Dans la presse...

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Le massacre des Dominicains d'Arcueil — Le procès

Texte paru dans le Journal des débats politiques et littéraires

 
Bulletin Judiciaire.
6e conseil de guerre (séant à Versailles).
Présidence de M. de La Porte,
colonel du 12° chasseurs à cheval.
Audience du 9 février (suite).

 

Audition de Asmin-Jacques Gironce

La Gazette des Tribunaux :

"C’est un petit homme contrefait, à l’air plein de prétention."

Il a fait partie jusqu’à la fin du 120e bataillon fédéré.

Successivement fourrier, sergent-major et sous-lieutenant d’une compagnie de marche après la prise du Moulin-Baquet, il a en outre longtemps rempli auprès du commandant Quesnot l’emploi de secrétaire et d’officier d’ordonnance. Malgré sa structure difforme, il est petit de taille et presque bossu, monté sur un cheval bai noir, il accompagnait partout son commandant et possédait sur lui une grande influence qu’il mettait toute entière au service des intérêts de la Commune.

Il a assisté, dit le rapport, à toutes les sorties de son bataillon, à Neuilly, à Gentilly, à Bicêtre, à Arcueil-Cachan, au Moulin-Baquet. Comme sergent-major, quelques jours avant la surprise du Moulin-Baquet, il exigeait d’un sieur Taquet l’exécution de l’ordre qui prescrivait l’incorporation dans sa compagnie de marche de quarante-deux gardes nationaux âgés de moins de quarante ans.

Le 19 mai, Géronce assistait à l'arrestation des Dominicains à Arcueil, et son capitaine, le nommé Chocu, prenait la tête du peloton qui conduisait les prisonniers au fort de Bicêtre. (Le nommé Chocu a déjà été jugé par le conseil de guerre.) Géronce, ayant eu connaissance de l'ordre d’évacuation de l’école Albert-le-Grand, n’a dû rentrer dans Paris que le 25 mai avec son bataillon. Il résulte toutefois de ces déclarations et de celles de Quesnot qu’il n’a pas pris part aux derniers actes de la lutte dans cette journée du 25 mai, et qu’il a essayé de convaincre son commandant de l’inutilité d’une plus longue résistance.

Interrogatoire

La Gazette des Tribunaux :

« Le système de Gironce est de soutenir que, quoique faisant partie de la garde nationale, il n'a rien fait contre les troupes de Versailles. »

M. le président : Vous nous dites que vous n'avez pris part à aucune opération militaire. Vous aviez cependant accepté les fonctions d'officier d'ordonnance du commandant Quesnot, qu'on vous a vu accompagner ou plutôt précéder souvent à cheval. (Cette idée de Gironce, officier d'ordonnance et à cheval cause un certain mouvement d'hilarité dans l'auditoire.)

Gironce (se redressant avec fatuité) : C'est vrai ; on m'avait donné un cheval, et j'avais l'honneur d'accompagner mon commandant.

D. Vous étiez à Arcueil au moment de l'assassinat ; vous avez donc dû voir comment tout s'est passé ? — R. J'ai vu seulement Léo Meillet et sa nombreuse escorte mais je n'ai pu rien dire, car je le craignais beaucoup, et je savais comment il faisait quand on ne lui obéissait pas.

D. Vous étiez le 25 rue Jeanne-d'Arc. N'y avez-vous rien vu ? R. Non. Monsieur.

D. Mais vous avez parlé de Serizier, qui courait partout demandant des habits bourgeois pour se sauver ? — R. Je me rappelle cela.

D. (à Serizier) : Quelle était la situation de Quesnot ?

Serizier : II était commandant moi, j'étais chef de légion. Le soir, voyant ce qui arrivait, je formai un conseil de guerre composé de mes officiers, pour savoir ce qui restait à faire.

D. (à Quesnot) : Vous avez prétendu que le 25 vous aviez le commandement du 13e arrondissement ?

Quesnot : Oui, Monsieur, et je le répète. J’ajouterai que je n'ai pas fait partie du conseil de guerre dont parle Serizier.

Me Dreyfus : Quelles étaient exactement les fonctions de Gironce ?

Quesnot : II était mon secrétaire ; je ne me rappelle pas qu'il m'ait accompagné à cheval.

