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UNE ÉVOCATION DU 13e ARRONDISSEMENT DE 1860 AUX ANNÉES 30

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Le 13e dans la littérature

Littérature

LA PETITE MIETTE - 2

2

LA PETITE MIETTE

par
Eugène BONHOURE
(1889)


PREMIÈRE PARTIE


Histoire de trois enfants


1
Un père improvisé
(suite)

La nuit déjà noire et le ciel pluvieux ne laissaient apercevoir à quelques pas .de distance que des masses confuses. Cependant, sur le bord de la route, quelque chose se mouvait. C'était de là qu'étaient venus la plainte et le cri.

Le gamin de Paris n'est point facile à prendre peur. Furet, sans hésiter, marcha droit sur l'ombre mouvante et, d'une voix assurée, l'interpella :

— Qu'est-ce qui geint par là ? et qu'est-ce qu'il arrive ?

Ce fut une voix d'enfant qui répondit.

— C'est maman Coutard qui est malade et qui ne répond pas.

— Voyons voir, dit Furet. Ousqu'elle est, maman Coutard ?

— Par ici, monsieur, par ici... là... sur le tas de pierres.

— Voyons voir… on va se procurer du luminaire.

Une allumette flamba. Sur le tas de pierres, en effet, une femme était couchée, vivante encore, car ses bras s'agitaient, mais sans connaissance, car elle ne répondait pas et se laissait aller comme inerte aux caresses épouvantées de l'enfant. Près d'elle, une autre fille, un peu plus grandette, demeurait debout, immobile et comme indifférente.

— Et celle-là, dit Furet, est-ce qu'elle est malade aussi qu'elle ne bouge pas ?

— C'est sœur Julie… elle ne sait pas, Mais… vous allez nous emmener avec vous, n'est-ce pas ?

— Diable ! diable ! mais où demeurez vous donc vous autres ?

— Je sais où nous demeurions à Bordeaux ; mais ici je ne sais pas… Nous n'y sommes pas allées.

— Qu’est-ce que tu racontes là, petite ?

— C'est vrai ce que je vous dis. Mais maman Coutard, est-ce que vous pourrez la guérir ?

— Diable ! diable ! répétait Furet qui, vainement, essayait de soulever la pauvre femme et ne parvenait pas à la remettre sur son séant. Crénom ! ça n'est pas commode, tout ça.

— Oh! monsieur, ne nous laissez pas ici… j'ai peur... Sœur Julie n'a pas peur parce qu'elle ne sait pas ; mais elle a froid et puis, maman Coutard qui est malade. Emmenez-nous, je vous en prie.

— C'est clair qu'on ne peut pas les laisser là, murmurait le jeune garçon. Mais comment faire et où les conduire ?

Il réfléchit un moment; puis, prenant une résolution rapide :

— Comment t'appelles-tu, toi, petite ?

— Miette Coutard, la petite Miette.

— Eh bien ! petite Miette, n'aie pas peur. Je ne puis pas emporter ta maman Coutard sur mon dos, n'est-ce pas ? Alors, je vais chercher quelqu'un. Tu n'auras pas peur, je vais revenir.

— Je n'aurai pas peur ; mais vous reviendrez vite, au moins ?

— Oui, oui... on ne va pas muser en route, pour sûr.

Il partit au galop, descendant le boulevard, vers la Salpêtrière. Et tout courant, il marmottait :

— S'il y a quelque part qu'on puisse trouver des secours, ça doit être là… En tout cas, s'ils n'veulent pas la recevoir... eh bien ! à la gare, je trouverai toujours une roulotte... et puis… on verra. Drôle d'enfant, tout de même, cette petite… c'te pauv'mioche… ce qu'elle doit avoir peur !... C'est le cas de se dépêcher et vivement !

Cependant, au bord de la route, la femme et les deux enfants demeuraient immobiles. On entendait une respiration sifflante, oppressée, entrecoupée de soupirs heurtés. Sœur Julie, ne comprenant pas, commençait cependant à s'effrayer. La petite Miette, soulevant de toutes ses forces la tête de la mère Coutard, couvrait de baisers et de larmes cette figure contractée, ces yeux qui ne se rouvraient pas. La pauvre enfant avait la frayeur de la mort, sachant déjà ce que c'était et, avec une angoisse inexprimable, elle répétait :

— Répondez-moi, maman Coutard ! dites-moi que vous n'êtes pas morte.

La femme ne répondait toujours pas.

