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La vue est orientée vers l'aval. On distingue le viaduc du métro du pont de Bercy.
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UNE ÉVOCATION DU 13e ARRONDISSEMENT DE 1860 AUX ANNÉES 30

Faits divers
Tout semble indiquer que c'est celui du petit Lepape, disparu, avec sa mère, depuis le mardi gras. — Celle-ci, neurasthénique, avait annoncé, ce jour-là, qu'elle allait se jeter à l'eau.
M. Jean Fatigué, un gars de vingt-quatre ans, lavait à grande eau, hier matin, le pont de la Louise, une longue péniche noire qui, depuis quelques jours, est amarrée au quai d'Austerlitz, non loin du pont de Bercy. Machinalement, ses yeux s'étant portés sur le milieu du fleuve, il aperçut une masse informe, quelque chose comme un gros paquet, qui descendait rapidement le fil de l'eau.
Prendre une gaffe, sauter dans un bachot fut pour lui l'affaire d'un instant. Alors, il reconnut un cadavre et le harponna. Quand il fut tout près, il saisit une petite main qui s'offrait, et tira. Horreur La main se détacha du bras et resta dans la sienne. Il la lâcha. Quand il voulut la rattraper, il était trop tard. Le courant l'avait emportée.
Le corps fut déposé sur la berge. Des maçons qui travaillent en ce moment à la réfection du quai, prêtèrent des sacs de plâtre pour le recouvrir et un agent courut, passage Ricaut, prévenir M. Lompré, commissaire du quartier.
Le noyé était un garçonnet d'une dizaine d'années environ à en juger par l'état de décomposition dans lequel il se trouvait, il avait dû séjourner dans l'eau assez longtemps.,
De la tête, seuls les cheveux noirs restaient intacts. Le reste était méconnaissable et ne présentait plus qu'une boule de chair verdâtre où la bouche, le nez, les yeux, se confondraient dans une bouffissure difforme. Un limon fangeux et épais faisait un masque à ce visage défiguré que coiffait, enfoncé jusqu'à la nuque, un béret de grosse laine bleue.
En plus du cache-nez noir qui protégeait son cou et couvrait en partie ses épaules, l'enfant portait sur sa chemise de grosse toile un maillot de laine grise paraissant avoir été tricoté à la main, et deux blousettes de velours à côtes, l'une rouge grenat, l'autre très usagée et de couleur indéfinissable. Une culotte en cheviote noire, des bas de même nuance et des souliers à lacets complétaient son costume. Ces effets ne portaient aucune marque apparente, ne contenaient aucun papier permettant d'identifier ce petit malheureux.
M. Lompré constata que le petit cadavre ne portait aucune trace de violence. Après l'avoir envoyé à la Morgue, il commença son enquête.
Ses premières recherches lui firent retrouver une déclaration de disparition, enregistrée le 1er mars dernier, et émanant de M. Lepape, ouvrier cordonnier, habitant, 28, rue du Moulin-de-la-Pointe.
La veille, entre huit et dix heures du soir, la femme de ce malheureux, Mme Alicia-Marie Lepape avait quitté le domicile conjugal, emmenant avec elle son fils Romuald, un joli bambin de six ans. En partant, elle avait annoncé à des voisins son projet d'aller se jeter à l'eau, mais ceux-ci avaient cru qu'elle plaisantait.
Rien, cependant, n'était plus vrai, puisque, un mois plus tard, on avait repêché son cadavre au quai d'Auteuil. Mais il avait été impossible de retrouver la trace de son petit. Sans aucun doute, elle s'était suicidée avec lui. Or, le signalement de celui-ci correspondait, point pour point, avec celui de l'enfant repêché au pont de Bercy, M. Lompré envoya un de ses inspecteurs au domicile de M. Lepape. L'ouvrier était absent. Ce ne fut que dans la soirée qu'il se présenta au commissariat. Il était trop tard pour qu'il se rendit à la morgue afin d'être mis en présence du noyé.
Mais, dès qu'il eut pris connaissance des renseignements que lui communiqua le magistrat, M. Lepape n'eut aucun doute.
— Mon fils était vêtu -de même, dit-il.
C'est assurément lui qu'a trouvé M. Jean Fatigué.
