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UNE ÉVOCATION DU 13e ARRONDISSEMENT DE 1860 AUX ANNÉES 30

Littérature

 Assassins!!! - 17

17

ASSASSINS !!!

par
Louis Dagé
(1881)


PREMIÈRE PARTIE


La Masure du Corbeau Rouge


VII
Idylle et drame
(suite)

— Et puis, nous serons deux ! observa Lame-d’Acier.

— Vous êtes un brave garçon, vous !

— Sacrebleu ! mam’zelle, c’est bon ce que vous me dites-Ià ! Déjà mon officier m’a affirmé que j’avais du cœur... avec ces mots-là, voyez-vous, je me ferais tuer.

Près de la place Maubert, dans un cul-de-sac obscur, dernier vestige de l’ancienne cité, le flâneur curieux trouvera ; la rue de Bièvre qui aboutit au quai de la Tournelle. Elle est sale et boueuse ; un rayon de soleil y est un phénomène inconnu.

Dans cette rue est située la Bibine dont il s’agit, sorte de caboulot, — plus tapis-franc que gargote, — où prennent leur repas des chiffonniers, pêle-mêle avec des représentants de la haute et basse pègre, tous habitants de l’ancienne place Maubert.

Dans un boyau de salle, qui se rattrape de son étroitesse par la longueur, s’étend une rangée de tables le long de la muraille. Il n’y a plus de chaises ; les clients s'assoient sur des bancs.

De peur que les couteaux ne deviennent des arguments dans les rixes fréquentes qui s’élèvent entre consommateurs, on les a assujettis aux tables par une chaînette en fer.

Au fond est placé un comptoir en bois où trône l’ogre du Tapis-Franc, maître Jérôme Farach, surnommé Bras-Sanglant.

Dans ce monde ignoble, un nom ne suffit pas, chacun a son sobriquet C’est l'usage.

Les clients du caboulot vont eux-mêmes prendre une assiette sur le comptoir, où ils déposent vingt-cinq centimes, prix de « l’ordinaire » qu’ils vont se faire servir dans l’arrière-salle.

Là se trouve la cuisine et l’on n’y pénètre qu'après avoir payé sa pâtée.

Ce que l’on donne à manger est un mystère ; ce que l’on boit est une énigme.

Les liquides de toutes sortes, même le vin, ont un prix unique : dix centimes le verre.

Nos trois connaissances : Négriot, Sans-Malice et l’Assommeur, réunis à la même table, « pitanchaient », ce soir-là, de « l’eau-d’aff »et, la « chiffarde » bien bourrée de « tréfoin », remplissaient la salle d’une fumée épaisse qui se mêlait désagréablement aux âcres émanations de l’absinthe.

Ces trois hommes, dont l’un aurait dû être l’ennemi des deux autres, depuis la nuit passée dans les carrières de la Masure du Corbeau-Rouge, formaient une même compagnie.

Un sentiment identique en avait fait des amis : Les trois compagnons volaient se venger de Lame-d’Acier qui les avait contrariés dans leurs projets.

Tout en buvant, ils se racontaient mutuellement, pour la vingtième fois au moins, leur mésaventure réciproque, et cherchaient un biais pour faire repentir leur bête noire du tour qu’il leur avait joué, sans pouvoir tomber d'accord, quand le père Grognard entra.

Le chiffonnier avait eu la langue trop longue : en parlant sans cesse du sauvetage opéré par lui, il avait fini par donner l'éveil à Sans-Malice et à Négriot.

Aussi, du plus loin qu’il l’aperçut, Sans-Malice appela le nouvel arrivant :

— Hé ! chevalier du crochet ?

— Quoiqu’y a ? demanda celui-ci.

— Dévide-nous l’histoire du noyé, ça nous intéresse.

Le père Grognard ne se fit pas autrement prier et conta l’aventure dans ses moindres détails. C’était un besoin chez lui un tic, une habitude.

