Le Drame de la rue Auguste-Lançon

Le Drame de la rue Auguste-Lançon

Le Petit Parisien — 25 mars 1897

Une tentative d'assassinat avec préméditation a été commise hier soir, rue Auguste-Lançon, dans le quartier de la Maison Blanche. Un nommé Albert Villey, âgé de vingt-cinq ans, a lardé de coups de couteau un cordonnier, M. Charles Sander, âgé de trente-cinq ans.

C'est la vengeance qui a provoqué ce drame, dont voici les détails.

Le janvier dernier, Villey cherchait querelle à M. Sander en sortant d'un débit de la place d'Italie.

Le cordonnier, paraît-il, avait entamé une liaison avec une nommée Louise C... que Villey poursuivait depuis longtemps de ses assiduités.

La dispute dégénéra en rixe. M. Sander fut si maltraité par le jaloux que celui-ci, arrêté puis envoyé au Dépôt, était condamné, quinze jours plus tard, à deux mois de prison, pour coups et blessures volontaires.

— Je me vengerai, avait dit le gredin à plusieurs reprises, quand on l'arrêta et après sa condamnation.

Hier après-midi, on vit Villey, sorti de prison, en compagnie de plusieurs drôles de son espèce, parcourir les débits du quartier. Il ne tarda pas à être dans un état de surexcitation très accusé. Quand il quitta ses compagnons, vers sept heures, il se rendit directement rue Auguste-Lançon, où M. Sander occupe le rez-de-chaussée d'une masure construite en planches et en carreaux de plâtre. Le cordonnier se disposait à prendre son repas du soir lorsque Villey heurta violemment à la porte en s'écriant :

— C'est moi, canaille ! j'avais dis que tu ne perdrais rien pour attendre Sors donc que je te règle ton compte si tu n'es pas un lâche !

M. Sander, cela va sans dire, se garda bien de répondre à une pareille invitation.

Villey, absolument furieux, enfonça alors la porte d’un coup d'épaule et pénétra chez le cordonnier en brandissant un long couteau-poignard.

Une lutte terrible s'engagea alors entre les deux adversaires.

M. Sander, en voyant briller l'arme, tenta de saisir le bras de Villey ; tout en luttant, il cria : « Au secours ! A l'assassin ! »

Mais avant que ses cris eussent attiré les voisins, Villey le renversa il demi sur une table et lui porta sept coups de couteau qui l'atteignirent à la tête, au cou, et au-dessus des deux clavicules. L'assassin levait de nouveau le bras, quand plusieurs personnes et des gardiens de la paix firent irruption dans la masure.

Ils désarmèrent le forcené après une lutte désespérée.

M. Rémongin, commissaire de police, l'a, après interrogatoire, fait écrouer au Dépôt.

La victime, qui a refusé énergiquement d'être transportée à l'hôpital, est soignée à son domicile par le docteur Gresset, qui n’a pu se prononcer encore sur la gravité de son état.


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