— Oh ! je sais bien que vous n'êtes pas morte. Quand grand-père Coutard a été mort, il était tout froid, et vous êtes toute brûlante… Mais répondez-moi donc, mère Coutard, répondez-moi !

— J'ai froid !... dit d'une voix sourde sœur Julie.

— Oh ! pourvu qu'il revienne vite, le monsieur ! soupira tout bas Miette.

Mais rien ne se montrait. La nuit épaisse, le ciel sombre mettaient une obscurité noire sur l'horizon. Quelques gouttes de pluie commençaient à tomber. Miette, à bout de forces, ne pouvait plus soutenir la tête de la malade qui, maintenant reposait sur le tas de cailloux. La pauvre enfant, un instant ranimée, se sentait accablée et prenait peur. Pourtant elle se raidissait contre l'épouvante et, seule entre la grand-mère mourante et la sœur inconsciente, elle s'efforçait à ranimer l'une et à rassurer l'autre.

— J'ai peur, disait Julie.

— Il ne faut pas avoir peur, répondit Miette… Le monsieur va revenir.

Il guérira maman Coutard et nous conduira chez nous…

— Où ça chez nous ?

— Je ne sais pas ; mais maman Coutard nous le dira quand elle sera guérie.

— J'ai froid, répétait Julie ; et elle pleurait.

— Il ne faut pas pleurer ; ça ferait de la peine à maman Coutard. Je ne veux pas que tu pleures, entends-tu ?

Elle avait pourtant elle-même les yeux bien humides et le cœur bien gros, la pauvre Miette et ce n'était pas sans peine qu'elle retenait ses sanglots.

Mais elle sentait bien que si elle venait à faiblir Julie s'affolerait et qu'elle-même, si elle s'abandonnait, allait défaillir.

Pendant ce temps, Furet, tout haletant, frappait à la porte de la Salpêtrière et s'y voyait mal reçu.

— Qu'est-ce que vous voulez, à cette heure ? avait répondu d'un ton rogue un concierge de mauvaise humeur.

— C'est pour une pauvre femme qui se meurt, sur un tas de cailloux, là-bas, au bord du boulevard.

— Eh ! bien, qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse ? Adressez-vous au poste de police, c'est à deux pas.

— Mais est-ce que ce n'est pas ici un hôpital ? Et pour les femmes, encore ?

— Et vous croyez qu'on entre à l'hôpital comme ça, tout de go ? Avez-vous un bulletin d'admission ?

— Quel bulletin ? Faut donc une permission pour mourir ?

— Le bulletin d'admission, donc. La permission d'entrer, quoi  ! Nous n'avons pas toujours de la place et il faut savoir qui on reçoit. C'est peut-être quelque rouleuse de barrière qui sera tombée là, ivre-morte.

— Non, je vous dis : C'est une femme de la campagne, avec deux enfants.

— Allons, c'est bon. Allez-vous en au poste de police. Ils iront la chercher. Je préviendrai l'interne de service, et s'il y a de la place on la recevra.

Cinq minutes après, Furet revenait au pas de course, précédant les agents de police qui portaient un brancard.

Il était temps, Miette épuisée, épouvantée, défaillait. Vainement elle appelait la malade, lui parlait à l'oreille, la touchait. La pauvre femme ne répondait pas. Sa respiration saccadée se changeait en un râle sourd. Des mouvements convulsifs agitaient ses membres. Julie, par moments, hurlait de frayeur instinctive, secouée de frissons brusques, puis se raidissait, muette, immobile. Entre cette agonie et ces convulsions, Miette accablée sa sentait mourir.

Tout à coup, un pas rapide retentit, une voix haletante cria :

— Nous voilà ! courage !

Miette se redressa, ranimée. En quelques secondes Furet arriva.

— Comment va-t-elle ? demanda-t-il.

— Je ne sais pas. Elle remue, mais elle ne répond pas.

 

Le 13e en littérature

La rue du Pot-au-Lait

Le drageoir aux épices

par
Joris-Karl Huysmans

Quelle rue étrange que cette rue du Pot-au-Lait ! déserte, étranglée, descendant par une pente rapide dans une grande voie inhabitée, aux pavés enchâssés dans la boue...

(1874)

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La gare de la Maison-Blanche

Le drame de Bicêtre

par
Eveling Rambaud et E. Piron

Honoré fit halte avenue d'Italie, devant la station du chemin de fer de Ceinture. Il sauta sur le trottoir en disant :
— Cherche, Bob, cherche !

