Dans la presse...

 paris-treizieme.fr — Audition de Boin (dit Bobèche)

Le massacre des Dominicains d'Arcueil — Le procès

Audition de Boin (dit Bobèche)

Ami de Serizier, il était, comme lui, ouvrier corroyeur. Pendant le siège de Paris, il faisait partie du 161e bataillon, et c'est en cette qualité qu’il assistait à l'affaire de Buzenval. À ce combat, malgré la défense formelle du commandant, qui adjurait ses gardes de ne pas souiller par le vol leur belle conduite de la journée, Boin parvint à emporter des flambeaux en argent et divers objets qu’il avait frauduleusement soustraits dans un château abandonné. Les flambeaux furent vendus 60 fr. à un brocanteur de la place Maubert.

Après le 18 mars, Boin pénétrait à la préfecture de police, prenait part au pillage et dérobait l’uniforme brodé du cocher il vendait plus tard les boutons et les broderies pour une somme de 30 à. 35 fr.

Il servit pendant l'insurrection dans l'artillerie fédérée. Devenu chef d'une batterie qui occupait la Butte-aux-Cailles, il se vantait un jour devoir pointé lui-même une pièce qui avait démonte la porte du parc de Montsouris, alors occupe par les troupes de Versailles.

Le 24 mai, il fut nommé par Serizier gardien-chef de la prison disciplinaire du 9e secteur. Revêtu de son uniforme, continuellement arme d'un chassepot ou d'un pistolet, Boin partageait son temps entre la surveillance de la prison et celle de la batterie qu'il commandait. Nous avons déjà indiqué le rôle atroce qu'il a joué dans le drame du 25 mai.

Nous ajouterons ici quelques détails pour donner la mesure exacte de la férocité de cet- homme. Lorsque le 25 mai, vers neuf heures du matin, l'abbé Lesmayoux fut amené par une escorte de fédérés, Boin lui mit tout d'abord le pistolet sous la gorge en l'insultant, et reprocha aux insurgés de ne l'avoir pas fusillé sur-le-champ.

Puis il procéda à un semblant d’interrogatoire qu’il termina en plaçant de nouveau le pistolet à la figure du prêtre, demandant aux assistants la permission de lui brûler la cervelle. Il en fut empêché et fut entraîné chez le marchand de vin où l'on parvint si bien à calmer sa fureur, qu’il vint une heure après faire des excuses à l’abbé Lesmayoux.

Nous avons établi qu'il fit sortir une première fois les vingt malheureux prisonniers qu’il entraînait à la barricade, laissant au gardien Bertrand un ordre ainsi conçu : « Je soussigné, délégué comme gardien-chef, par le colonel Serizier à la maison disciplinaire de la 13° légion, prends sur ma responsabilité d'envoyer pour travailler aux barricades, d'après les ordres que j'en ai reçus les vingt prisonniers écroués sous les numéros 98, 99, 100, 101, 102, 103, 104, 105, 106, 107, 108, 109, 110, 111, 112, 113, 114,. 115, 116. Paris, le 25 mai 1871. Signé BOIN »

Des témoignages précis, le signalent encore comme ayant fait sortir une deuxième fois et conduit les dominicains au massacre. Ces témoignages détruiront complètement ses prétentions tendantes à établir qu'il était loin de la prison au moment du crime.

Interrogatoire.

M. le président : Vous, avez été complice de Serizier, votre ami, dans l'assassinat des dominicains. De plus, Vous avez été vu armé ? R. Je n'ai jamais eu d'armes que le soir du 25 mai. J’avais dû-prendre un fusil pour pouvoir quitter la prison. Au moment où je sortais, on m’arrêta : Où allez-vous ? — Chez moi, répondis-je, je ramène mon enfant (je le leur fis voir, je le tenais par la main). — Ce n'est pas ça, me dit-on, il faut prendre un fusil. Je dus obéir, et, étant rentré dans la prison, je mis un fusil sur mon épaule ; je pus ainsi aller chez ma sœur.

