Le boulevard Saint-Marcel - 1858

Les futures grandes voies du 13e arrondissement

Le boulevard Saint-Marcel (et le boulevard de Port-Royal)

Le Siècle — 6 juin 1858

Le système d'ensemble des grands travaux de la ville de Paris, rive gauche, touche par des points trop nombreux aux intérêts de la population et de la propriété parisiennes pour que son étude ne soit pas, pour le Siècle, l'objet d'un sérieux examen.

Nous analyserons successivement chacune des grandes lignes appelées à ajouter à la splendeur et au bien-être de la ville, et nous allons commencer ce travail par les voies qui doivent régénérer le douzième arrondissement le plus pauvre jusqu'ici et le plus délaissé.

Indépendamment des travaux en cours d'exécution, qui ont pour objet le dégagement du revers nord de la montagne Sainte Geneviève, ces quartiers de prédilection du choléra et de la fièvre typhoïde, l'administration rattache par des lignes nouvelles les points les plus reculés de l'arrondissement à la vie et à l'activité générale.

Extrait du plan Eugène_Andriveau-Goujon-1860

Les lignes nouvelles traversent, en effet, ces quartiers du sud au nord, en les reliant au centre de la ville de l'est à l'ouest, en les ouvrant à la circulation générale dans cette direction, et en les rattachant d'une part au dixième arrondissement et, de l’autre, par le pont d'Austerlitz, à la Bastille, c'est à-dire au point où viennent converger les différentes voies publiques qui traversent les quartiers les plus industriels, de Paris.

Chacune de ces voies, touchant, soit à des établissements publics ou privés, soit à des quartiers dont la transformation était une nécessité, sera pour nous l'objet d'une étude et d'une analyse spéciale.

La plus importante par les services qu’elle est appelée à rendre, aussi bien que par les longues réclamations dont elle a été l’objet, c'est le boulevard Saint-Marcel qui, prolongeant le boulevard Montparnasse à travers tout le douzième arrondissement, vient rencontrer les anciens boulevards sur la place de l'Hôpital, à Ia hauteur du chemin de fer d’Orléans, et compléter définitivement cette ligne des boulevards parisiens qui font l'admiration des étrangers.

Voici à quels points principaux touche dans son parcours - ce nouveau boulevard Saint-Marcel, dont la première pensée, disons-le en passant, remonte à 1704.

Le tracé des futurs boulevards de Port-Royal et Saint-Marcel - Extrait d'un plan de 1858

À partir du carrefour de l'Observatoire, où il se rattache au boulevard de Sébastopol, il pénètre dans le douzième arrondissement en suivant, à très peu près, la direction du boulevard Montparnasse, dont il est ainsi le prolongement. Il rencontre l'hôpital du Midi et la Maternité, auxquels il va créer des façades en remplacement des murs ignobles qui servent de clôture à ces établissements utiles. Il coupe la rue Saint-Jacques juste au point où commence le faubourg ; traverse, en l'absorbant, le chemin des Capucins ; dégage la rue de la Santé à son extrémité, et, suivant la rue des Bourguignons en longeant le mur du Val-de-Grâce, descend par une pente douce jusqu’à la rue de Lourcine. Là, il dégage la Caserne de Lourcine, traverse la rue de ce nom, absorbe la rue Cochin tout-entière, et coupe la rue Pascal à la hauteur du théâtre Saint-Marcel, qui sera démoli.

De ce point, le plus bas de la vallée de la Bièvre, le boulevard Saint-Marcel remonte vers la rue Mouffetard, en supprimant à peu près entièrement la rue Saint-Hippolyte. À son point d'intersection avec la rue Mouffetard, qui doit elle-même devenir un boulevard de quarante mètres de largeur, sa direction, qui, jusqu'alors était restée à peu près rectiligne, se brise de manière à ce que la seconde partie du boulevard, atteignant là la moitié de son développement, s'infléchit légèrement vers le fond de la vallée.

Il traverse alors la place de la Collégiale, absorbe la rue des Francs-Bourgeois, dégage les rues Scipion, des Cornes et des Fossés-Saint-Marcel, absorbe une partie de l'ancien cimetière Sainte-Catherine, aujourd'hui l’amphithéâtre de Clamart, et, prenant en écharpe le marché aux chevaux (qui sera rétabli sur les terrains voisins, probablement sur ceux.de la Salpêtrière), il débouche sur le boulevard de l’Hôpital, entre le marché aux chevaux et la rue de Poliveau.