 

Audition d'Émile-Antoine ANNAT, commis libraire

Est un de ceux qui se sont jetés dans le mouvement insurrectionnel par vanité, l'amour des galons, le désir de dominer. Il était, dit le rapport, adjudant au 42e bataillon sous la défense, nous le retrouvons sous la Commune capitaine à l’état-major de la 13e légion avec les Cayol, les Pauillet et autres qui, tous, se sont signalés par un zèle outré pour la Commune, et ont activement concouru à l’exécution des ordres de l’incendie, du massacre et du pillage.

Le 1er mai, Annat, comme secrétaire des délégués du cercle de la légion, signait le procès-verbal de l’élection de Serizier aux fonctions de colonel. De ce jour, il remplit auprès de ce dernier les fonctions de secrétaire, sorte d’officier d’ordonnance, tandis que son beau-frère Millescamps (qui figure comme sergent sur les états de solde) remplissait l’office d’ordonnance du colonel Serizier ; interrogé sur la présence d’Annat près de lui dans la journée du 25 mai, il fit d’abord cette réponse catégorique : « Certes, j’ai vu Annal le 25 mai, puisqu’il était mon secrétaire ; il ne me quittait pas plus que mon ombre. »

Plus tard, Serizier est revenu sur cette déposition, qui nous semble, du reste, inexacte en ce qui concerne la journée du 25 mai seulement.

Il résulte en effet de l'instruction qu’Annat aurait quitté les Gobelins le 24 mai au soir, après avoir manifesté l’intention de se retirer chez lui en raison de la tournure tragique des événements. Il aurait reçu, au nom de Serizier, la dépêche annonçant l'incendie de l’Hôtel-de-Ville. Il venait d’assister à une délibération qui prescrivait l’explosion de l’église Jeanne-d’Arc et songeait un peu tard à la lourde responsabilité qu’il pouvait encourir. Il se serait alors tenu caché, pendant toute la journée du 25 mai, dans une boutique abandonnée de l’avenue de Choisy, en face de sa demeure, et n’en serait sorti que le soir, après l’arrivée des troupes. Il y aurait donc lieu de supposer qu’on l’accuse à tort d’avoir signé avec Serizier, Léo Meillet et autres, l’ordre du massacre des Dominicains.

Toutefois, il ne fut réellement aperçu qu’après l’heure du massacre, par des voisins dont il avait été longtemps la terreur ; il était alors en tenue civile, mais portait une casquette galonnée d’or, et usa d’un stratagème pour essayer de se glisser inaperçu dans son domicile. Il sortit précipitamment de la boutique abandonnée en criant : « Au feu ! » et prétend aujourd’hui qu’il croyait réellement que le feu avait pris dans la maison.

Annat s’est acquis la haine de son voisinage par sa fierté hautaine, la dureté de ses procédés comme délégué à la délivrance des laissez-passer, par la rage qu’il a mise à la recherche des réfractaires, et ses menaces de mort contre les femmes de ceux qui avaient réussi à s’esquiver.

Les renseignements de la police le désignent comme un misérable de la pire espèce. Son casier judiciaire est brûlé, mais il avoue une condamnation à trois mois de prison pour attentat à la pudeur.

Interrogatoire

M le président : Quel était votre grade dans la garde nationale ? — R. Je remplissais les fonctions d'adjudant payeur. Je fus confirmé dans ce grade par mes camarades. Je devins ensuite secrétaire du colonel Serizier.

La Gazette des Tribunaux :

On voit que tous les chefs se hâtaient de se donner des secrétaires ; cette mise en scène paraissait leur plaire tout particulièrement.

D. Vous n'avez avoué qu'à votre troisième interrogatoire que vous étiez secrétaire de Serizier. Vous ne nous dites pas aujourd'hui que vous étiez en même temps capitaine d'état-major ? — R. C'était pour toucher la solde.

D Vous étiez le 24 mai aux Gobelins, avez-vous connu les dépêches annonçant l'incendie de l'Hôtel-de-Ville et autres monuments ? — R. Non, Monsieur.

D. Nous vous prouverons le contraire. De plus, vous étiez charge de la recherche des réfractaires, et vous vous êtes sans cesse acquitté de cette mission avec un zèle extrême, menaçant sans cesse ? — R. Cela n'est pas vrai.

D. [à Serizier) : Vous avez dit, quand on vous a demandé ce que faisait Annat : « II était mon secrétaire, et ne me quittait pas plus que mon ombre. »

Serizier : Je crois qu'Annat n’a accepté le grade de capitaine que pour toucher la solde.

