L — Quartier de la Gare

L’histoire des quartiers de Paris

L — Quartier de la Gare

Le quartier de la Gare occupe une superficie de 263 hectares ; sa population est de 35.920 habitants, ce qui représente une moyenne de 138 habitants par hectare.

En 1861, lorsque ces terrains venaient d’être réunis à Paris, on n'y comptait encore que 13,542 habitants, ce qui faisait à peine 52 par hectare. On voit donc que l'accroissement dans le chiffre de la population a été très rapide dans les vingt-cinq dernières années.

Le quartier de la Gare, avec ses 262 hectares, se trouve être le plus vaste de Paris ; les deux plus grands après lui n’atteignent, celui d’Auteuil, que 249hectares ; le quartier Saint-Lambert, que 239.

La comparaison sera plus saisissante encore si l'on remarque que parmi les six premiers arrondissements, comprenant chacun quatre quartiers, aucun n’atteint les dimensions du quartier de la Gare.

Il est même à lui seul près de trois fois aussi étendu que le deuxième arrondissement, celui de la Bourse, qui occupe seulement 97 hectares et demi, et où un quartier occupe moins de 20 hectares ; on ferait tenir dans le quartier de la Gare quatorze quartiers comme le quartier Gaillon, qui était pourtant presque désert au début du dix-huitième siècle.

Dans le treizième arrondissement, d’ailleurs, les quartiers excentriques et récemment annexée l’emportent beaucoup sur les plus anciens par l’étendue et le chiffre de la population.

Nouveau Plan complet illustré de la ville de Paris en 1888 dressé par A. Vuillemin.

Le nom du quartier de la Gare semble au premier abord facile à expliquer.

Ce quartier est flanqué d’un côté par le boulevard de la Gare qui coupe les bâtiments de la gare d’Orléans, de l’autre par le quai de la Gare qui le longe.

Enfin, il renferme la vaste gare aux marchandises du chemin de fer d'Orléans. Il semble donc évident que son nom lui vient de cette gare de chemin de fer.

Rien n’est cependant moins exact, et le quai de la Gare, le boulevard même, étaient ainsi désignés bien avant qu'on n’eût inventé les chemins de fer.

On eut au dix-huitième siècle le projet de tailler dans cette berge, en face de Bercy, une vaste gare fluviale pour la batellerie de la Seine.

Le projet fut dressé en 1769 ; on voulait surtout mettre les bateaux à l’abri des glaces.

Nous voyons ce projet de gare se dessiner sur les plans à partir de 1770, nous retrouvons encore sur l'admirable plan géométral de Verniquet, dressé au moment de la Révolution, sous cet énoncé ancien projet de gare.

Cette gare fluviale devait se développer en un vaste demi-cercle, à l’endroit même où ce projet a été partiellement réalisé depuis par la construction du bassin, situé entre la gare aux marchandises du chemin de fer d’Orléans et la Seine.

Ainsi s’expliquent les noms de quai de la Gare, de barrière de la Gare, que nous trouvons sur ces vieux plans et celui du quartier lui-même.

À l’époque à laquelle nous sommes remontés, il y a moins de cent ans, tout le quartier actuel de la Salpêtrière était, occupé par des champs et des prés, derrière lesquels s’étendait le vignoble d’Ivry.

La rue Mouffetard montait jusqu’à la place d'Italie d’où partait le chemin de Vitry et de Choisy ; de celui-ci se détachait à gauche le chemin d’Ivry. Ces avenues sont donc les plus anciennes voies publiques du quartier.

Il faisait partie de la commune d’Ivry, en a été coupé par les fortifications et définitivement détaché quand en 1859, on décida d’étendre les limites de Paris jusqu’à ses murailles fortifiées.

Le quai de la gare est une ancienne route nationale dont le point de départ a été reculé ; elle longeait le fleuve.

Le pont de Tolbiac, un des plus récemment achevés commémore la victoire remportée en 496 par Clovis sur les Alamans.

L’ancien chemin de la Croix-Jarry doit cette désignation à une croix, depuis longtemps disparue, qui avait été plantée pour rappeler le meurtre d’un nommé Jarry.

