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 paris-treizieme.fr — Dominicains - audition de Lucipia

Le massacre des Dominicains d'Arcueil — Le procès

Texte paru dans le Journal des débats politiques et littéraires

Bulletin Judiciaire.
6e conseil de guerre (séant à Versailles).
Présidence de M. de La Porte,
colonel du 12° chasseurs à cheval.
Audience du 9 février.

 

Audition de Jules-Constant-Désiré QUESNOT

Ouvrier mécanicien, employé de chemin de fer, il était avant le 18 mars, adjudant au 120e bataillon. Il se fit nommer à l'élection capitaine de sa compagnie le 30 mars et chef de bataillon vers le milieu d'avril puis il conduisit son bataillon à Gentilly, à Bicêtre et le 22 avril au Moulin-Saquet qu'il n'a évacué que le 7 mai. Dans une nuit précédente, celle du 3 au 4 mai, la redoute avait été surprise par les troupes de Versailles. Un grand nombre de gardes avaient été faits prisonniers et ce ne fut que grâce à l'obscurité profonde que Quesnot put échapper des mains qu'il avait déjà saisi.

Les troupes ayant évacué la redoute le lendemain ; elle fut de nouveau occupée par le 120e bataillon et Quesnot s'empara de 2 chevaux d'artillerie qu'on avait été contraint d'abandonner dans un fossé. Il envoya l'un de ses chevaux chez son beau-père ou il a été repris après la chute de la Commune.

Le 19 mai, le bataillon, réduit à 127 hommes, fut rassemblé par ordre de Serizier et conduit à Arcueil pour procéder, avec le 101e, à l’arrestation des Dominicains. Nous avons établi la part de Quesnot dans cet attentat et constaté qu’il avait été plus humain que ses complices.

Toutefois l’attitude de cet homme était douteuse et semblait indiquer qu’il cherchait à se ménager des motifs d’indulgence pour l’avenir. Doux et attristé devant les victimes dont il a réellement protégé la fuite, il se montrait, devant ses bandes, exalté et dévoué à la Commune. Il facilitait le pillage en arrachant lui-même les scellés, en ouvrant les portes. Un des témoins affirme l’avoir vu emportant des boites et des coffrets suspendus à l’arçon de sa selle, et prenant une tout autre direction que celle du fort de Bicêtre, destination indiquée pour les objets pillés.

À l’instruction, son attitude semble avoir le même caractère douteux. Il pré tend expliquer sa participation très active à l’insurrection comme autant d’actes de dévouement à la cause publique. C’est ainsi qu’il affirme n’avoir accepté les grades que pour éloigner des coquins qui présentaient leurs candidatures, et ne les avoir conservés que parce qu’il ne croyait d’abord, qu’à un simulacre de guerre civile préparant la reprise des hostilités contre les Prussiens. Le 24 mai, au soir, après le pillage, Quesnot se repliait sur le fort de Bicêtre et l’évacuait le lendemain matin, prenant la tête de colonne pour escorter sept canons et deux mitrailleuses.

Il se rendit aux Gobelins, et reçut de l’état-major de la 13e légion l’ordre de défendre à outrance le quartier qui entoure la place Jeanne-d’Arc. et de se replier, en cas de défaite, sur le 11e arrondissement, après avoir incendié préalablement les ateliers de construction du chemin de fer d’Orléans. Cette fois encore, Quesnot prétend avoir accepté ce mandat pour écarter la foule des officiers étrangers dont le quartier était inondé et les empêcher de mettre à exécution les ordres de pillage et d’incendie. Il fit des préparatifs formidables de défense, plaça lui-même des canons aux barricades, mais soutient qu’il manquait de munitions. Entre cinq et six heures du soir, es quartier était complètement cerné. Les insurgés parlementaient et se rendaient.

Quesnot, de même que Serizier, réclame pour son compte le bénéfice de celte reddition pacifique que ses efforts auraient amené.

Interrogatoire

La Gazette des Tribunaux :

« Comme dans l'instruction, Quesnot prétend s'être constamment servi de l'influence que son grade pouvait lui donner sur les hommes pour avoir cherché à les retenir. Il reconnaît bien avoir pris à l'arrestation des dominicains mais il a, dit-il, constamment cherché à les protéger. »

M. le président : Vous vous êtes battu le 25 mai dans Paris ? — R. Je ne le nie pas, mais je me préoccupais surtout d'empêcher les incendies, comme m'avait recommandé de le faire Cayol, un de mes chefs. « Tâchez qu'on ne mette pas le feu au quartier », m'avait-il dit. Je lui promis de faire tous mes efforts, décidé seulement à résister par tous les moyens aux troupes versaillaises. En conséquence, je fis disposer les canons que je dirigeais aux diverses barricades, sans même m'inquiéter de savoir si j'avais des munitions, qui effectivement me firent à peu près complètement défaut.

