Faits divers

 Le drame de la rue Albert - 1907

Le drame de la rue Albert

Après avoir joué au Diabolo un forcené fait deux victimes

Le Petit-Parisien — 12 aout 1907

Pour un motif futile, une terrible bagarre s'engage, au cours de laquelle l'ouvrier bijoutier Abrioux blesse mortellement un homme et en tue un autre qui voulait le désarmer.

La rue Albert est une voie étroite qui serpente — bordée de vieilles masures et de hautes bâtisses industrielles — entre les rues de Tolbiac et Regnault, dans le quartier de la Maison-Blanche. Elle est habitée par des ménages d'ouvriers et des petits façonniers. Durant toute la journée, de nombreux enfants y prennent leurs ébats, jetant, dans ce décor, un peu de gaité.

Là s'est déroulé, hier soir, le terrible drame que nous allons raconter.

La rue Albert serpente (en ligne droite !) — bordée de vieilles masures et de hautes bâtisses industrielles — entre les rues de Tolbiac et Regnault. (Plan de 1907)

Les mauvais voisins

Au numéro 19 de la rue Albert habitent, depuis de nombreuses années, Mme veuve Abrioux, une honnête ménagère, et son amant, exerçant la profession de cambrurier.

Mme Abrioux a un fils unique, Gaston, qui demeure avec une jeune ouvrière, Mlle Marie Blonchet, dans un hôtel, 149, avenue de Choisy.

Gaston Abrioux, âgé de dix-huit ans, travaille chez un bijoutier et gagne de bonnes journées.

Hier, après-midi, comme chaque dimanche, il vint visiter sa mère vers trois heures. Il était accompagné de sa maîtresse.

Mme veuve Abrioux, qui occupe un logement au rez-de-chaussée sur la cour, installa une table et des chaises pour recevoir ses hôtes et leur offrir des rafraîchissements. La réception était des plus gaies, lorsque des cris, des appels désespérés s'élevèrent. Ils étaient poussés par le propriétaire de la maison, M. Sanda, qui se trouvait aux prises avec un de ses voisins, M. Jules Lamet, armurier, demeurant 6, rue Albert.

La rue Albert, vue en direction de la rue de Tolbiac

Depuis longtemps les deux hommes s'en voulaient et, pour un motif futile, l'armurier avait provoqué son voisin. Gaston Abrioux quitta sa mère et se rendit sur les lieux du combat.

M. Sanda avait été terrassé par son adversaire. Celui-ci le tenait à terre et sans pitié pour son grand âge, — le propriétaire a soixante ans, — il lui écrasait la poitrine à coups de talons.

N'écoutant que son bon cœur, le jeune homme intervint et sépara les combattants. M. Jules Lamet se retira en proférant des menaces.

Le « diabolo » fatal

M. Abrioux croyait cette affaire terminée. Il ne s'en souciait déjà plus, lorsqu'un nouvel incident se produisit.

Après avoir dîné avec les siens, il jouait au « diabolo »avec sa maîtresse et des amies de celle-ci, devant la porte de la maison de sa mère.

Peu habile dans ce jeu, il lançait son diabolo tant bien que mal et n'arrivait à le rattraper que rarement. Quelques voisins, amusés, assistaient à ces essais, parmi eux se trouvait M. Jules Lamet.

À un moment donné, le « diabolo » tomba sur le pied de l'armurier. Il s'avança aussitôt vers le joueur, le provoqua

— Tout à l'heure déjà, lui dit-il, vous vous êtes mêlé de mes affaires, maintenant vous vous moquez de moi. J'en ai assez.

Bagarre mortelle

Ce disant, M. Lamet gifla le jeune homme. Une bagarre se produisit. Abrioux ne fut pas le plus fort. Terrassé, il se releva et, exhibant un revolver, fit feu dans la direction de son adversaire.

L'armurier s'affaissa. Une balle l'avait atteint à l'abdomen.

Tandis qu'on s'empressait auprès du blessé, le meurtrier, littéralement fou, brandissait son revolver et en menaçait la foule.

À ce moment, intervint M. Marquet, un charpentier, âgé de trente-deux ans, demeurant rue des Terres-au-Curé, qui buvait avec son frère dans un débit voisin.

Ayant assisté à la scène que nous venons de raconter, il n'hésita pas. Tout le monde était terrifié, lui, alla droit au forcené.

— Rends-toi, lui dit-il. Ne fais pas d’autres victimes

Un nouveau coup de revolver fut la seule réponse qu'il obtint. M. Marquet s'effondra comme une masse; la balle lui avait traversé le cœur. La mort avait été instantanée.

Enfin, des agents arrivèrent. L'ouvrier bijoutier put être arrêté et conduit devant M. Pelatan, commissaire du quartier de la Maison-Blanche.

— Je ne savais plus ce que je faisais, a-t-il déclaré au magistrat j'étais fou…

Le meurtrier est au dépôt.

Quant à M. Lamet, qui est en traitement à l'hôpital Cochin, son état parait désespéré.


A lire également

Sur la profession de cambrurier

À lire également...

Mutilé par son amie

1914

Malgré cinq ans de vie commune, Émile Daucourt, polisseur, âgé de trente ans, et sa maîtresse, Marie Pécret, une forte femme de trente-cinq ans, ne formaient pas un couple parfait.

...


Haustrate aux Assise

1907

Le 7 avril dernier, dans l'après-midi, le sous-brigadier Mariton, de service rue Nationale, voyait venir à lui un individu en proie à une violente émotion et qui lui déclara :
— Conduisez-moi au poste, car je viens de tuer un homme qui m'avait emmené dans sa chambre, 1, cité Jeanne-d'Arc.

...


Un drame place Pinel

1935

Je déclare avoir tué ma femme à coup de hache.

...


Avenue des Gobelins

Les protecteurs du Tsar

1896

Un monsieur, âgé de quarante ans, louait, hier, une chambre meublée avenue des Gobelins.

...

Saviez-vous que... ?

L'avenue de la Sœur Rosalie constitue l'embryon d'un boulevard qui devait faire pendant au boulevard de l'Hôpital et relier la Place d'Italie au boulevard de Port-Royal aux abords de la rue Saint-Jacques et du Val-de-Grace.

*
*     *

L'École Estienne est installée à son emplacement actuel depuis novembre 1889 mais n'a été inaugurée que le 1er juillet 1896 par le président de la République, M. Félix Faure.

*
*     *

Le mardi 7 aout 1923, on découvrit 5 squelettes enterrés au coin de la rue Damesme et de la rue Bourgon.

*
*     *

La première boucherie de viande de cheval a été ouverte le lundi 9 juillet 1866, boulevard d'ltalie, 3, ancienne barrière de Fontainebleau. Le prix de cette viande, qui était vendue sans os non adhérents aux morceaux (sans réjouissance), était d'environ deux tiers moins élevé que celui du bœuf.

L'image du jour

rue Nationale - Quartier de la Gare