Pour les habitants du douzième arrondissement, la création du boulevard St-Marcel qui aura 40 mètres de largeur et sera bordé de contre-allées décorées de doubles plantations, la création de cette magnifique voie sera un véritable bienfait.

Cette ligne importante reliera entre eux les chemins de fer de l'Ouest, de Lyon et d'Orléans, et la circulation générale sera, ainsi complètement pourvue de moyens.de franchir les obstacles que le douzième arrondissement opposait à tous les intérêts qui, de l'est à l'ouest de tout le Paris méridional, ont besoin d'avoir des communications directes et faciles.

 
Menu article

Lu dans la presse...

La reconstitution des Gobelins

On sait que la reconstitution partielle des Gobelins fut entreprise, il y a près de deux ans, sous l'habile direction de MM. Formigé et Jossely.
La façade du nouveau, bâtiment est déjà en partie débarrassée, de ses échafaudages. (1913)

Lire

La passerelle de la Maison-Blanche

Tout un coin du quartier de la Maison-Blanche est en fête : dans quelques jours on inaugurera solennellement la nouvelle et légère passerelle métallique qui, passant au-dessus des voies du chemin de fer de Ceinture, à la Glacière, relie maintenant entre eux deux points jusqu'à présent fort éloignés l'un de l'autre. (1907)

Lire

Une masure s'effondre au « Camp marocain »

À deux pas de la porte d'Italie, dans un grand espace situé rue Bobillot, se trouve une succession de masures misérables qui furent habitées, il y a une vingtaine d'années, par des nomades africains, prompts à jouer du couteau. (1910)

Lire

Les quartiers pauvres

Les quartiers pauvres et populeux de Paris sont négligés ou dédaignés par l'administration, tandis que les quartiers élégants sont « embellis » à grands frais.
Cette iniquité, à laquelle personne ne songe, et dont beaucoup de citoyens ont malheureusement à souffrir, a fini par provoquer les plaintes légitimes des habitants du 13e arrondissement, c'est-à-dire du coin abandonné qui comprend la route d'Italie, les Gobelins, la Bièvre et la Butte-aux Cailles. (1869)

Lire

La catastrophe de la Cité Doré

La cité Doré, entre le boulevard de l'Hôpital et la rue Jeanne-d'Arc, refuge misérable des biffins les plus pauvres, était jusqu'à présent un coin pittoresque de reportage.
C'est maintenant le lieu d’une catastrophe douloureuse qui compte cinq morts, qui aurait pu tuer plus de personnes encore, si, par un malheureux hasard elle s'était produite, une heure plus tôt. (1925)

Lire

La cité des Kroumirs

II y a un an, les Kroumirs étalent absolument inconnus en France ; aujourd’hui, comme les Cosaques et les Bédouins, ils ont pris place dans le vocabulaire populaire. Kroumir est passé expression de mépris. La cité des Kroumirs n’est donc pas bien vielle, et son aspect n’a rien qui puisse exciter l’envie. (1882)

Lire

On reconstruit l'Hôpital de la Pitié

M. Justin Rochet, l'architecte chargé des travaux, nous explique dans quelles conditions sera construit le nouvel établissement... (1906)

Lire

M. Poincaré inaugure le nouvel hôpital de la Pitié

M. Poincaré a présidé ce matin l'inauguration du nouvel hôpital de la Pitié. (1913)

Lire

L'achèvement de la rue Jeanne d’Arc

Le Bulletin Municipal a enregistré l'expropriation, pour cause d'utilité publique, d'un certain nombre de maisons du 13° arrondissement, situées rue Jenner, boulevard de l'Hôpital, rue Esquirol, passage Crouin, place Pinel, cité Doré, avenue Constance, avenue Constant-Philippe et boulevard de la Gare. (1914)

Lire

Une promenade à l’ancienne Butte-aux-Cailles

Ce serait un petit concours à ouvrir : « Quel est le quartier de Paris, qui a le plus changé depuis quinze ans ? » Et il y a gros à parier que le quartier de la Glacière, alias de la Butte-aux-Cailles, se rangerait dans le peloton de tête. (1923)

Lire

L'oasis et le cloaque

Il y a des quartiers de Paris qui n'ont vraiment pas de chance ! Le quartier de la Gare, dans le treizième arrondissement, par exemple... (1934)

Lire

Un métier inconnu

Rue Xaintrailles, derrière l'église Jeanne d'Arc, demeure une pauvre vieille grand'maman qui nourrit sa fille et ses petites-filles de crottes de chiens cueillies à l'aube sur les avenues qui rayonnent de la place d'Italie. (1893)

Lire

Teaser 6 articles

Ailleurs sur Paris-Treizieme