Ce récit ne laissa aucun doute au bandit sur l’identité de l’individu repêché dans la Seine. C’était bien le marquis qu’il avait frappé de son couteau et qui vivait encore.

— Je le soigne, allez ! conclut le père Grognard.

— Vieille bourrique ! s’écria Sans-Malice ivre de fureur, tu réchauffes un pante pour qu'il « croque le marmot »... Ah ! je t’en flanquerai des récompenses et des magots, vieux filou !

— Qué que t’as donc ! fit le chiffonnier étourdi.

— Ton homme, c’est le mien, imbécile ! Tu vas me le rendre !

— Ah ! ficher non !

— Il le faut. Une, deux, trois ! Tu ne veux pas ? Non ! Eh bien, en route pour « l’Abbaye borgne » (cachot, séquestration).

Et, ce disant, Sans-Malice, avec son mouchoir, avait bâillonné le chiffonnier.

Puis, il dit au maître du taudis :

— Allons, l’ogre, ouvre la trappe.

— C’est deux balles ! articula maître Farach.

—Je connais le taux ! Voilà ton pognon.

Il lui remit une pièce de deux francs, et ajouta, en désignant la victime de ce nouveau guet-apens :

— Par exemple, celui-ci, tu le garderas jusqu’à demain.

Sans-Malice fouilla le père Grognard et lui déroba la clef du galetas qu’il habitait , et dans lequel reposait le marquis. Ensuite, aidé de l’Assommeur, il descendit le chiffonnier à la cave.

L’observation de garder soigneusement la victime faite par Sans-Malice à Jérôme Farach, mérite explication, il arrivait souvent que les marchands de bœufs ou de chevaux de la barrière d’Italie qui se laissaient prendre aux agaceries des « trotteuses » du voisinage, étaient conduits dans la « Bibine » où les Alphonses de l’endroit dépouillaient ces malheureux et les jetaient dans la cave de l’ogre.

Celui-ci donnait ensuite la liberté à ces infortunés auxquels il faisait jurer de ne rien révéler. Trop heureux d’en être quittes à si bon compte, les particuliers ainsi maltraités promettaient de se taire, et tenaient parole de peur d’attirer sur leur tète la vengeance des gredins qui hantaient ces parages.

Sans-Malice prévenait donc maître Farach de retenir prisonnier le père Grognard jusqu’au lendemain.

Quand il fut remonté dans la salle commune, Sans-Malice dit à Négriot :

— Je passe chez Grognard m’assurer de la chose ; puis, si c’est bien le suriné, je me déguise en vélocipède pour avertir M. Polydor.

— Bon ! moi, je ne démarre pas, afin d’avoir l’œil sur l’ogre qui pourrait bien lâcher l’autre.

— Ah ! non ; faut pu qu’il le lâche !

Sur cette recommandation, Sans-Malice sortit et on l’entendit s’éloigner en chantant un couplet de sa romance favorite.

Il appelait ça une romance, lui !

 

Avant-hier soir j’m’en esbigne à la cambuse
Pour te causer un brin de mon ardeur
Mais en rêvant, j’vois madame qui s’amuse
À jacasser avec un joli cœur.
Sans l’fait casquer vlà qu’tu poses pour la grâce
Disant qu’pont lui t’éprouvés un vrai béguin
Sans picaillons la soup’ ne peut être grasse
J’te vas coller un pain.

 

L’Assommeur et Négriot se remirent tranquillement à fumer et à boire.

C’est dans cette occupation que les surprit, quelques instants après le départ de Sans-Malice, Lame-d’acier qu’ils n’attendaient guère.

Le 13e en littérature

La Barrière des Deux-Moulins

Causerie d'un camarade

par
Jean Loyseau

Allez un dimanche, ou , même , un lundi soir , du côté de l'ancienne barrière des Deux-Moulins : regardez, respirez et écoutez, si vous en êtes capables , tout ce qui frappe à la porte de vos cinq sens : votre odorat percevra je ne sais quelle odeur nauséabonde et méphitique, dans laquelle se mêlent indistinctement la fumée de tabac ; les exhalaisons du cabaret, qui forment , à elles seules, tout un arsenal d'infection...

