Les Cloaques de Paris - 1909

Les Cloaques de Paris

Une visite dans le XIIIe

L’Humanité — 19 mai 1909

Chaque année, des milliers de Parisiens meurent de la tuberculose, tandis que les épidémies, quoique restreintes et cantonnées dans le foyer où elles éclatent, font des ravages avec une régularité déconcertante.

De grands efforts ont été faits pour lutter contre l'insalubrité de trop nombreux quartiers ouvriers où l'air et la lumière font défaut, où des familles sont entassées dans des logements exigus et délabrés. On est ainsi arrivé à limiter le fléau, mais non à le faire disparaître.

C'est qu'il reste encore beaucoup à faire dans ce sens. Une visite de quelques arrondissements de la rive gauche de Paris, en compagnie, d'une commission composée des conseillers municipaux de la périphérie, nous a révélé certains coins immondes qui, pour être peu connus, n'en sont pas moins très peuplés et forment en plein Paris, de véritables foyers d'infection.

Les choses vues dans une rapide visite en automobile des XIVe, XVe et XVIe arrondissements ont toutes été éclipsées par les cloaques du XIIIe arrondissement que nous ont fait parcourir les conseillers intéressés qui en réclament la disparition.

Cité Doré

Dans le quartier de la Salpêtrière, il existe, donnant sur la place Pinel, une cité exclusivement habitée, par des chiffonniers et qui porte le nom de Cité Doré.

Sur un terre-plein lépreux, des maisons basses et sordides, faites de plâtre souillé. Aux portes, jouent des enfants au visage vieilli, tandis que des femmes font le tri des chiffons malodorants. Les ruelles larges de trois mètres, sont décorées du nom pompeux d'avenues et éclairées à l'aide de quinquets. Au milieu, coule un ruisseau fétide dans lequel des gosses barbotent. Cent cinquante pauvres bougres croupissent dans ce cloaque.

À cent mètres de là, de superbes maisons modernes à sept étages défient insolemment cette misère résignée.

Passage Moret

Dans le quartier de Croulebarbe, que représente notre ami Deslandres, il nous a été donné de découvrir un cloaque plus immonde encore. On l'appelle le passage Moret.

La sortie du passage Moret sur la rue des Cordellières

La Bièvre, une Bièvre complètement stagnante, dont l'eau bourbeuse et nauséabonde porte des choses innommables, la traverse. Quinze cent mille francs ont été prévus, paraît-il, pour la couvrir, mais, malgré les efforts de son conseiller, le quartier attend toujours. Là encore, des masures à un étage, décrépites et sordides.

À travers, une fenêtre ouverte, dans une atmosphère irrespirable, au milieu de meubles délabrés, je distingue une femme sans âge, assise dans une pièce étroite et sombre. Je lui demande le prix de son loyer.

—  Cinq francs la semaine, monsieur.

Deux cent quarante francs par an pour un pareil taudis Je ne résiste pas à l'envie, de savoir le nom du triste propriétaire. C'est un certain M. Bloch. Saluez M. Vautour I

L'odeur de la Bièvre, des tanneries voisines et la poussière blanche qui émane d'une usine où l'on prépare des peaux de lapins, nous chassent rapidement de cet épouvantable milieu.

Le remède

Le cri unanime des conseillers présents fut « Il faut, au plus vite, raser tout cela ». C'est, en effet, le seul remède : faire place nette pour reconstruire, prolonger des rues, ou mieux, en faire de petits oasis de verdure.

M. Dausset prévoit, dans son rapport sur les grands travaux à effectuer dans Paris, trente-trois millions pour lutter contre la tuberculose.

Il serait difficile de trouver un emploi plus utile.

Maurice Bertre.

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Lu dans la presse...

L’accident de la place Pinel

Hier matin, vers dix heures, la concierge de la maison du n° 3 de la place Pinel descendait à la cave, une bougie à la main. Arrivée à la dernière marche de l'escalier, le sol céda sous ses pieds, et elle disparut tout à coup dans une profonde excavation. (1883)

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Un nouveau pont

Un nouveau pont vient d'être construit sur la route militaire qui entoure Paris, entre la porte de la Gare et celle de Vitry. Il est parallèle au boulevard Masséna, et franchit la ligne du chemin de fer d'Orléans. De cette façon, on peut parcourir la ligne stratégique sans rencontrer d'obstacles. (1877)

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Pour les Petits Ménages, Maisons et jardins