D. Quand avez-vous été nommé directeur de la prison ? R Je n'ai jamais été directeur, mais seulement gardien. Voici comment : Le 24, je venais d’escorter à cheval un capitaine quand je rencontrai le colonel Serizier qui s'écria en me voyant sur mon cheval : « Que fais-tu donc là ? — Je lui dis d’où je venais. — Mai, aujouta t’il, dépêche toi d’aller à la prison de la Santé. — Pourquoi faire ? — Pour en être le directeur. — Je ne saurais pas remplir ces fonctions, lui fis-je remarquer ; tu n’as pas oublié que je ne sais pas écrire. — Cela ne fait rien, dit-il, on travaillera pour toi. J’allais donc à la Santé savoir ce que j’avais à faire. J’y remplacé un nommé Dufour, précédemment nommé.

D. (à Serizier) : Ce n’était donc pas Bourgoin qui était directeur, comme vous l'avez, dit dans votre histoire du vin.

Serizier : Pour ma part, je ne connais ce Dufour.

Boin : Dufour m'avait cédé sa place quand, à six heures et demie, je vis le gardien-chef ; Vous êtes des nôtres ? me dit-il. Eh bien ! voici un ordre de Raoul Rigault, qui a autrement pouvoir que Serizier, tout calme qu’il est. C’est moi qui suis nommé par Rigault gardien-chef, et vous allez me céder le commandement de la prison. Cependant ne partez pas car, comme. j'ai besoin d'un quatrième gardien et que vous père de famille, je vous garde avec moi. Vous ne serez pas malheureux, allez !» Encouragé par ces paroles, je restai. Plus tard, dans la soirée, je parvins même à faire mettre en liberté un prisonnier que sa femme réclamait, et pour cette action, je fus félicité. Après dîner, ayant, vers les dix heures du soir, demandé si je n'étais pas utile, je me retirai chez moi.

D. Ceci se passait le 24 ; mais le 25, qu’avez-vous fait ? — R. Le 25, vers quatre heures, on amena à la prison une femme, et je fus charge de la fouiller. Elle déposa sur le secrétaire 28 fr. d’argent, trois petits diamants et quelques bijoux. Vers neuf heures du soir, je causais avec un caporal de garde, quand j'entendis des cris : je m'informai de ce que c'était. « Oh ! me répondit-on, ce sont des femmes, il ne faut pas s'en occuper, on aurait trop à faire. » Un obus était tombe à côte de l'endroit où elles étaient, je fus trouver Serizier pour qu'on les mît en liberté. Serizier monta, accompagné de Belin ;- cinq femmes furent relâchées, mais il en garda deux, que je fis moi-même; partir peu de temps après. Il y avait aussi un curé : « Ayez-le à l'œil, me dit-on, il a tué quatre hommes à la barricade, il faut l'enfermer dans la cellule n°2. » J'obéis tout en faisant mes excuses à ce prêtre.

On essaya ensuite de former une Cour martiale, mais je ne voulus pas en faire partie, -et on résolut d'aller prendre des ordres au comité. M’étant absenté pendant quelques instants pour aller chez moi, je revins bientôt à la prison, que je quittai- ensuite comme j’ai dit, un fusil sur l'épaule et mon enfant à la main.

D. Bourgoin prétend qu'outre vos fonctions à la prison, vous serviez-la pièce de la batterie de la Butte-aux-Cailles. — R. Non, je n'ai jamais su charger une pièce de-canon.

D. Ce même témoin vous a vu à cinq heures du matin dans la prison. — R. Je suis resté avec ma femme, mes trois enfants et quelques autres personnes tout le temps dans la cave de ma sœur pour me mettre à l'abri des obus.

D. Vous auriez menacé l'abbé Desmayoux de votre revolver ; reconnaissez-vous l'avoir insulté ? — R. J'avais, non pas un revolver, mais un pistolet à deux coups je n'ai jamais possédé de cartouches, je ne pouvais donc pas menacer de cette arme.

