouge en tête ; il avait son costume de capitaine, le sabre nu à la main, et l'agitait en l'air comme pour exciter son détachement par des gestes.

Quelques instants après, ce détachement s'étant formé face à l'Hôtel-de-Ville, le dos tourné au bâtiment de l'annexe, on vit encore Serizier agitant son sabre au moment où le premier coup de feu partait du groupe qu'il commandait.

Ce premier coup de feu tiré sur l'Hôtel- de-Ville fut rapidement suivi d'un grand nombre d'autres coups partis du même groupe. Le capitaine adjudant-major Bernard des mobiles d'Ille-et-Vilaine, fut atteint trois fois, à la tête et à chacun des bras.

Après la cessation du feu, Serizier parvint jusqu'à la grille de l'Hôtel-de-Ville, toujours le sabre nu à la main, réclamant l'ouverture de cette grille, afin d'être admis comme parlementaire. Il escalada la grille. On l'arrêta, on le fouilla il fut trouvé porteur d'un revolver, en outre du sabre dont il était armé.

Serizier ne reconnaît pas être arrivé avec le détachement qui est venu par la rue du Temple. D'après lui, il était près du square Saint-Jacques quand le feu a éclaté, et c'est dans un but d'humanité qu’il a tiré son sabre du fourreau pour y adapter un rideau blanc pris au café de la Garde nationale. Il l'agitait en signe de parlementaire pour faire cesser le feu, et c'est ainsi qu'il s'est approché des grilles de l'Hôtel-de-Ville.

Aucun des témoins n'a déposé sur ce drapeau blanc, tous n'ont vu que la lame hors du fourreau et agitée en l'air.

Le 101e bataillon, dont Serizier faisait partie, était fort nombreux sur la place, et le détachement venu par la rue du Temple était certainement en grande partie composé d'hommes du 101e bataillon.

En présence de la précision des témoignages, l'ordre de mise en jugement avait été demande le 4 mars au général en chef de l'armée de Paris, et les débats de cette affaire avaient été fixés pour le 23 mars. Mais, dès le 18, la populace se ruait sur la prison de Sainte-Pélagie et délivrait Serizier.

La journée du 19 mars est la seule à enregistrer en faveur de Serizier. Les généraux Chanzy et de Langourion étaient aux mains d'une foule en fureur qui voulait les fusiller sur-le-champ. Serizier, aidé de Léo Meillet et de M. Combes, adjoint à la mairie du 13e arrondissement, eut beaucoup de peine à les dégager, et parvint à les conduire en sûreté à la prison de la Santé. Le souvenir des deux infortunés généraux assassinés la veille rend plus précieux et plus important ce bon mouvement de Serizier, et nous comprenons la persistance qu'il a mise à en recueillir presque immédiatement le témoignage.

Le rôle de Serizier dans l’insurrection s'accentue de jour en jour; tous ses amis sont au pouvoir ; il les soutient de son énergie ; il est prêt à exécuter toutes les infamies qu'ils décréteront, et cependant il avoue qu'il n'a jamais cru à la réussite des projets de la Commune:

D'abord, secrétaire de Léo Meillet, puis délégué de la Commune à la mairie du 13e arrondissement, il se fait nommer le 1er mai, à l'élection, colonel de la 13e légion. Il remplit avec ardeur, avec zèle, toutes les charges d'un colonel de légion, visite fréquemment les avant-postes, excite ses bandes au combat, fait arrêter les réfractaires, et, dans les derniers jours de la lutte, organise une résistance à outrance dont il se glorifie. Aujourd'hui il prend audacieusement devant la justice l'attitude d'un ennemi qui a légalement combattu, d'un soldat pur de toutes les atrocités commises.

Déjà cependant comme secrétaire de Léo Meillet, Serizier avait été chargé d'apposer les scellés à la chapelle Bréa, qu'on enlevait ainsi au service du culte. Plus tard, la Commune ayant décrété qu'elle serait rasée, Serizier trouva tout naturel de procéder lui-même à l'enlèvement des scellés et à la mise en vente de toutes les valeurs que renfermait la chapelle. Cette vente ne fut interrompue que le 24 mai, alors que Serizier recrutait les acheteurs pour les placer aux barricades.

Le 21 mai au soir, Caullet, le directeur de la prison de la Santé, recevait de Ferré un ordre ainsi conçu :

« Ordre au directeur de la prison delà Santé de faire fusiller tous les gendarmes et sergents de ville qui se trouvent dans la prison, si les insurgés versaillais osaient s'approcher de la prison et semblaient vouloir l'attaquer. »

Le lendemain 22 mai, dès dix heures du matin, vingt-deux voitures de poudre et munitions arrivaient en deux convois pour être emmagasinées dans les sous-sols de la prison. Sur le conseil des anciens employés de la prison, qui prévoyaient la funeste destination de ces poudres, Caullet refusa de les recevoir. Le greffier de la prison croit se souvenir, sans toutefois oser l'affirmer, que l'ordre d'envoi était signé de Cayal, le chef d'état-major et le bras droit de Serizier.

