Faits divers

 La Jalousie d'un Vieillard - 1904

La Jalousie d'un Vieillard

Le Petit Parisien — 25 juin 1904

Le Drame de la rue Abel-Hovelacque. — Le Roman du Journalier et de la Marchande « de Frites ». — Tentative de Meurtre et de Suicide.

Le drame qui s'est déroulé hier matin dans le quartier des Gobelins doit être classé dans la catégorie des crimes passionnels. Et pourtant le héros de cette aventure sanglante, Paul Perrotel, compte près de soixante printemps. Ce n'en est pas moins la jalousie qui l'a poussé au suicide, après avoir tenté de tuer, à coups de canne à épée, Mme veuve Fléchel, âgée de cinquante-cinq ans, sous le prétexte fallacieux qu'elle se refusait à reprendre la vie commune.

Les Amours du Père Paul

Depuis plusieurs années, Mme veuve Fléchel est établie dans une échoppe de la rue de Tolbiac, où elle vend des pommes de terre frites.

Au nombre de ses clients, la commerçante comptait un journalier, connu dans tout le quartier sous le sobriquet du père Paul, en réalité Paul Perrotel, âgé de cinquante-huit ans, demeurant 26, rue Bourgon. Malgré son âge, le journalier se plaisait beaucoup en la compagnie de la marchande de frites, à laquelle il aimait à déclarer que jamais il n'avait vu de femme aussi jolie qu’elle.

Il y a deux ans, cet amoureux à cheveux blancs, fit une déclaration en règle :

— Associons-nous, dit-il à Mme veuve Fléchel. Je gagne de bonnes journées, votre petit commerce ne va pas trop mal ce serait le bonheur parfait…

La marchande de frites accepta l'offre du vieux journalier.

C'était une faute, car après six mois de vie commune, elle regretta amèrement d'avoir lié son existence à celle de Paul Perrotel.

Le journalier, d'humeur charmante quand il n'avait pas bu, devenait terrible lorsqu'il s'était un peu trop attardé dans les débits de vin du quartier.

Si sa compagne se permettait alors de lui adresser une observation, il se ruait sur elle et la rouait de coups.

Son vin cuvé, il redevenait aimable et sollicitait son pardon.

Un beau matin, pourtant, lasse d'être sans cesse battue, la veuve Fléchel quitta le logis commun avec l'intention bien arrêtée de n'y plus remettre les pieds et elle se réfugia chez sa sœur, qui habite 26, avenue des Gobelins.

Lorsque le père Paul eut connaissance de cette fuite, il entra dans une colère folle.

— Je te donne quinze jours pour réfléchir, dit-il à la veuve Fléchel si, d'ici là, tu n'es pas revenue rue Bourgon, je te tords le cou comme à un simple poulet.

Pas plus dans quinze jours que dans quinze ans, lui fut-il répondu.

— Je sais alors ce qui me reste faire, s'exclama le vieil amoureux en esquissant un geste de menace.

Trois mois s'écoulèrent.

De temps en temps, le père Paul revenait bien à la charge :

— Est-ce oui ? Est-ce non ? demandait-il.

— C'est non.

— Tout ça te portera malheur ! concluait-il. Aussi, connaissant le tempérament violent du vieillard, la veuve Fléchel se tenait, elle, sur ses gardes et ne rentrait jamais tard le soir chez sa sœur.

Méfiez-vous du vieux !

Hier matin, à sept heures et demie, la marchande de frites se rendait à son échoppe de la rue de Tolbiac, lorsque, rue Abel Hovelacque, elle rencontra une de ses amies :

— Méfiez-vous du vieux, je viens de le voir tout à l'heure, il m'a dit qu'il allait vous saigner.

L'avis était bon. Paul Perrotel, en effet, avait décidé de tuer son ancienne compagne.

Armé d'une canne à épée, il s'était dissimulé sous une porte à l'entrée de la ruelle des Reculettes, une petite voie qui traverse la rue Abel-Hovelacque, et là, attendait. À peine la malheureuse femme avait-elle dépassé la cachette du père Paul que celui-ci surgissait derrière elle et, d'un geste violent, lui enfonçait dans le dos sa canne à épée.

Le lieu du drame à la sortie de la ruelle des Reculettes sur la rue Abel Hovelacque

Puis, croyant avoir tué sa victime, il sortait un rasoir de sa poche et tentait de se couper la gorge. L'arme ne fit qu'une horrible entaille d'où le sang gicla à flots. La marchande de frites était allée en courant, malgré sa blessure, se réfugier dans un débit de vin voisin. Ce fut là seulement qu'on put arracher l'arme, restée plantée dans le dos.

Le meurtrier et sa victime furent transportés aussitôt il l'hôpital Cochin, où l'on reconnut que l'état de Paul Perrotel était des plus graves.

Le vieillard a pu néanmoins répondre à l'interrogatoire de M. Yendt, commissaire de police.

Il a déclaré qu'il regrettait de n'avoir pas tué sa maîtresse.

Quant à la veuve Fléchel, on espère qu'elle sera sur pied dans quelques jours, aucun organe essentiel n'ayant été atteint.


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Saviez-vous que... ?

L'École Estienne est installée à son emplacement actuel depuis novembre 1889 mais n'a été inaugurée que le 1er juillet 1896 par le président de la République, M. Félix Faure.

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En 1879, les écoles chrétiennes de la rue du Moulin des Prés, de la rue Jeanne d'Arc et du boulevard de l'hôpital furent laïcisées à la suite de la décision du conseil municipal. Elles furent remplacées par les écoles libres des 61 rue Dunois, 93 avenue de Choisy et 43 rue Corvisart. Une école chértienne tenue par des soeurs fut laicisée et remplacée par une école libre située 35 rue Jenner.

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Dans la nuit du 5 avril 1579, la Bièvre provoqua de si graves dévastations que le peuple appela cette inondation le « déluge de saint Marcel ».

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Le 13 aout 1902, le cheval attelé à une voiture appartenant à M. Nisson, nourrisseur 3, rue Bourgon, était renversé par le courant électrique rue de Tolbiac, en posant le pied sur un des plots de la ligne de tramways Montreuil-Boulogne.
La commotion fut si forte que cheval et voiture ont été projetés à cinq ou six mètres plus loin.
L’animal, heureusement, en avait été quitte pour quelques brûlures aux jambes et au poitrail, mais il n’en avait pas été de même pour la voiture chargée de bouteilles et de bidons de lait qui se s’étaient répandus sur la chaussée, à la grande satisfaction des chiens du quartier qui s’en étaient payé une tasse à bon compte.

L'image du jour

Percement de l'avenue des Gobelins (1868)

La vue est prise de la place d'Italie dont on abaisse le niveau de près de deux mètres pour la pente de la nouvelle avenue soit moins forte. La construction métallique à droite, c'est le marché couvert des Gobelins. Il fonctionnera jusqu'à la fin du siècle avant d'être remplacé par le marché Blanqui. Avec l'ouverture de la rue Primatice, le marché couvert sera coupé en deux. La partie côté Gobelins sera démolie ; la partie côté boulevard de l'Hôpital subsistera jusqu'aux années 1970.  ♦