L'oie à lunettes - 1915

L'oie à lunettes.

Le Matin — 1er juin 1915

Le chant des coqs et le gloussement des poules, parqués dans un terrain vague de la rue Brillat-Savarin, avaient attiré l'attention du chiffonnier Jean Pitallier, âgé de cinquante-sept ans, et de la chiffonnière Emma Truffier, un peu plus jeune.

Comme la clôture en planches qu'ils longeaient tous les jours, à l'aube, les empêchait de juger de l’importance de la basse-cour, ils décidèrent d'y pénétrer la nuit dernière. Pitallier, quelque peu myope, ajusta son lorgnon et sa campagne assujettit ses jupons. Puis, l'un aidant l'autre, ils pratiquèrent l'escalade.

Le couple avait déjà fait main basse sur trois poules et un lapin quand le propriétaire du terrain, M Grimaud, survint, accompagné de son fils. À ce moment précis, une oie, effarouchée, sauta à la figure du chiffonnier et d'un violent coup d'aile fit tomber son binocle.

— Ah ! flûte, s'écria l'homme, nous sommes fichues. Emma, défendons-nous !

Ils s'emparèrent alors de nombreuses pierres mises en tas et, un peu au hasard, ils les lancèrent sur ceux qui venaient les surprendre. M. Grimaud, blessé à l'œil, poussa des cris, pendant que son fils, atteint dans le dos, demandait du secours. Des agents cyclistes survinrent fort à propos et les chapardeurs nocturnes furent conduits devant M. Dalanglade, commissaire de police du quartier de la Maison-Blanche. De là ils prirent le chemin du Dépôt sous l'inculpation de vol à l'aide d'escalade et de coups et blessures.


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