Dans la presse...

 paris-treizieme.fr — Dominicains - audition de Lucipia

Le massacre des Dominicains d'Arcueil — Le procès

Texte paru dans le Journal des débats politiques et littéraires

Bulletin Judiciaire.
6e conseil de guerre (séant à Versailles).
Présidence de M. de La Porte,
colonel du 12° chasseurs à cheval.
Audience du 9 février.

Gazette des Tribunaux :

Deuxième jour d'audience

" Quoique tous les accusés aient été aujourd’hui interrogés, nous ne sommes pas encore entré dans le vif des débats. Chacun d'eux peut, en effet, nier impunément et soutenir sans contradiction le système qu'il a adopté. À en juger par l'instruction, les témoins sont sur beaucoup de points en désaccord complet avec eux, et il faut s'attendre à de curieuses révélations à l'audience de demain. Serizier s’obstinera-t-il à soutenir qu'il a, jusqu'au dernier moment, ignoré le sort réservé aux malheureuses victimes ? Boin soutiendra-t-il qu'il n'a joué que le rôle avoué par lui et qui, loin d'une condamnation, devrait plutôt lui valoir les félicitations des juges. Lucipia revendiquera-t-il jusqu'au bout la situation effacée qu'il se veut se faire ? C'est ce que nous serons bientôt. "

Audition de Louis LUCIPIA

C'est un homme de vingt-huit ans, fort connu dans les faubourgs depuis plusieurs années, et sa physionomie, des plus singulières, était pour beaucoup dans la notoriété qu'il s'était acquise. Ses cheveux longs, sa barbe très noire, qui couvre presque complètement son visage, des yeux sans couleur et qui paraissent ne pouvoir fixer le regard, tout contribue à lui donner un aspect étrange. En somme, il est fort laid.

Étudiant en droit, clerc d'avoué et journaliste, il faisait partie de cette bande qui nous a fourni les Raoul Rigault, les Léo Meillet, les Vermorel, les Régère, etc., ses amis et ses compagnons de plaisir.

Membre de l'Internationale, de la section des écoles, depuis 1870, il avoue qu'avant le 4 septembre il a fréquemment parlé dans les clubs. Il est un des fondateurs des clubs secrets du 13e arrondissement et, pour donner une idée des violences de son langage, nous extrayons les passages suivants, d'un discours qu'il prononçait en avril au club de la rue de Lyon « Paris ne peut déposer ses armes… Arrière les assassins ! Il y a trop loin de Versailles à Paris et la révolution garde trop bien ses portes… Nous sommes la révolution sociale ! »

Il a toujours suivi dans ses écrits la même ligne politique que les Jules Vallès, les Vermesch, comme lui rédacteurs du journal le Cri du Peuple. De son aveu, membre du Comité de vigilance et adjoint aux membres du Comité central des vingt arrondissements, il soutient que ce Comité n'est pas celui qui a fait le 18 mars, et cependant le 23 mars il se faisait délivrer un laisser-passer comme adjoint aux membres du comité central révolutionnaire.

Au 18 mars, Lucipia était à Nantes. Il accourt à Paris, le 22 mars, à la première nouvelle des événements qu'il a préparés avec ses complices, et se fait nommer par Léo Meillet secrétaire général, administrateur du 13e arrondissement. Plus tard. Léo Meillet et Vermorel, alors tout-puissants, lui offraient la place de procureur de la Commune, qu'il prétend avoir refusée, et qui fut donnée à l'exécrable Raoul Rigault.

Le 16 avril, le journal le Cri du Peuple, dont il est toujours rédacteur le porte candidat à la Commune pour les élections complémentaires d'avril. Lucipia raconte qu'il fut élu à une forte majorité, mais qu'il ne sait pourquoi son élection n'a pas été validée.

Spécialement attaché à la fortune de Léo Meillet, Lucipia assistait son ami, le 19 mai, dans l'arrestation des dominicains à Arcueil, en qualité de juge d'instruction. Son arrivée dans l'établissement fut signalée par un incident qui dévoile la violence cachée sous les apparences habituelles d'un caractère doux et insinuant. Un élève, le jeune de Lapeyrière, voulait sonner la cloche pour prévenir les Pères de l'investissement subit de l'école, Lucipia se précipita sur lui et le menaça avec rage de le faire fusiller. Le P. Rousselin intervenant pour excuser le zèle du jeune homme, Lucipia lui affirma qu'il l'eût fait fusiller sur-le-champ s'il n'eût pas été si jeune.