Je passai la journée à aller aux divers endroits du combat, ralliant mes hommes. Le soir, les troupes versaillaises approchaient de plus en plus ; devant elles étaient passés environ 200 prisonniers, qui formaient ainsi une sorte de blindage vivant. Ces malheureux nous crièrent de ne pas faire feu, car ce serait le signal de leur mort. Je me consultai un instant, puis reconnaissant qu'ils avaient raison, je dis à mes hommes de suspendre les hostilités. Pour moi, je demandai à un sous-officier quelles étaient les conditions pour se rendre. « Je ne sais pas, me répondit-il, mais je crois qu'on vous donne sept minutes pour rendre toutes les barricades. » Quelques officiers étant venus, nous déclarèrent que nous n'avions qu'à rentrer dans nos retranchements et à déposer à leurs pieds nos armes, qu'ainsi il ne nous serait rien fait. Mais peu à peu, on nous cerna complètement par un mouvement convergent. Tout individu porteur d'armes fut arrêté, mais ceux qui les avaient déposées ne furent pas inquiétés, selon les conventions. Je pus ainsi rentrer tranquillement chez moi.

Voilà ce que j'ai fait le 25. Le 26 au matin, quelques arrestations, suivies même, m'a-t-on dit, d'exécutions, eurent lieu. Je n'ai plus entendu parler de rien, car ayant écrit le 27 que .je voulais me constituer prisonnier, au moment où on portait ma lettre dans laquelle j'annonçais mon intention, un nombreux détachement vint me prendre chez moi.

D. (à Serizier) Quesnot a dit que c'est vous qui étiez à la tête des troupes quand on a arrêté les Dominicains ?

Serizier : Quand on m'ordonna de procéder à l'arrestation, j'en référai, comme je l'ai déjà dit, à Léo Meillet ; je n'ai rien fait que prendre les mesures naturelles de précaution.

D. Mais ce n'est pas cela que dit Quesnot : il déclare que vous avez commandé tous les actes dont les Pères dominicains ont eu à souffrir.

Serizier : Quesnot se trompe. Quand on a signifié l'ordre d'arrestation, c'est Léo Meillet lui-même qui l'a fait en parlant au P. Cotherault. Comment d'ailleurs aurais-je opéré cette arrestation et à quel titre ?

D. (à Quesnot) : Savez-vous que les prisonniers ont été fouillés et dévalisés ? — R. Pas devant moi, toujours. Le prieur me donna même une poignée de main en partant il n'était donc pas mécontent de moi.

D. Est-ce vous qui avez fait les bons de réquisition des voitures de Séveste et d'un autre habitant d'Arcueil ? — R. Non, Monsieur, le bon m'a pas été signé, car je m'étais refusé à le faire.

D. Mais vous commandiez les troupes qui étaient à Arcueil ? R. Non, je n'étais que commandant des hommes du 120e et je ne puis être responsable de ce qui a été fait par les autres bataillons.

D. C'est bien vous qui avez fait apposer les scellés ? — R. Oui, mais dans une bonne intention.

D. C'est encore vous qui faisiez fouiller tous ceux qui sortaient du collège ? — R. C'est moi j'avais placé un sergent qui, d'après mes ordres, devait empêcher qu'on emportât quoi que ça soit.

D. Vous êtes loin d'être d'accord dans vos explications avec les témoins. — R. Quand je les entendrai, ils ne pourront pas soutenir ce qu'ils ont pu dire contre moi. À Arcueil, j'étais tellement furieux de ce qui arrivait que je me mis à pleurer en présence d'un camarade, voyant ce qui se passait autour de moi. « Que risques-tu ? me dit-il, ce sont les chefs qui sont responsables. » Je crois maintenant que j'avais raison de pleurer.

D. Quel jour avez-vous appris l'assassinat des Dominicains et des autres victimes ? — R. Le jour même.

D. Vous rappelez-vous ce que vous avez dit dans l'instruction, voilà comment vous vous exprimiez : « Je crois, car c'était le bruit public, due c'est Léo Meillet qui a ordonné et Serizier exécuté… » — R. J'ai dit cela et c'était naturel. Léo Meillet n'était pas militaire, devait charger Serizier de l’exécution matérielle.

M. le commissaire du gouvernement :  Comment savez-vous que Serizier et Wrobleski se sont vus le 19 ? — R. On me l'a dit.

M. le commissaire du gouvernement : Vous ignorez ce qui s'est passé dans cette entrevue ? —  R. Oui, Monsieur, je l'ignore complètement.

M. le commissaire du gouvernement : Serizier quitte Wrobleski à trois heures, et vous le rencontrez ; que vous dit-il ? — R. Il me dit : « Maintenant je sais ce que j'ai à faire… faites faire par le flanc droit » et nous nous dirigeâmes vers Arcueil.

M. le commissaire du gouvernement : Léo Meillet était donc évidemment fixé sur la nature de sa mission ? — R. Oui, à mon avis.

M. le commissaire du gouvernement : Et Serizier est resté à votre arrivée à Arcueil, combien de temps dans le collège ? — R. Environ une demi-heure.

M. le commissaire du gouvernement : Au bout de laquelle demi-heure il est venu vous chercher ? — R. Oh non. Il m'a envoyé chercher par un garde.