C'est aujourd'hui qu'on inaugure la « fondation Singer-Polignac » devant un nombreux et élégant public d'invités.
À vrai dire, ce n'est pas « tout près d'ici ». C'est à l'autre bout de Paris, à la Glacière, tout près des « fortifs » dans un quartier essentiellement populaire, où l'on vient d'achever une nouvelle église, une nouvelle paroisse, Sainte-Anne, qui succède à la chapelle Bréa. Rue de la Colonie, entre les baraques en planches d'une population inconnue et une usine ; on y arrive par la place d'Italie et la rue Bobillot. (1911)

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La mort de M. Curie

Les obsèques de M. Curie ont été célébrées, hier, avec la plus grande simplicité et sans aucune cérémonie.
Dès trois heures arrivèrent à la maison mortuaire, 108, boulevard Kellermann, des professeurs de la Sorbonne et du Collège de France, ainsi que des membres de l'Institut. Tour à tour ils pénétraient dans la petite maison... (1906)

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Les transformations de Paris

L'administration vient de faire déposer à la mairie 13e arrondissement le plan parcellaire des propriétés dont la cession est nécessaire en tout ou en partie pour exécuter :
1° L'élargissement à 40 mètres de la rue Mouffetard, entre le boulevard Saint-Marcel et les boulevards d'Italie et de l'Hôpital ;
2° La transformation de la place d'Italie, entre la rue Mouffetard et les boulevards de la Gare et d'Italie ;
3° L'ouverture, entre cette place et la Gentilly, d'un boulevard de 34 mètres de largeur, donnant à l'ouest le pendant du boulevard de l'Hôpital. (1867)

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Logements à bon marché

Paris nous réserve toutes les surprises, et ses historiens, malgré leurs patientes recherches, n'arrivent que difficilement à nous signaler les faits bizarres, les trouvailles imprévues que les faits-divers nous révèlent chaque jour et par hasard.
On vient de découvrir qu'en plein cœur de la capitale il existe une maison habitée par une cinquantaine de locataires depuis plus de vingt ans et que cet immeuble n'a ni propriétaire ni concierge. (1896)

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La maison sans maître

Tout au bout de l'avenue d'Ivry, près des fortifications, se trouve une impasse dont l'accès est si étroit, qu'aucun véhicule n'y peut pénétrer sans raser et détériorer les murailles des maisons qui la bordent ; c'est le passage d'Ivry.
Tout au fond de ce passage se dresse une maison branlante, dont l'histoire est bien extraordinaire. (1904)

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La maison puante

Par quoi le fait de n'avoir ni propriétaire, ni concierge, ni loyer à payer ne constitue pourtant pas le bonheur.
M. Navarre a entretenu hier le conseil municipal d'une maison de son quartier qui n'a ni propriétaire, ni concierge, mais qui n'est pas sans locataires, ou plutôt sans habitants. (1907)

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La Butte-aux-Cailles nouvelle butte « sacrée »

Elle pourrait bien être en passe de gagner le titre de nouvelle Butte sacrée, cette Butte-aux-Cailles, au nom plein de charme évocateur, qu'on songe à la splendeur cynégétique ou à la petite amie souriante, chantante et potelée. (1927)

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Le nouveau Paris

L'ex-commune de la Maison-Blanche, au-delà du boulevard d'Italie, est une des parties annexées qui offrent le plus de difficultés pour le nivellement, car d'un côté il s'agit de franchir les hauteurs de la Butte-aux-Cailles, et de l'autre il faut remblayer des fondrières, des carrières abandonnées... (1861)

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Les projets pour le XIIIe arrondissement

Le treizième arrondissement se compose, comme le douzième, d'une fraction de l'ancien Paris et d'une partie annexée. Cette dernière est comprise entre les anciens boulevards extérieurs, les rues de la Santé et de la Glacière, les fortifications et la Seine. La butte des Moulins, la butte aux Cailles et les bas-fonds de la Bièvre, en font une des régions les plus mouvementées de la zone suburbaine, et, par conséquent, une de celles qui présentent le plus d’obstacles à une viabilité régulière; de là, des tâtonnements et de longues études. (1863)

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Les travaux du chemin de fer de Ceinture : du pont Napoléon au tunnel de Montsouris

Les travaux du chemin de fer de Ceinture, toujours conduits avec la même activité, sont terminés sur une grande partie, du parcours, en ce qui concerne les terrassements et les ouvrages d'art ; aussi a-t-on, déjà commencé le ballastage, la pose des voies et l'édification des bâtiments de stations. (1866)

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