La plus grande partie de cette rue a servi à former la rue Watt, ainsi nommée en l’honneur de James Watt, ingénieur écossais, inventeur de la machine à vapeur ; ce nom s’explique par le voisinage du chemin de fer.

La rue Picard fut ouverte en 1837 sur les terrains de M. Picard, ancien maire de la commune d’Ivry.

La rue Régnault, précédemment Chemin latéral au chemin de fer de ceinture, conserve le souvenir non du grand physicien ni du grand peintre, son fils, mais d’un peintre oublié, né en 1753, mort en 1829.

La rue Chevaleret conserve le vieux nom du terrain où ou la traça ; elle s’appela jadis tout entière chemin du Liégeat, nom qui n'a été conservé qu’à un petit tronçon du côté des fortifications.

La rue du Loiret fut ainsi baptisée à cause de la proximité du chemin de fer d’Orléans ; Orléans est le chef-lieu du département du Loiret.

L’impasse Levé a reçu le nom de son propriétaire.

L’ancienne rue et la place de l’Église (de ce coin d'Ivry) ont reçu, en 1864, le nom de Jeanne d’Arc, l’héroïne qui délivra Orléans des Anglais et prépara leur expulsion.

Cette rue renferme la sinistre cité Jeanne d’Arc, l'effroi des hygiénistes.

La rue de Patay est l’ancien boulevard de Vitry, son nom actuel rappelle la victoire que Jeanne d’Arc remporta en 1429 sur les Anglais commandés par Talbot.

La rue de Domrémy est l'ancienne rue de la Croix-Rouge ; c’est à Domrémy, en Lorraine (département actuel des Vosges) que naquit Jeanne d’Arc.

Sauf la rue du Dessous-des-Berges, ancien sentier auquel on a laissé son nom, toutes les rues d’alentour ont reçu le nom des hommes de guerre qui sauvèrent la France de la domination anglaise.

Le chemin du Bac devint rue de Clisson ; Olivier de Clisson connétable de France après Duguesclin est né en 1332, mort en 1407.

La rue des Trois-Ormes garde maintenant le nom de Jean comte de Dunois, bâtard d’Orléans, compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, né en 1403, mort en 1468.

Etienne de Vignolles dit Lahire, autre compagnon d’armes de l’héroïne, mort en 1443, a donné son nom à une rue voisine, quelque temps désignée seulement par la lettre B.

La rue A est devenue rue Xaintrailles, en l’honneur du maréchal de France Poton de Xaintrailles, autre ami de Jeanne d’Arc né en 1890, mort en 1461.

La fin de la rue de la Croix-Rouge a été attribuée à Richemont ; Arthur III de Bretagne, comte de Richemont, fut connétable de France sous Charles VII ; né en 1393, il mourut en 1456.

La fin du chemin a formé la rue Baudricourt ; c’est Robert de Baudricourt, gouverneur de Vaucouleurs qui, sur sa demande, envoya Jeanne d’Arc au roi Charles VII.

La rue Nationale a reçu ce nom après la révolution de février 1848.

Le passage Thuilleux porte le nom de son propriétaire.

La rue Harvey, ancienne rue de l’Hôpital, doit au voisinage de la Salpêtrière d’avoir reçu le nom du grand physiologiste anglais William Harvey, (né en 1578, mort en 1657) qui découvrit la circulation du sang.

La longue rue du Château des Rentiers, conserve un vieux nom local.

De même la rue des Terres au Curé, de son vrai nom chemin de la Coupe des Terres au Curé.

Nous touchons au boulevard qui longe les fortifications ; celui-ci porte le nom de l’immortel Masséna, qui sauva la France en écrasant autour de Zurich les Austro-Russes.

La rue de Tolbiac, une des plus longues de Paris, rappelle comme le pont le souvenir de la victoire des Francs sur les Alamans.

La rue de la Pointe d'Ivry doit ce nom à la pointe formée par les deux avenues voisines.

La rue des Hospices fut ouverte en 1857 sur des terrains appartenant à l'Assistance publique.

Le passage Bertheau garde le nom de son propriétaire, comme les passages Rivaut et Rudel et l’avenue Fortin.

La rue du Gaz, précédemment rue et sentier de Tripière, doit son nom actuel au voisinage d'un gazomètre.

André Marcel

 

Vu dans la presse...