Le 21 mars, au fort de Bicêtre, Lucipia, vêtu en fédéré, interrogeait le Père Captier, le Père Cotherault et deux domestiques d'origine étrangère, qu'il faisait mettre dans une casemate séparée.

On perd sa trace dans les derniers jours de l'insurrection, et on a lieu de croire que, comme tant d'autres, il a lâchement abandonné les dupes qui mettaient en pratique et défendaient les armes à la main les principes qu'il avait si souvent proclamés.

Lucipia n'a pas d'antécédents judiciaires, mais sa moralité est exécrable ; criblé de dettes, il répond avec insolence aux réclamations légitimes de ses créanciers. Il vit depuis longtemps en concubinage avec une maîtresse qui porte son nom, à laquelle il fit délivrer une carte d'entrée permanente pour l'Hôtel-de-Ville et qui manifestait des opinions tout aussi exaltées que celles de son amant. En résumé cet homme est des plus dangereux.

Interrogatoire

M. le président : Comment vous trouviez-vous à Arcueil le 19 mai quand on a arrêté les Pères dominicains ? — R. Il m'est facile de vous répondre. Ce jour-là, j'allai voir Léo Meillet, mon ami, au fort de Bicêtre ; et comme je ne l'y trouvai pas, de là je me rendis au collège d'Arcueil, car comme on parlait des événements qui venaient d'avoir lieu, et j'avais besoin de me procurer des renseignements en ma qualité de reporter du journal le Cri du Peuple. J'allai ensuite voir les ruines du château de M. de La Place, et, le soir, me trouvant très souffrant d'une maladie de cœur et de mes rhumatismes, j'allai me coucher au fort. Le 21, pour faire plaisir à mon ami Léo Meillet, que j'avais connu au lycée et à l'École de Droit, j'interrogeai les dominicains prisonniers, mais c'est à tort qu'on a dit que j'avais agi comme juge d'instruction ; je n'avais en aucune façon pris ce titre. J'interrogeai les PP. Captier, Cotherault et deux domestiques que je fis mettre dans une salle à part, et qui, n'étant pas vêtus en religieux, purent s'échapper. Le soir, je me retirai chez moi, rue Touiller, 7, où je me mis au lit jusqu'au lendemain, et comme mon quartier devenait dangereux, je me fis alors transporter en voiture chez Mme Payen, avenue Daumesnil, 48, impasse Guillaumet.

D. Pourquoi avez-vous essayé, tout d'abord, de nier que vous vous étiez trouvé le 19 à Arcueil ? 9TC R. Je l'avais probablement oublié puis j'aurai cru qu'on me demandait, non pas si j'avais été à Arcueil, mais bien si j'avais participé à l'assassinat.

D. Quel costume rortiez-vous le 19 ? — R. Comme d'habitude, un uniforme de simple garde.

D. Vous prétendez que vous avez été plein de convenances avec les prisonniers. Un témoin vous dira qu'un jeune élève qui voulait sonner la cloche du collège, fut par vous menacé d'être fusillé. Cela ne prouve pas des sentiments bien tendres ? — R. Il y a une erreur : c'est Léo Meillet qui a fait cela. Il n'avait, d'ailleurs, d'autre but que d'avoir l'air d'entrer dans les idées des hommes.

Gazette des Tribunaux :

" Lucipia donne encore quelques explications peu importantes sur sa conduite. "

D. Il est difficile de croire que vous ne connaissiez pas par avance les projets de Meillet à l'égard des Dominicains, vous qui étiez son ami, son secrétaire, qui ne le quittiez pas ? — R. C'est pourtant la vérité. Je n'ai été mêlé à cette affaire que par un pur effet du hasard.

Suite

 



Le 13e avant et durant la Commune
(18 mars - 28 mai 1871)

Saviez-vous que ...

Selon Le Petit Parisien du 24 juin 1923, qui rappelait qu'entre le pont National et le pont de Bercy, deux voies seulement sont ouvertes : la rue Watt et la rue de Tolbiac; il était question de réaliser un projet qui supprimerait la rue Watt. La mesure a soulevé dans le quartier une assez vive émotion : un comité de défense s'est constitué dont le président a fait une démarche auprès du préfet de la Seine.

