LII — Quartier Croulebarbe

L’histoire des quartiers de Paris

LII — Quartier Croulebarbe

Le quartier Croulebarbe occupe 72 hectares ; sa population est de 12,966 habitants, ce qui donne une moyenne de 180 par hectare ; en 1861, il en avait déjà 134 par hectare, 9669 en tout.

Le nom de ce quartier lui vient de la rue Croulebarbe et, par cet intermédiaire, du vieux quartier Croulebarbe ; partant de la rue Mouffetard prolongée aujourd'hui avenue des Gobelins), cette rue d’abord simple chemin longeait la Bièvre et finissait par aboutir à un moulin situé sur la rivière.

Ce moulin à eau était fort ancien ; il existait, dit-on, en 1214 ; dès le treizième siècle il est parlé des vignes et des champs de Croulebarbe, le moulin est quelquefois appelé moulin Notre-Dame.

Toute cette région releva successivement du chapitre de Saint-Marcel et de celui de Sainte-Geneviève.

Nouveau Plan complet illustré de la ville de Paris en 1888 dressé par A. Vuillemin.

Le grand établissement du quartier, celui qui donne son nom à tout le treizième arrondissement, c’est la grande manufacture nationale des Gobelins.

Au quinzième siècle, Jean Gobelin, venu de Reims, établit sur la Bièvre une teinturerie que sa belle couleur écarlate rendit bientôt célèbre ; sa famille continua la fabrication.

En 1554, Jean Gobelin fut anobli ; c’est un de ses descendants, Antoine, lequel avait le marquisat de Brinvilliers qui, pour son malheur, épousa la fille du lieutenant civil de Paris ; elle valut au nom de son mari une sinistre réputation.

Devenus gentilshommes, les Gobelin cédèrent leur commerce aux Carrage qui y joignirent la tapisserie de haute lisse pour laquelle ils firent venir des ouvriers flamands.

À côté de l’ancienne fabrique Gobelin, dans un hôtel acheté le 6 juin 1662 à Leleu, conseiller au parlement de Paris, avec ses dépendances, près Aunaies et même Petit-Bois, Colbert fonda la célèbre manufacture.

Agrandie de 1662 à 1668, définitivement organisée en 1667, la manufacture absorba l’ancienne teinturerie des Gobelins.

Elle se consacra à la fabrication des tapis, y joignant même quelque temps celle des meubles.

Les tapissiers copient des tableaux ou des dessins faits exprès par des peintres en renom.

C’était un préjugé jadis très répandu que, pour les couleurs vives, il fallait beaucoup d’acide urique, et on avait propagé le bruit que la manufacture subventionnait des ivrognes. Il y eut même des offres de service.

Pendant la Révolution, les Gobelins périclitèrent un peu ; depuis ils ont repris leur ancienne importance et gardent leur renommée universelle.

Le centre du quartier Croulebarbe est occupé par l’hôpital de Lourcine et les rues tracées sur l’ancien couvent des Cordelières.

Ce couvent de religieuses observant la règle de Sainte-Claire fut fondé par Marguerite de Provence, femme de Saint-Louis.

Elle leur donna un château royal, au bout du bourg Saint-Marcel, avec de très vastes dépendances, le long de la Bièvre.

C’était le fief de Lorcines, l’Oursine ou Lourcine ; il était situé sur la rive gauche de la rivière et sur les pentes de la montagne Sainte-Geneviève ; au douzième siècle il comprenait le fief de Latran.

On a voulu interpréter le nom de Lourcine par locus cinerum ; ce nom se retrouve en effet dans des titres du douzième siècle ; il s’applique à la rue de la Cendrée aujourd’hui rues Poliveau et des Saussaies.

La rue même de Lourcine est fort ancienne elle se détachait de la rue Mouffetard pour aller au Pont-aux-Tripes, sur la Bièvre ; au-delà au Champ de l’Alouette. Elle suivait en la contournant la rive gauche de la rivière de manière à passer en dehors du bourg Saint-Marcel, fortifié probablement dès l’époque gauloise ; au-delà elle se dirigeait vers Melun probablement.

Près des terres de Lourcine était encore un vaste clos, le Pré de l’Avocat qui au seizième siècle, appartenait à l’Hôtel-Dieu.

Pour revenir à notre couvent des Clarisses de Lourcine, Marguerite de Provence sa bienfaitrice, s’y retira après la mort de son mari.