En outre, un employé de la manufacture des Gobelins, qui habitait au-dessus du bâtiment transformé en poudrière, a constaté un déplacement considérable et inusité de voitures ; ce déplacement ne s'est pas renouvelé les jours suivants. Il y a donc lieu de croire, malgré les dénégations de Serizier, que les poudres envoyées pour faire sauter la prison sont parties du 9e secteur, et par ses ordres ou ceux de son état-major.

Le 23 mai, vers onze heures du soir, Serizier entrait au greffe de la prison avec Millière, vêtu en civil, et un troisième individu armé jusqu'aux dents et portant des insignes de capitaine ; Serizier paraissait très animé et impatient de voir le directeur.

En arrivant au rond-point, il indiqua de la main la 2e division, où il avait été détenu, ajoutant que c'était humide, qu'on y était fort mal, qu'on y mangeait peu, et qu'il ne voulait pas qu'il restât pierre sur pierre de cette maison. Puis, s'adressant au capitaine inconnu : « Tu ne les manqueras pas, j'espère, dit-il. — Citoyen, répliqua ce dernier, amène-les-moi, et tu verras comme je travaille. »

Le directeur se faisant attendre et Serizier s'impatientant de plus, il tira un revolver de sa ceinture et, le tenant en main, il se fit précéder du brigadier-gardien, qui le conduisit chez Caullet. Ils le rencontrèrent au haut de l'escalier et se rendirent tous au greffe, où Serizier, fouillant dans le registre d'écrou, prit lui-même en note sur un bout de papier le nombre et la catégorie des otages, gendarmes, sergents de ville, curés, etc.

Il se rendit ensuite au poste avec Millière et le capitaine, et remit à Mirassol, le lieutenant de garde, la note prise au greffe en ajoutant : « Vous ferez fusiller tous ces gens-là dès que vous verrez paraître les troupes de Versailles. — C'est bien, citoyen », répondit l'officier. Mais le lendemain celui-ci rassurait les gardiens en déclarant qu'il était bon républicain, non assassin, et qu'on lui brûlerait plutôt la cervelle que de lui faire exécuter un pareil ordre.

Avant de quitter la prison, Serizier- demanda à Caullet combien il avait d'anciens employés de la prison. « Tous sont anciens, répondit le directeur, et j'en suis très content. » — « Nous sommes trahis, tu nous paieras cela, Caullet. » Tels furent les adieux de Serizier, qui, devant la fermeté des gardiens, ne s'était pas senti en force pour exécuter lui-même le crime qu'il ordonnait.

Le lendemain, la prison de la Santé recevait un grand nombre d'obus des batteries de la Butteaux-Cailles où commandait Serizier, et ce bombardement ne cessait qu'à la nuit, quand le chantier voisin brûlait et donnait à supposer que la prison était en feu.

Nous avons suivi Serizier dans tous ses actes le 25 mai, et établi la part horrible qu'il a prise au massacre des dominicains.

L'enquête à laquelle nous nous sommes livrés relativement, à l'incendie des Gobelins nous a permis de constater que le pétrole avait été versé par ordre et par des insurgés qui n'obéissaient qu'à Serizier ou à son état-major; que le feu avait été mis à un signal convenu et à l'heure de midi, c'est-à-dire lorsque Serizier était encore présent et défendait avec rage les barricades voisines.

Pour nous, Serizier est le chef des incendiaires ; il doit porter la responsabilité de ce nouveau crime.

Serizier apparaît encore à cinq heures du soir dans les environs de la place Jeanne-d'Arc, au milieu des débris de ses bandes alors cernées de toutes parts et qui se rendent enfin, jugeant une plus longue résistance impossible. Il parvient à fuir à la faveur d'un déguisement et n'est arrêté que vers le milieu de juin dans un atelier de corroyeur.

Suite


Le 13e avant et durant la Commune
(18 mars - 28 mai 1871)

Saviez-vous que ...

Selon Le Petit Parisien du 24 juin 1923, qui rappelait qu'entre le pont National et le pont de Bercy, deux voies seulement sont ouvertes : la rue Watt et la rue de Tolbiac; il était question de réaliser un projet qui supprimerait la rue Watt. La mesure a soulevé dans le quartier une assez vive émotion : un comité de défense s'est constitué dont le président a fait une démarche auprès du préfet de la Seine.

L'image du jour

La caserne Lourcine, boulevard de Port-Royal

Vu dans la presse...