(1894)

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La Butte-aux-Cailles

Le Trésor caché

par
Charles Derennes

Depuis toujours on habitait, mon père et moi, sur la Butte-aux-Cailles ; encore aujourd'hui, ce quartier-là n'est guère pareil à tous les autres. Mais si vous l'aviez vu du temps que je vous parle ! Des cahutes s'accrochaient à la butte comme des boutons au nez d'un galeux ; ça grouillait de gosses et de chiens, de poux et de puces...

(1907)

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La ruelle des Reculettes

La petite Miette

par
Eugène Bonhoure

— Où demeure le pharmacien? demanda Furet.
— Au coin de la rue Corvisart et de la rue Croulebarbe.
— Est-ce qu'il y a deux chemins pour y aller ?

(1889)

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Tout le 13e

Taupin

par
Séverine

À l'horizon, passé la plaine de la Glacière, vers la poterne des Peupliers, les « fortifs » verdoyaient comme une chaîne de collines.

(1909)

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Le quartier Croulebarbe

La vieillesse de Monsieur Lecoq

par
Fortuné du Boisgobey

Connaissez-vous la rue du champ de l’alouette ? Il y a bien des chances pour que vous n'en ayez jamais entendu parler, si vous habitez le quartier de la Madeleine. Mais les pauvres gens qui logent dans les parages l'Observatoire et de la Butte-aux Cailles savent parfaitement où elle est.

(1878)

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La ruelle des Reculettes

Les Monstres de Paris

par
Paul Mahalin

Le noctambule par goût ou par nécessité — comme Paris en a tant compté depuis Gérard de Nerval jusqu'à Privat d'Anglemont — qui se serait aventuré, par une nuit boréale de novembre dernier, à l'une des embouchures du passage des Reculettes, y aurait éprouvé l'impression d'un rêve persistant à travers la veille, et s'y serait cru transporté dans ce monde de la chimère et du fantôme...

(1879)

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Un Treizième à découvrir dans...

Le faiseur de momies

par
Georges Spitzmuller et Armand Le Gay
(1912)

Madame Gil-Blas

par
Paul Féval
(1856)

Coeur d'enfant

par
Charles de Vitis
(1899)

L'oeuvre du démon

par
Adolphe Favre
(1859)

De la ruelle des Reculettes au passage Moret via la ruelle des Gobelins

Il était arrivé à l'angle pointu formé par la manufacture des Gobelins où la voie bifurquait ; à droite la rue Croulebarbe continuait, à gauche c'était la ruelle des Gobelins.

La rue du Banquier

Le fiacre tournait court l'angle de la rue du Banquier.
Cela s'appelle une rue, mais c'est en réalité une manière de chemin pratiqué entre des murs de jardins. Il n'y a pas une âme en plein jour.

La Butte-aux-Cailles

— Voyons d’abord du côté de la Butte-aux-Cailles, pour tâcher de trouver un logement.
Jacques connaissait l’endroit pour y être venu avec Fifine, une fois ou deux, du temps qu’il vivait chez ses parents.
C’était un quartier misérable situé à proximité de la place et du boulevard d’Italie ; on y arrivait par la rue du Moulin-des-Prés.

L'entrée de la Bièvre dans Paris en 1859

Effectivement, le lendemain de la mort du marguiller, la police retirait un cadavre de la Bièvre, au point où elle entre à Paris ; ce cadavre, c’était celui d’Armand Lambert...


Les Chifffonniers de Paris

par
Turpin de Sansay
(1861)


La fille du fusillé

par
Paul Samy
(1924)


Causerie d'un camarade

par
Jean Loyseau
(1862)


Les Baisers rouges

par
Montfermeil
(1900)

La Barrière des Deux-Moulins

En suivant les rues Saint-Victor, du Marché-aux-Chevaux et de Campo-Formio, on arrivait à la barrière des Deux-Moulins, située de l'autre côté du boulevard extérieur.

La rue de la Vistule

Huit heures du soir sonnaient à l’horloge de l’hôpital Marie-Lannelongue, située à l’angle de la rue de Tolbiac et de l’avenue d’Ivry, quand une automobile, arrivant par l’avenue d’Italie, tourna dans la rue de la Vistule et s’arrêta devant une petite grille terminant un mur, derrière lequel s’élevait une maisonnette.