M. le commissaire du gouvernement : II est clair qu'un colonel ne vient pas lui-même enfin, on venait par son ordre, cela suffit- Pourquoi portiez-vous toujours sur vous le cachet de votre bataillon ? — R. Mon Dieu ! c'est tout simplement parce que je me méfiais de tout le monde, de Léo Meillet le premier, que je ne savais pourquoi gouverneur d'un fort, lui qui n'avait aucune connaissance de l'art de la guerre.

M. le commissaire du gouvernement : Quelle est votre opinion sur Serizier et vos autres chefs ? — R. Je ne puis répondre, car j'avais peu de rapports avec eux.

Suite

 



Le 13e avant et durant la Commune
(18 mars - 28 mai 1871)

Saviez-vous que ...

Selon Le Petit Parisien du 24 juin 1923, qui rappelait qu'entre le pont National et le pont de Bercy, deux voies seulement sont ouvertes : la rue Watt et la rue de Tolbiac; il était question de réaliser un projet qui supprimerait la rue Watt. La mesure a soulevé dans le quartier une assez vive émotion : un comité de défense s'est constitué dont le président a fait une démarche auprès du préfet de la Seine.

L'image du jour

La caserne Lourcine, boulevard de Port-Royal

Vu dans la presse...

1908

Inauguration de l'hôpital école de la Croix-Rouge

La Société de la Croix-Rouge française a inauguré, hier après-midi, l'hôpital-école qu'elle a fait édifier, rue des Peupliers, dans le treizième arrondissement. (1908)

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1941

M. Steeg, maire de Berlin, à l'école de la rue Küss

Le Docteur Steeg, maire de Berlin, ou plus exactement, président de l'administration municipale de la capitale du Reich est, depuis quelques jours, on le sait, l'hôte de Paris. (1941)

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1895

M. Félix Faure dans le 13è

Le pont de Tolbiac est dans le treizième arrondissement, c'est-à-dire dans une région de Paris où jamais, en aucun temps, chef d'État n'a mis le pied. (1895)

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1867

Ouverture d'une nouvelle voie dans le 13e arrondissement.

On va prochainement soumettre aux formalités d'enquête le projet d'ouverture de la rue du Transit, partie comprise entre la rue de la Glacière et la rue du Château-des-Rentiers. Cette portion du 13e arrondissement est généralement peu connue ces Parisiens du boulevard. C'est une région arrosée par la nauséabonde rivière de Bièvre, dont un des bras prend le nom de rivière morte. (1867)

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1868

La nouvelle place d'Italie en haut de la rue Mouffetard.

Entre l'église Saint-Médard et la place d'Italie, la vieille et étroite rue Mouffetard se transforme à vue d'œil en une belle avenue de 40 mètres de largeur. (1868)

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1928

La Bièvre en peinture

On visitait ces temps-ci, dans la salle des Fêtes de la mairie du 13e, une agréable exposition de toiles, aquarelles, dessins, organisé par le Cercle des Gobelins. (1928)

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1932

Chronique électorale

Dans la première circonscription du XIIIe arrondissement, M. Raymond Renaudière, qui a groupé sur son nom au premier tour près de 4.000 voix, est le seul candidat désigné pour battre au second tour le communiste dissident Gélis. (1932)

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1862

Gares et Stations du chemin de fer de ceinture (rive gauche)

Une enquête est ouverte, en ce moment, à la Préfecture de la Seine, sur le enquête est ouverte, en ce moment, à la Préfecture de la Seine, sur le projet des stations à établir sur le chemin de fer de Ceinture, dans les 13e, 14e, 15e et 16° arrondissements. (1862)

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1862

Extension de la Gare du chemin de fer d'Orléans

On a mis récemment à l'enquête un projet d'agrandissement de la Gare du chemin de fer d'Orléans, à Paris, qui consiste à étendre les dépendances de cette gare jusqu'au quai d'Austerlitz, par l'annexion de tout l'emplacement compris entre ce quai, la rue Papin et le boulevard de l'Hôpital. (1862)

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1925

Portrait : Emile Deslandres

Conseiller municipal du quartier Croulebarbe (1925)

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1927

Promenade électorale dans le XIIIè

Le treizième a toujours été la cité des pauvres. Il sue encore la misère avec ses îlots de maisons délabrées… avec la rue du Château-des-Rentiers, ô ironie, avec la Butte-aux-Cailles chère à Louis-Philippe. Et comme la misère va de pair avec la douleur, beaucoup d'hôpitaux, la Salpêtrière, la Pitié, Broca, Péan, des asiles, des refuges. Sur 33.500 électeurs, 28.000 paient de 500 à 1.200 francs de loyer par an. Au prix actuel du gîte, ces chiffres ont une triste éloquence ! On ne s'étonnera pas si le treizième est politiquement très à gauche… et même à l'extrême gauche. (1927)

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1929

Trop de clairons dans le quartier de la Maison-Blanche

Tandis que les chauffeurs ne pourront claironner ou trompeter par les rues de Paris, des escouades de bruiteurs autorisés continueront, embouchure aux lèvres, leur pas accéléré quotidien dans les rues du quartier de la Maison-Blanche en général, boulevard Kellermann en particulier. (1929)

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