1927

La Butte-aux-Cailles nouvelle butte « sacrée »

Elle pourrait bien être en passe de gagner le titre de nouvelle Butte sacrée, cette Butte-aux-Cailles, au nom plein de charme évocateur, qu'on songe à la splendeur cynégétique ou à la petite amie souriante, chantante et potelée. (1927)

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1861

Le nouveau Paris

L'ex-commune de la Maison-Blanche, au-delà du boulevard d'Italie, est une des parties annexées qui offrent le plus de difficultés pour le nivellement, car d'un côté il s'agit de franchir les hauteurs de la Butte-aux-Cailles, et de l'autre il faut remblayer des fondrières, des carrières abandonnées... (1861)

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1863

Les projets pour le XIIIe arrondissement

Le treizième arrondissement se compose, comme le douzième, d'une fraction de l'ancien Paris et d'une partie annexée. Cette dernière est comprise entre les anciens boulevards extérieurs, les rues de la Santé et de la Glacière, les fortifications et la Seine. La butte des Moulins, la butte aux Cailles et les bas-fonds de la Bièvre, en font une des régions les plus mouvementées de la zone suburbaine, et, par conséquent, une de celles qui présentent le plus d’obstacles à une viabilité régulière; de là, des tâtonnements et de longues études. (1863)

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1866

Les travaux du chemin de fer de Ceinture : du pont Napoléon au tunnel de Montsouris

Les travaux du chemin de fer de Ceinture, toujours conduits avec la même activité, sont terminés sur une grande partie, du parcours, en ce qui concerne les terrassements et les ouvrages d'art ; aussi a-t-on, déjà commencé le ballastage, la pose des voies et l'édification des bâtiments de stations. (1866)

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1861

Le viaduc de la Bièvre

On continue à s'occuper très sérieusement du tracé du chemin de fer de ceinture sur la rive gauche ; les études du pont à jeter sur la Seine et celles du viaduc dans la vallée de la Bièvre sont maintenant terminées. (1861)

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1925

Une nouvelle Cour des Miracles

Vous ne connaissez pas le passage Moret, cela n'est pas surprenant, car, sauf ses malheureux habitants, leur conseiller municipal qui se débat comme un diable pour les secourir, chacun à l'envi les oublie. Chaque fois que les représentants de l'administration se souviennent de ce restant de l'Ile des Singes, c'est pour lui causer un dommage nouveau. (1925)

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1925

Les habitants du passage Moret vont être « clos et couverts »

Les pauvres et déplorables locataires de la ville de Paris, dans son domaine de l'Ile des Singes, partie dénommée sur la nomenclature le Passage Moret, vont apprendre avec joie que l'inondation de leurs taudis, par en haut, va cesser à bref délai. (1925)

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1926

Un propriétaire avait vendu 100 francs son immeuble à ses locataires

Dans le populeux quartier des Gobelins, il est un groupe de gens à qui l'on a mis le bonheur — bonheur relatif, d'ailleurs — à portée de la main, et qui se disputent au lieu de le cueillir sagement. Ces gens demeurent sous le même toit, 9, passage Moret, voie vétuste qui semble être restée dans le même état qu'au temps des mousquetaires. (1926)

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1927

La Ville de Paris osera-t-elle jeter à la rue les locataires du passage Moret ?

La Ville de Paris, qui loue pour rien les luxueux pavillons du Bois de Boulogne aux jouisseurs et aux parasites, veut expulser de malheureux travailleurs de logements peu confortables certes, mais pour lesquels ils paient un lourd loyer. (1927)

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1927

La Ville de Paris est parvenue à faire expulser les locataires

Les locataires n'étaient pas plutôt dans la rue que des démolisseurs se mettaient à l'ouvrage pour le compte d'un garage Renault qui fait procéder à des agrandissements.
Ainsi les limousines des exploiteurs seront à l'abri et les locataires logeront où et comme ils pourront. (1927)

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1927

Dans le passage Moret où règne la misère

Que l'on démolisse les taudis, nids à tuberculose qui pullulent dans la « Ville-Lumière », nous n'y trouverons rien redire, au contraire ! Mais que sous prétexte d'assainissement, comme cela s'est produit passage Moret, on expulse, en 21 jours, au profit d'un garage, des malheureux que l’on a finalement « logés » dans des taudis sans nom, c'est un véritable scandale ! (1927)

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1937

Oasis faubourienne

Tout un coin de Paris est en train de se modifier singulièrement. Huysmans ne reconnaîtrait plus sa Bièvre. Non seulement le ruisseau nauséabond est maintenant couvert depuis bien des années, mais le sinistre passage Moret a presque complètement disparu de la topographie parisienne et, au milieu de cette année, les fameux jardins dont la jouissance était réservée aux tisseurs et dessinateurs de la Manufacture des Gobelins, vergers en friche qui, quelquefois, servaient de dépôt d'ordures aux gens du quartier, auront perdu leur aspect de Paradou abandonné. (1937)

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