Plus tard Blanche, sa troisième fille, veuve de Ferdinand de La Cerda y prit l’habit : elle vécut en sainte ; son lit fut longtemps gardé comme une relique.

En 1380, l’enclos des Clarisses de Lourcine occupait toute la vallée jusqu’à la Bièvre et les jardins qui, depuis, ont passé aux Gobelins.

Sécularisé à la Révolution, le couvent fut vendu en octobre 1796 ; ses vastes terrains furent dépecés.

Les acquéreurs percèrent des rues qui prirent depuis le nom de Julienne et de Pascal; en 1825 on ouvrit la rue des Cordelières.

Le noyau des bâtiments du couvent fut affecté à l'hôpital de Lourcine, créé en 1836.

En contrebas du sol actuel de la rue, on voit quelques vestiges du cloître et une petite chapelle dont la voûte peinte, représente le Triomphe de la Vierge et est attribué à Mignard. L’église consacrée en 1356, a disparu.

La caserne de Lourcine fut quelque temps au pouvoir des insurgés en juin 1848.

Nous avons parlé déjà dans l’article consacré au quartier de la Salpêtrière et à tout le bourg Saint-Marcel de l’église Saint-Hippolyte qui avait donné son nom à une rue ; elle date du treizième siècle ; elle fut en partie démolie en 1807, le reste approprié pour une usine ; le boulevard Arago passe sur son emplacement.

L’industrie s’est emparée de tous ces terrains comme de ceux de l’ancien couvent des Cordelières. Il ne faudrait pas croire cependant que son invasion ici soit récente.

Au contraire, au pied de la montagne Sainte-Geneviève, du côté méridional s’était formé depuis le Moyen-Âge un quartier ouvrier.

Il avait pour centre la rue des Sept-Voies devenue rue de l’Arbalète ; entre elle est la rue de Lourcine s’étendait un vaste pâté de maisons avec diverses ruelles dont la rue des Lyonnais et la rue des Bourguignons étaient les principales.

Ce groupe de constructions avait été élevé par des artisans immigrés de province : le nom des rues l’indique. Ils profitaient des privilèges du fief de Saint-Jean-de-Latran et de l'hôtel Jaune ou Zone qui limitaient l’action des corporations et leur procuraient une sorte de liberté du travail.

Ce vieux quartier ouvrier a été démoli par le percement des boulevards de Port-Royal et Arago.

Nous avons parlé du boulevard Saint-Marcel à propos du quartier de la Salpêtrière et nous parlerons de celui de Port-Royal ; avant il sera question du quartier Montparnasse.

L’avenue des Gobelins est, avons-nous dit, l’ancienne rue Mouffetard transformée ; elle longe la manufacture.

Le boulevard Arago, ouvert en 1859, a pris, à cause du voisinage de l’Observatoire le nom de l’illustre astronome.

La rue des Gobelins est comme la rue Croulebarbe, une vieille voie allant de l’avenue à la rivière.

La rue de Gentilly mène au village.

La rue de la sœur Rosalie, ouverte en 1867, conserva la mémoire de Jeanne-Marie Rendu, sœur Rosalie née en 1781, morte en 1856, célèbre par sa charité ; elle est au voisinage de la maison des sœurs de charité de l’ancien XIIe arrondissement, maison placée rue de l’Épée-de-Bois et dirigée par la sœur Rosalie.

L’origine de l’appellation de la rue des Reculettes est inconnue. La rue du Champ-de-l’Alouette est un vieux chemin traversant un ancien clos dont le nom est fort ancien.

La rue Magendie, ancienne rue Dervilliers, a pris le nom du physiologiste né en 1783, mort en 1855.

La rue Corvisart, détachée de l’ancienne rue du Champ-de-l’Alouette et de l’ancienne rue Croulebarbe, a été consacrée au médecin Corvisart, né en 1755, mort en 1821.

Ces noms s’expliquent par le voisinage de l’hôpital de Lourcine.

La rue des Tanneries, précédemment rue des Anglaises, nous rappelle l'importance des tanneries de la Bièvre.

La rue de la Glacière conduit à la Glacière ; elle n’a été ouverte qu’en 1857, entre le boulevard de Port-Royal et la rue de Lourcine. Il n’y a que vingt ans qu’elle est nivelée.

André Marcel.

Vu dans la presse...