(1862)

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Le boulevard Saint-Marcel

Les Baisers rouges

par
Montfermeil

A travers Paris jusqu'à la rue Coypel...

(1900)

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La rue de la Vistule

La fille du fusillé

par
Paul Samy

Huit heures du soir sonnaient à l’horloge de l’hôpital Marie-Lannelongue, située à l’angle de la rue de Tolbiac et de l’avenue d’Ivry, quand une automobile, arrivant par l’avenue d’Italie, tourna dans la rue de la Vistule et s’arrêta devant une petite grille terminant un mur, derrière lequel s’élevait une maisonnette.

(1924)

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Croulebarbe et la ruelle des Reculettes

La main trouée

par
Montfermeil

Le quartier Croulebarbe est un de ceux que n'a pas encore assainis la pioche du démolisseur, un des recoins restés sordides du vieux Paris.

(1901)

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La boulangerie socialiste de la rue Barrault

Les amis du Peuple

par
Jean Vignaud

Jacques et sa sœur, laissant derrière eux le boulevard d'Italie, gravirent la rue Barrault. Celle-ci, flanquée d'un côté de la Butte-aux-Cailles, énorme pâté de maisons aux murs de pisé, de l'autre, d'immenses terrains couverts de roulotes peintes et d'abris en planches, s'élevait ainsi qu'un ravin poussiéreux et crevé de trous.

(1904)

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La rue du Petit-Banquier

Le colonel Chabert

par
Honoré de Balzac

Le comte Chabert, dont l'adresse se lisait au bas de la première quittance que lui avait remise le notaire, demeurait dans le faubourg Saint-Marceau, rue du Petit-Banquier, chez un vieux maréchal des logis de la garde impériale, devenu nourrisseur, et nommé Vergniaud.

(1832)

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La rue des Vignes Saint-Marcel (Rubens)

Les Misérables

par
Victor Hugo

Ce promeneur, s’il se risquait au delà des quatre murs caducs de ce Marché-aux-Chevaux, s’il consentait même à dépasser la rue du Petit-Banquier, [...], ce promeneur hasardeux atteignait l’angle de la rue des Vignes-Saint-Marcel, latitudes peu connues.

(1862)

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Un Treizième à découvrir dans...

Saviez-vous que... ?

La Société des logements économiques pour familles nombreuses inaugurait, en novembre 1911, cet immeuble situé 14-16, boulevard Kellermann, face à la porte de Bicêtre qui comportait, selon le Gil Blas, cent sept logements occupés par 824 personnes dont 585 enfants.

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Le pont de Tolbiac, en cours de construction depuis 1879, fut grandement endommagé par la grande débacle des glaces de janvier 1880 mais les dégâts furent vite réparés.

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La rue de Campo-Formio s'est appelée Petite rue d'Austerlitz et, encore avant, rue des Étroites Ruelles.

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Les premiers commissaires de police ayant autorité sur les quartiers du nouveaux 13e arrondissement issus de l’annexion du 1er janvier 1860 étaient :
M. Daudet, pour les quartiers de la Salpétrière et de la Gare. Ses bureaux étaient installés 62, boulevard de l’Hôpital ;
M. Juhel pour les quartiers de la Maison-Blanche et de Croulebarbe. Ses bureaux étaient installés 36, route d’Italie, l’avenue d’Italie actuelle.

L'image du jour

L'image du jour
Charles Marville, la rue Saint-Hippolyte vue depuis la rue Pascal (détail) - 1864

Initialement, la rue Saint-Hippolyte reliait la rue Mouffetard ancienne à la rue de Lourcine. Le percement du boulevard Arago entraina une modification complète des lieux. La nouvelle rue Saint-Hippolyte relia la rue Pascal à la rue de la Glacière.