La Barrière des Deux-Moulins

Allez un dimanche, ou , même , un lundi soir , du côté de l'ancienne barrière des Deux-Moulins : regardez, respirez et écoutez, si vous en êtes capables , tout ce qui frappe à la porte de vos cinq sens : votre odorat percevra je ne sais quelle odeur nauséabonde et méphitique, dans laquelle se mêlent indistinctement la fumée de tabac ; les exhalaisons du cabaret, qui forment , à elles seules, tout un arsenal d'infection...

Le boulevard Saint-Marcel

A travers Paris jusqu'à la rue Coypel...

Saviez-vous que... ?

En janvier 1904, la Préfecture de police interdisait à la « Goulue » (Mme Louise Weber épouse Droxeler), dont la ménagerie était installée boulevard Kellermann, de continuer ses exercices, tant qu'elle n'aurait pas procédé aux réparations qui lui avaient été prescrites. La sécurité des cages n'était pas, paraît-il, suffisante.

*
*     *

En 1863, un marché aux chiens se tenait tous les dimanches sur l'emplacement du marché aux chevaux du boulevard de l'hôpital. Il y avait peu de choix, parait-il.

*
*     *

Avant de recevoir le nom de Paul Verlaine en 1905, la place Paul Verlaine était tout simplement appelée place du puits artésien.

*
*     *

En janvier 1910, c'est Mlle Rose Boyer, une délicieuse blonde de vingt et un ans, qui exerçait la délicate profession de brodeuse, et qui demeurait 12, rue de l'Espérance ainsi que le précisait Le Journal, qui fut élue Reine du 13e arrondissement par l'Association artistique dudit arrondissement, affiliée au comité des fêtes de Paris, et ce, au théâtre des Gobelins.

L'image du jour

L'image du jour
Une crue de la Seine, quai de la Gare, en janvier 1920

La vue est orientée vers l'aval. On distingue le viaduc du métro du pont de Bercy.

© paris-treizieme.fr pour la transcription du texte

HISTOIRE DES QUARTIERS

  • La Salpêtrière
  • La Gare
  • Maison Blanche
  • Croulebarbe

ACCES PAR NOM

  • Nomenclature des rues
  • Liste des auteurs

LES DRAMES DU 13e

  • Le drame de la rue Albert
  • Le drame de la rue de l'Espérance
  • Le drame de la rue Vandrezanne
  • Le drame du quartier de la Gare
  • Un drame du terme
  • Tous les drames...

LE TREIZIÈME AVANT LE 13e

  • Le Petit-Gentilly (1820)
  • De la difficulté d’être le treizième arrondissement
  • La bergère d'Ivry (1827)
  • L'abattoir de Villejuif (1812)
  • Sommaire complet

LE TREIZIÈME EN 1860

  • Notice administrative, historique et municipale sur le XIIIe Arrondissement par Ph. Doré fils

ACCÈS THÉMATIQUES

  • L'aménagement du 13e
  • Les grandes voies du 13e
  • La petite ceinture dans le 13e
  • Le Métropolitain dans le 13e
  • Les tramways dans le 13e
  • La gare d'Austerlitz
  • Le puits artésien de la Butte-aux-Cailles
  • La place d'Italie
  • La cité Doré
  • La cité Jeanne d'Arc
  • Le passage Moret
  • L'asile Nicolas-Flamel
  • Les hôpitaux de la Pitié et de la Salpêtrière
  • Les fouilles archéologiques dans le 13e
  • Le Siège de Paris (1870-71)
  • Le 13e sous la Commune
  • La catastrophe de la rue de Tolbiac (20 oct. 1915)
  • Le jardin des Gobelins
  • La manufacture des Gobelins
  • La "Folie Neubourg"
  • Le marché aux chevaux
  • Les grandes eaux du boulevard Kellermann
  • Ateliers, fabriques et petits métiers du XIIIe
  • Chiffons et chiffonniers
  • Bals de Paris, bals de barrière, cabarets, bouges et assommoirs
  • L'épidémie de la Maison-Blanche (1890)
  • Les étrangleurs des Gobelins
  • Sur les communes limitrophes
  • La zone dans le 13e

VIDÉOS

  • Auguste Lançon et le 13e
  • Marville, la rue de Tolbiac
  • Quai de la Gare, janvier 1910
  • La place Nationale
  • Le marché aux chevaux

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Les feuilletons de paris-treizieme.fr

  • Assassins !!!
  • Le cadavre de la Maison-Blanche

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