1907

La maison puante

Par quoi le fait de n'avoir ni propriétaire, ni concierge, ni loyer à payer ne constitue pourtant pas le bonheur.
M. Navarre a entretenu hier le conseil municipal d'une maison de son quartier qui n'a ni propriétaire, ni concierge, mais qui n'est pas sans locataires, ou plutôt sans habitants. (1907)

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1927

La Butte-aux-Cailles nouvelle butte « sacrée »

Elle pourrait bien être en passe de gagner le titre de nouvelle Butte sacrée, cette Butte-aux-Cailles, au nom plein de charme évocateur, qu'on songe à la splendeur cynégétique ou à la petite amie souriante, chantante et potelée. (1927)

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1861

Le nouveau Paris

L'ex-commune de la Maison-Blanche, au-delà du boulevard d'Italie, est une des parties annexées qui offrent le plus de difficultés pour le nivellement, car d'un côté il s'agit de franchir les hauteurs de la Butte-aux-Cailles, et de l'autre il faut remblayer des fondrières, des carrières abandonnées... (1861)

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1863

Les projets pour le XIIIe arrondissement

Le treizième arrondissement se compose, comme le douzième, d'une fraction de l'ancien Paris et d'une partie annexée. Cette dernière est comprise entre les anciens boulevards extérieurs, les rues de la Santé et de la Glacière, les fortifications et la Seine. La butte des Moulins, la butte aux Cailles et les bas-fonds de la Bièvre, en font une des régions les plus mouvementées de la zone suburbaine, et, par conséquent, une de celles qui présentent le plus d’obstacles à une viabilité régulière; de là, des tâtonnements et de longues études. (1863)

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1866

Les travaux du chemin de fer de Ceinture : du pont Napoléon au tunnel de Montsouris

Les travaux du chemin de fer de Ceinture, toujours conduits avec la même activité, sont terminés sur une grande partie, du parcours, en ce qui concerne les terrassements et les ouvrages d'art ; aussi a-t-on, déjà commencé le ballastage, la pose des voies et l'édification des bâtiments de stations. (1866)

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1861

Le viaduc de la Bièvre

On continue à s'occuper très sérieusement du tracé du chemin de fer de ceinture sur la rive gauche ; les études du pont à jeter sur la Seine et celles du viaduc dans la vallée de la Bièvre sont maintenant terminées. (1861)

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1925

Une nouvelle Cour des Miracles

Vous ne connaissez pas le passage Moret, cela n'est pas surprenant, car, sauf ses malheureux habitants, leur conseiller municipal qui se débat comme un diable pour les secourir, chacun à l'envi les oublie. Chaque fois que les représentants de l'administration se souviennent de ce restant de l'Ile des Singes, c'est pour lui causer un dommage nouveau. (1925)

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1925

Les habitants du passage Moret vont être « clos et couverts »

Les pauvres et déplorables locataires de la ville de Paris, dans son domaine de l'Ile des Singes, partie dénommée sur la nomenclature le Passage Moret, vont apprendre avec joie que l'inondation de leurs taudis, par en haut, va cesser à bref délai. (1925)

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1926

Un propriétaire avait vendu 100 francs son immeuble à ses locataires

Dans le populeux quartier des Gobelins, il est un groupe de gens à qui l'on a mis le bonheur — bonheur relatif, d'ailleurs — à portée de la main, et qui se disputent au lieu de le cueillir sagement. Ces gens demeurent sous le même toit, 9, passage Moret, voie vétuste qui semble être restée dans le même état qu'au temps des mousquetaires. (1926)

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1927

La Ville de Paris osera-t-elle jeter à la rue les locataires du passage Moret ?

La Ville de Paris, qui loue pour rien les luxueux pavillons du Bois de Boulogne aux jouisseurs et aux parasites, veut expulser de malheureux travailleurs de logements peu confortables certes, mais pour lesquels ils paient un lourd loyer. (1927)

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1927

La Ville de Paris est parvenue à faire expulser les locataires

Les locataires n'étaient pas plutôt dans la rue que des démolisseurs se mettaient à l'ouvrage pour le compte d'un garage Renault qui fait procéder à des agrandissements.
Ainsi les limousines des exploiteurs seront à l'abri et les locataires logeront où et comme ils pourront. (1927)

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1927

Dans le passage Moret où règne la misère

Que l'on démolisse les taudis, nids à tuberculose qui pullulent dans la « Ville-Lumière », nous n'y trouverons rien redire, au contraire ! Mais que sous prétexte d'assainissement, comme cela s'est produit passage Moret, on expulse, en 21 jours, au profit d'un garage, des malheureux que l’on a finalement « logés » dans des taudis sans nom, c'est un véritable scandale ! (1927)

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