 

Audition de Rouillac (Jean-Pierre), dit Gorre et dit Fabre

Ancien mobile, a servi sous la Commune au 101e fédéré, deuxième compagnie, capitaine Dessoire, sous-lieutenant Boudaille.

Comme Boudaille, il était présent le 19 mai à l'arrestation des Dominicains à Arcueil mais il soutient qu'il n'était sans arme. Rouillac se vantait un jour d'avoir pris part à l'assassinat commis le 24 mai, près de la porte de Fontainebleau, sur la personne du sieur Dubois propriétaire. Nous abandonnons pour notre compte ce motif d'accusation parce que ce crime fait l'objet d'une instruction spéciale confiée au 14e conseil de guerre ; nous n'en retenons que l'aveu fait par Rouillac de sa présence derrière les barricades le 24 mai. Rouillac se vantait en même temps de sa participation au massacre des Dominicains, et la précision du témoignage ne nous laisse aucun doute à ce sujet.

Interrogatoire

La Gazette des Tribunaux :

Sur l'invitation de M. le président, Rouillac se lève. C'est un tout jeune homme imberbe et qui paraît intelligent.

M. le président : Vous avez servi la Commune dans le 101e bataillon, sous les ordres de Boudaille ? — R. Oui, Monsieur.

D. On vous a arrêté sur la déposition de Mlle Lenoir, à qui vous avez dit que vous y aviez tout cassé. — R. Je n'ai pas dit cela.

D C'est ce que nous verrons. Qu'avez-vous vu à Arcueil ? — R. Le colonel Serizier entra le premier dans la maison ; le 120e bataillon resta autour. J'ai bien vu Serizier, car il venait de me payer une bouteille.

D. Quand êtes-vous rentré dans Paris ? — R. Le 22 ; je restai aux barricades jusqu'au 25, puis j'allai chez moi.

M. le commissaire du gouvernement : Étiez-vous en armes le 19 à Arcueil ? —  R. Non, car je n'étais allé à la maison des Dominicains que pour aider à poser le drapeau des ambulances.

 

Audition de Grapin (dit Chauffe-tes-pattes)

Cordonnier âgé de vingt-deux ans, était mobile pendant le premier siège de Paris.

Il se fit incorporer au 176e bataillon fédéré, et dès les premiers jours d'avril, suivit son bataillon à la redoute des Hautes-Bruyères qu'il a occupé jusqu'au 24 mai. Le 7 avril, Grapin était élu sergent dans sa compagnie. Le 24 mai, le 176e bataillon couchait au fort de Bicêtre et rentrait à Paris le 25 au matin, avec la colonne qui a entraîné les prisonniers d'Arcueil. Grapin fut posté à cette barricade de la place d'Italie où furent amenés une première fois les Dominicains. Plus tard, au moment du massacre, Grapin, noir de poudre, vint en courant à la prison du 9e secteur pour s'enquérir si on avait bien et fusiller tous les calotins.

Il manifesta une grande joie en voyant les cadavres et se disposait à les frapper à coups de crosse quand un autre garde arrêta son fusil déjà lancé en lui disant : « Il ne faut pas frapper les morts. » À ce moment, Grapin ajoute : « Si on ne les avait pas fusillés, je ne me serais pas battu. »

Grapin entra dans la prison en criant « qu'il fallait tuer tous les calotins » et presque aussitôt revint avec M. l'abbé Desmayoux qu'il voulait fusiller sur le champ mais on l'en empêcha, et l'abbé dû prendre un fusil pour suivre les insurgés à la barricade.

L'instruction n'a rien fait découvrir concernant le nommer Vernot ou Pernot qui figure sur l'ordre d'informer ; il y a tout lieu de supposer que l'inscription de ce nom a été le résultat d'une erreur.

Interrogatoire

M. le président : Vous faisiez partie de la garde nationale et vous étiez fort zélé ; ainsi vous avez été rejoindre votre bataillon, le 176e, aux Hautes-Bruyères, aux avant-postes ? — R. Oui, le 20 mai, j'y suis resté jusqu'au 24, ou nous avons été au fort de Bicêtre.

D. Saviez-vous quels étaient les prisonniers retenus dans ce fort ? — R. Non, Monsieur.

D. Écoutez ce que dit un témoin Les Dominicains étaient déjà morts, Grapin demanda si tous avaient été fusillés, puis il manifesta bruyamment sa joie et voulut même frapper les cadavres à coups de crosse. — R. Cela est complètement faux.