1904

Les on-dit

Mais je vous jure que je n'ai jamais mis les pieds aux Gobelins, Comme tout vrai Parisien, je connais mal Paris. Je serais aussi dépaysé aux Gobelins que dans l'Arkansas. (1904)

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1911

Élection de la reine de l'Association artistique du treizième arrondissement

Cinq cents personnes environ assistaient, hier soir, à l'Eden des Gobelins, à l'élection de la reine de l'Association Artistique du treizième arrondissement. (1911)

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1900

Une visite à la Manufacture des Gobelins

Nous avons visité les Gobelins à onze heures. C'est le moment le plus propice pour recueillir une impression personnelle. À cette heure matinale, en effet, la foule des touristes n'a pas accès dans la manufacture ; le travail bat son plein dans la cité, et le chantier et l'atelier présentent leur physionomie réelle que n'a pas encore altérée la fatigue d'une demi-journée de labeur. (1900)

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1896

Le 14 juillet des miséreux

Nous nous sommes rendu à l'asile Nicolas-Flamel, 71, rue du Château-des-Rentiers, un asile modèle, d'une extraordinaire propreté, disons le mot d'une belle coquetterie. (1896)

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1922

Hôtel particulier rue du Château-des-Rentiers

Le Refuge Nicolas-Flamel, asile de nuit, est installé rue du Château-des-Rentiers. Délicate attention du hasard. Tout auprès, rue de Tolbiac, il est une gare, munie de ce fronton : Entrée — CEINTURE — Sortie. On s'étonne qu'il n'y ait point, ajoutés par un pauvre, cinq lettres de réponse : «Merci ! » (1922)

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1901

La chapelle Bréa

Là-bas, tout au bout de l'avenue d'Italie, près de la barrière de Fontainebleau, s'élevait une toute petite chapelle, mystérieusement fermée, et dans laquelle, depuis 1893, personne n'avait prié. Les habitants disaient en passant : c\'est la « chapelle Bréa », beaucoup sans comprendre le sens de cette dénomination. (1901)

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1891

Une tournée apostolique à la Maison-Blanche

L'abbé Garnier a fait cette semaine une tournée apostolique à la Maison Blanche C'est un bon coin de Paris, plein d'honnêtes travailleurs, mais, hélas ! aussi, un pauvre nid à misère. (1891)

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1869

L'aménagement du XIIIè arrondissement

Les grands percements ne font point défaut au XIIIe arrondissement; on peut même dire que l'importance des voies dont il est sillonné est hors de proportion avec les ressources et les mœurs de la population qui l'habite. L'administration municipale n'a donc que peu de chose à faire pour compléter son œuvre au point de vue de la viabilité. (1869)

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1890

Au treizième arrondissement

Rue du Moulin-des-Prés, treizième arrondissement, quartier de la Maison-Blanche, il a été ouvert, il y a un certain temps, une immense décharge, en vue de remblayer la vallée de la Bièvre. Dans cette décharge ont été apportées toutes sortes d'immondices. On y a même apporté des terres provenant de cimetières... (1890)

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1904

A propos de l'inauguration du puits artésien de la Butte-aux-Cailles

Tandis que Paris se trouve condamné à boire de l'eau contaminée, on a accueilli, avec bonheur, la nouvelle de l'inauguration du fameux puits artésien de la Butte aux Cailles.
La chose vaut qu'on s'y arrête, car il ne s'agit pas de moins de dix mille mètres cubes, ou de dix millions de litres d'eau pure qui vont être donnés, chaque jour, aux Parisiens. Par ces temps de fièvre typhoïde, d'eau de Seine filtrée, voire non filtrée, ce n'est pas là quantité négligeable. (1904)

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1877

Les grands travaux de l’édilité parisienne

Dans le XIIIe arrondissement, quartier de la Butte-aux-Cailles, c'est toujours de la grande voie de transit que l'on s'occupe. (1877)

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1890

L'épidémie de la Maison-Blanche.

Malgré les défenses qui leur sont faites et avec l'insouciance de leur âge, les enfants du quartier s'introduisent actuellement dans la décharge et ils s'y amusent avec les fémurs et les tibias qu'ils découvrent à chaque pas. (1890)

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