L'image du jour

La caserne Lourcine, boulevard de Port-Royal

Vu dans la presse...

1929

Rue Charles-Bertheau plusieurs immeubles menacent maintenant de s'effondrer

Dimanche, dans la nuit, un craquement sinistre a éveillé les locataires d'un des vieux immeubles de cette rue. une maison d'un étage, portant le numéro 10. D'un coup la maison s'était lézardée du haut en bas. menaçant de s'effondrer. (1929)

Lire

1937

54 habitants de la rue Charles Bertheau sont sans logis

Le quartier de la Gare est en émoi. A la suite de perturbation du sol, peut-être aussi de fissures de conduites d'eau et d'infiltrations, la plupart des immeubles de la rue Charles-Bertheau, dont certains sont neufs, menacent ruine (1937)

Lire

1937

Les sinistrés de la rue Charles-Bertheau attendent en vain un logement et des secours

Les 84 sinistrés de la rue Charles-Bertheau ont manifesté pour obtenir de la ville de Paris des logements ou un secours suffisant. (1937)

Lire

1872

Les Bijoutiers

Savez-vous ce que c'est qu'un Bijoutier ?...
C'est un de ces industriels qui achètent aux laveurs de vaisselle des restaurants les débris de viande cuite jugés indignes d'être offerts à la clientèle, et qui vendent ces débris, connus sous le nom d'arlequins, aux pauvres gens des quartiers populeux.
Or, depuis quelque temps, les étalages des bijoutiers du marché des Gobelins étaient mieux fournis que d'habitude... (1872)

Lire

1878

La Fête Nationale du 30 juin 1878 dans le 13e arrondissement

Il faudrait tout notre journal pour être complet sur le treizième arrondissement. (1878)

Lire

1914

Le bal des Quat'z'Arts

C'est derrière la mairie du treizième arrondissement, dans le vieux marché des Gobelins, que la jeunesse des Beaux-arts avait organisé hier soir le bal annuel des Quat'z'Arts. (1914)

Lire

1923

Des ossements humains découverts par des terrassiers

Une rumeur étonnante et capable d’alimenter toutes les conversations circulait, hier après-midi vers 5 heures, dans le quartier de la Maison-Blanche. Des terrassiers, en creusant pour faire une cour, avaient découvert des ossements... (1923)

Lire

1895

Expulsion de zoniers à la Porte de Gentilly

Espérons que la rudesse et la brutalité avec lesquelles la main de l'autorité militaire vient de s'abattre sur les pauvres zoniers de la porte de Gentilly, aura pour résultat de ramener cette importante question à l'ordre du jour, et de lui faire faire un pas vers une solution impatiemment attendue. (1895)

Lire

1911

La Fondation Singer-Polignac

La fondation Singer-Polignac est une maison ouvrière. La maison a été construite en un an. Il y a trois mois, une bande de calicot tendue sur la façade annonçait que soixante-quatre logements étaient à louer dans cet immeuble. Deux cent quatre-vingt-dix-sept postulants se présentèrent. Il y a donc actuellement, au quartier de la Maison-Blanche, deux cent trente-trois ménages en quête d'un logis neuf. (1911)

Lire

1913

Les fêtes de Jeanne d'Arc dans le 13e

Il semble que dans ce lointain faubourg parisien le peuple ait voulu fleurir avec plus de ferveur la fille du peuple, la petite bergère de Domrémy qui sauva la France. (1913)

Lire

1877

La Butte-aux-Cailles

Situé sur les confins du XIVe et du XIIIe arrondissement, l'ancien quartier de la Glacière est, ou plutôt était, il y a peu de temps, un des côtés les plus curieux du nouveau Paris. Las deux bras de la Bièvre s'enchevêtrant, à peine ombragés par quelques maigres peupliers, dans les replis escarpés de la Butte-aux-Cailles. (1877)

Lire

1905

La Place Paul Verlaine

Une délibération municipale, approuvée par un arrêté préfectoral que ratifia, le 28 juillet dernier, un décret présidentiel, a donné le nom de Paul Verlaine à une place sise à Paris dans le 13e arrondissement, à l'intersection des rues Bobillot, du Moulin-des-Prés et de la Butte-aux-Cailles. (1905)

Lire

Ailleurs sur Paris-Treizieme