D. Avez-vous vu l'abbé Lesmayoux à ce moment ? — R. Oui, je l'ai vu.

D. On dit même que vous avez cherché à l’arrêter ? — R. Non, Monsieur, je ne le connaissais même pas. Je ne pouvais avoir de raison de l'arrêter.

D. Vous verrez ce qu'il vous dira là-dessus.

 

Suite


Le 13e avant et durant la Commune
(18 mars - 28 mai 1871)

Saviez-vous que ...

Selon Le Petit Parisien du 24 juin 1923, qui rappelait qu'entre le pont National et le pont de Bercy, deux voies seulement sont ouvertes : la rue Watt et la rue de Tolbiac; il était question de réaliser un projet qui supprimerait la rue Watt. La mesure a soulevé dans le quartier une assez vive émotion : un comité de défense s'est constitué dont le président a fait une démarche auprès du préfet de la Seine.

L'image du jour

La caserne Lourcine, boulevard de Port-Royal

Vu dans la presse...

1930

Ici, demain, le grand Paris

On bâtit dans le quatorzième mais dans le treizième laisse pousser l'herbe (1930)

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1894

Splendeur et misère des Gobelins

Quand on visite les Gobelins, on ne peut s'éviter de remarquer l'état singulièrement délabré du célèbre établissement.
C'est qu'en effet il saute aux yeux, et je ne sais pas de spectacle plus affligeant que l'apparente ruine de ce qui demeure, après plus de trois siècles, une des vraies gloires de la France. (1894)

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1870

Le marché aux chevaux

Depuis les démolitions et les nouvelles percées faites à travers le 13e arrondissement, le quartier des Gobelins, autrefois si populeux comprend de vastes parties désertes.
Une des causes de ce dépeuplement, est l'éloignement du marché aux chevaux, provisoirement transféré à la Halle aux fourrages du boulevard Montparnasse. (1870)

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1865

Les travaux de la petite ceinture entre la route de Chatillon et la Seine

Après avoir passé en revue les travaux en cours d'exécution sur la ligne du chemin de fer de ceinture, entre la grande rue d'Auteuil et la route de Châtillon, il nous reste à parler de ce qui s'effectue entre la route de Châtillon et le pont sur la Seine en amont, pour avoir exploré tout le parcours de la section à ajouter à notre chemin circulaire pour le compléter. (1865)

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1903

Le Métro sur la rive gauche

Parlons donc un peu de la rive gauche, qui a paru, jusqu'ici, plutôt délaissée dans l’établissement des premières lignes du réseau métropolitain... (1903)

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1905

Le tronçon Place d'Italie-Pont d'Austerlitz

Les importants travaux effectués pour établir, le tronçon de la ligne métropolitaine circulaire Sud, allant de la place d'Italie au pont d'Austerlitz, sont sur le point d'être définitivement achevés... (1905)

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1861

Ligne de ceinture rive gauche

Nous avons, il y a quelques mois, annoncé que la ligne de ceinture devait être complétée par son prolongement sur la rive gauche ; depuis lors, les études topographiques en ont été faites et plusieurs projets en ont été soumis ; mais en voici enfin l'exposé définitif... (1861)

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1903

Métropolitain : la station Place d'Italie en 1903

La place d'Italie a, en réalité, deux stations : l'une appartenant à la Circulaire Sud, l'autre station terminus de la ligne n° 5... (1903)

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1899

Les enfants riches aux petits chiffonniers

Avenue d'Italie, près des fortifications, rue Gandon, 25, dans un terrain vague sur lequel on entre par une petite porte ouverte sur un mur de peu d'élévation. (1899)

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1867

Un nouveau chemin de fer

Avant-hier et hier, les habitants de la partie méridionale du nouveau Paris ont assisté avec une vive curiosité à un spectacle assez rare dans les villes... (1867)

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1928

L'aménagement de la place et de l'avenue d'Italie

On sait que dans un an sera mise en circulation la ligne métropolitaine n° 7, actuellement en construction, de la place d'Italie à la porte d'Ivry... (1928)

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1930

Inauguration de la ligne de Métro N° 10

M. Pernod, ministre des Travaux publics, inaugure ce tantôt, à 15 heures, une nouvelle ligne de métro, ou plutôt un nouveau tronçon : « Carrefour de l’Odéon-Place d’Italie », rattaché provisoirement à la ligne n° 10... (1930)

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