D. Vers deux heures et demie, on est venu pour faire sortir les dominicains et les envoyer à la barricade. Il y a eu un ordre signé de vous, remis par vous, et par lequel était constaté le départ des détenus ? — R. Oh ! non Monsieur.

D- Malheureusement, vous ne savez pas écrire, mais seulement signer votre nom, et nous possédons le document où vous l'avez inscrit. Ce fait vous rend responsable de l'exécution même, puisque vous avez livré les victimes. — R. Il s'agit peut-être de la sortie de deux dames que j'ai relâchées moi-même après le refus de Serizier.

D. Non, il s'agit bien des dominicains. N'est-ce pas vous aussi qui ayez dit quand on est vena les chercher « Allons, soutanes, levez-vous !  » R. Pas du tout, Monsieur, je n'étais pas à la prison à ce moment.

D. Mais les témoins qui vous reconnaissent sont nombreux. Entre autres il y a Grandcolas, qui était destiné à être fusillé avec les autres. Il a très bien vu votre gilet rouge. — R. Je n'ai jamais eu de gilet rouge.

D. Votre enfant dit que quand vous êtes arrivé chez vous, votre femme vous a jeté votre fusil par la fenêtre ? — R. Non, Monsieur.

D. Et voire femme a raconté que vous lui aviez dit : « Oh ! Serizier est un coquin ; il m'a mis le pistolet sous la gorge pour me forcer à marcher. » — R. C'est un enfant qui a dû dire cela.

M. le commissaire du gouvernement : II faudrait bien établir une fois pour toutes votre situation à la Santé. Vous dites que vous n'étiez que simple gardien ?

Boin : Oui, Monsieur.

Serizier : Moi, quand j'ai nommé Boin à la Santé, je n'ai pas attaché d'Importance à ce fait.

M. le commissaire du gouvernement : Il en a cependant. C'est un fait grave de changer le personnel d'une prison la veille d'un massacre.

M. le commissaire du gouvernement à Boin : À quel titre vous avait-on choisi ? R. Je ne sais pas, je ne faisais partie d'aucun bataillon, je portai seulement un pantalon d'artilleur pour éviter les reproches qu'on pouvait me faire de n'être d'aucun, corps.

M. le commissaire du gouvernement : Combien avez-vous de service comme ancien militaire ? R. Sept ans et quatre mois.

M. le commissaire du gouvernement : À quelle heure vous a-t-on arrêté le 25 ? — R. À cinq heures, j’étais chez ma soeur quand arriva le 113e de ligne, mais on me relâcha et la police ne m'a arrêté de nouveau que le 20 juin.

Serizier : On me fait l'ami intime de Boin ; c'est là une erreur. J'avais travaillé dans le même atelier que lui comme corroyeur, mais j'avais depuis longtemps à peu près cessé toute relation avec lui. Quand je le mis à la place de Bourgoin, je le nommai parce qu'il me tomba le premier sous la main ; j'aurais nommé n'importe qui.

M. le commissaire du gouvernement : Vous étiez cependant très lié avec lui, puisque vous le tutoyiez ?

Serizier : C'est l'usage entre corroyeurs, de sorte qu'on se tutoie entre soi sans être ami pour cela.

L'audience est levée.

Suite

 



Le 13e avant et durant la Commune
(18 mars - 28 mai 1871)

Saviez-vous que ...

Selon Le Petit Parisien du 24 juin 1923, qui rappelait qu'entre le pont National et le pont de Bercy, deux voies seulement sont ouvertes : la rue Watt et la rue de Tolbiac; il était question de réaliser un projet qui supprimerait la rue Watt. La mesure a soulevé dans le quartier une assez vive émotion : un comité de défense s'est constitué dont le président a fait une démarche auprès du préfet de la Seine.

L'image du jour

La caserne Lourcine, boulevard de Port-Royal

Vu dans la presse...