Non loin de la porte de Bicêtre s'étend la rue du Moulin-de-la-Pointe, bordée de maisonnettes entourées de jardinets. C'est dans l'une d'elles que nous avons rencontré le père du petit Romuald. M. Lepape y occupe depuis cinq ans un petit logement en rez-de-chaussée. C'est- un excellent ouvrier. Il travaille chez le même patron, dans le quartier Croulebarbe, depuis onze ans.
Originaire de Nantes, il épousa, à Gentilly, en une de ses compatriotes, Alicia--Marie Le Pollen, née à Rennes en 1883. Le petit Romuald naquit de leur union, le 20 avril 1906.
— Nous étions parfaitement heureux, nous dit M. Lepape j'adorais ma femme et mon petit, et je gagnais largement notre vie, lorsque, au commencement de cette année, à la suite d'une courte maladie, ma jeune compagne devint neurasthénique.
Je l'obligeai à cesser de travailler de son état de fleuriste, le médecin ayant prescrit d'éviter tout surmenage, et je fis admettre notre petit garçon à l'école maternelle de la rue de Tolbiac.
L'enfant devenait de plus en plus fort, de plus en plus amusant, au contact des gamins de son âge son intelligence s'éveillait ; c'était un délicieux bambin.
Quant à ma femme, son mal allait s'aggravant; son pauvre cerveau était hanté d'idées fixes, Je fis tout pour la distraire un peu. Ce fut en pure perte. Le 28 février, c'était le jour du mardi gras, nous dînâmes gaiement Alicia avait préparé des beignets, elle semblait aller mieux.
Après le repas, comme je me disposais à sortir pour me rendre chez un de mes clients, elle me sembla contrariée. Tu, nous quittes, me dit-elle. Eh ! bien je vais faire un tour, moi aussi, et j'emmène le petit…
— Oh oui, maman, s'écria le gamin, c'est cela : sortons, allons voir les déguisés.
Sans inquiétude je partis. A onze heures, lorsque je rentrai, je ne trouvai ni ma femme, ni mon enfant.
Je passai la nuit à les attendre. Le lendemain, je me rendis chez ma belle-sœur, puis chez tous nos amis : personne n'avait vu ni ma femme ni mon fils. C'est alors que je fis ma déclaration de disparition. Vous savez le reste.

Nous avons vu, d'autre part, M. Jean Fatigué qui effectua le repêchage.
— En approchant du cadavre, nous a-t-il dit, j'ai remarqué que le buste et les jambes seulement flottaient à la surface de l'eau. La tête était enfoncée et paraissait maintenue en arrière par un poids lourd.
Au moment où j'ai soulevé le corps pour l'étendre dans mon bachot, j'ai cru distinguer comme un cercle de fer ou un laiton de cuivre qui se détachait du cou.
— Je n'ai eu qu'une vision très rapide de ce singulier collier, car il a coulé aussitôt, entraîné par un objet noirâtre, quelque chose comme un paquet qui y était attaché et que je n'ai fait qu'entrevoir.
M. Fatigué n'a pas été très affirmatif. Il n'a eu qu'une impression. Le médecin nous dira, avant peu, si elle a été bonne ou mauvaise.
A lire également : la version du Figaro de ce même fait-divers :
Le marinier Jean Fatigué, de la péniche Louise, a retiré de la Seine, au quai d'Austerlitz, hier matin, à dix heures, le cadavre d'un garçonnet de cinq à six ans qui avait séjourné plusieurs jours dans l'eau. Il avait la tête complètement enveloppée dans un fichu de laine- noire, attaché derrière le cou.
Une enquête, immédiatement ouverte, a permis de découvrir quel était cet enfant.
En février dernier, une dame Lepape, âgée de vingt-huit ans, fleuriste, disparaissait avec son fils, le jeune Romuald. On crut à une fugue. Mais un mois après le corps de la jeune femme était repêché près d'Auteuil. Le costume que portait l'enfant lors du départ de la mère étant le même que celui du petit repêché hier, il parait certain que ce cadavre est celui du jeune Romuald Lepape, que sa mère a noyé en même temps qu'elle.
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Le mardi 7 aout 1923, on découvrit 5 squelettes enterrés au coin de la rue Damesme et de la rue Bourgon.
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Ce macabre accident, ajoutait la Justice, a suscité, parmi la foule des promeneurs, une pénible émotion.
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