1883

Fabrique d’asticots

S'il vous plait tomber sur une « trichinerie », allez au treizième arrondissement, prenez l'avenue des Gobelins et suivez la rue Croulebarbe. SI l'odeur ne vous arrête pas on route, poussez jusqu'au n°63, une maison « mangée aux vers » qui n'a pas besoin d'autre enseigne.
Tout le quartier est en émoi. La rue Croulebarbe est devenue la rue Croule-Peste ! (1883)

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1901

Le monument d'Ernest Rousselle

L'inauguration du monument élevé à la mémoire de M. Ernest Rousselle, qui fut président du Conseil municipal de Paris et du Conseil général de la Seine, a eu lieu hier dans le jardin du dispensaire de la Maison-Blanche. (1901)

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1912

Décentralisation artistique

Peu de lecteurs du Journal soupçonnaient qu’une exposition rassemblât, à la mairie du treizième, des œuvres exquises de fraîche beauté. Qu'ils fassent voyage. Ils connaîtront un vieux quartier de Paris dont il est aisé d'apprendre le charme. (1912)

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1896

M. Félix Faure à l’École Estienne

Les « écoles laïques » ont fait une armée de ratés, qui fatalement deviendra une armée de révolutionnaires. Les écoles professionnelles forment des ouvriers distingués, des artistes spéciaux qui sont placés avant d'avoir terminé leur apprentissage et qu'attend un avenir non moins heureux que paisible.
C'est donc avec joie que nous avons vu hier le chef de l'État honorer de sa présence l'inauguration de l'école Estienne. (1896)

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1933

Inauguration d'habitations à bon marché dans le XIIIè arrondissement

L'Office public des habitations de la Ville de Paris a entrepris, il y a quelques années, la construction de plusieurs groupes d'habitations à bon marché dans divers quartiers populeux de la capitale.
L'un de ces groupés, sis dans le XIIIè arrondissement et dont la construction a été commencée en 1930, vient d'être terminé. (1933)

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1938

M. Albert Lebrun inaugure le monument élevé « à la gloire des mères françaises »

Cet après-midi, à 15 heures, a eu lieu, boulevard Kellermann, près de la porte d'Italie, l'inauguration du monument érigé à la gloire des mères françaises. La cérémonie s'est déroulée en présence du président de la République et de Mme Albert Lebrun, et de hautes personnalités. (1938)

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1883

La statue du docteur Pinel

On va prochainement ériger sur la place de la Salpêtrière la statue en bronze du docteur Pinel. (1883)

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1908

Inauguration de l'hôpital école de la Croix-Rouge

La Société de la Croix-Rouge française a inauguré, hier après-midi, l'hôpital-école qu'elle a fait édifier, rue des Peupliers, dans le treizième arrondissement. (1908)

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1941

M. Steeg, maire de Berlin, à l'école de la rue Küss

Le Docteur Steeg, maire de Berlin, ou plus exactement, président de l'administration municipale de la capitale du Reich est, depuis quelques jours, on le sait, l'hôte de Paris. (1941)

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1895

M. Félix Faure dans le 13è

Le pont de Tolbiac est dans le treizième arrondissement, c'est-à-dire dans une région de Paris où jamais, en aucun temps, chef d'État n'a mis le pied. (1895)

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1867

Ouverture d'une nouvelle voie dans le 13e arrondissement.

On va prochainement soumettre aux formalités d'enquête le projet d'ouverture de la rue du Transit, partie comprise entre la rue de la Glacière et la rue du Château-des-Rentiers. Cette portion du 13e arrondissement est généralement peu connue ces Parisiens du boulevard. C'est une région arrosée par la nauséabonde rivière de Bièvre, dont un des bras prend le nom de rivière morte. (1867)

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1868

La nouvelle place d'Italie en haut de la rue Mouffetard.

Entre l'église Saint-Médard et la place d'Italie, la vieille et étroite rue Mouffetard se transforme à vue d'œil en une belle avenue de 40 mètres de largeur. (1868)

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