Les postes de pompes à vapeur
Le poste de la rue Jeanne-d’Arc (suite)
Les pompes à vapeur
Le plan de défense adopté ne comporte que deux pompes à vapeur du modèle n°1. Une pour le poste central de l'état-major, l'autre pour celui de l'avenue Parmentier, qui doit protéger le XIe arrondissement où les incendies sont les plus graves et les plus nombreux.

Les pompes n°1, montées par deux hommes, pèsent trois mille kilogrammes et débitent de quinze à dix-huit cents litres d'eau à la minute.
Les pompes n°2, dans les mêmes conditions, pèsent environ deux mille kilogrammes et débitent de mille à douze cents litres. Ces dernières sont du même modèle que les pompes n°1, commandées après l'Exposition de 1878. Ces pompes ne sont pas seulement plus petites, plus légères, et par conséquent plus maniables, mais elles ont encore subi de très grandes modifications de détails. La chaudière a été disposée de manière à être en communication permanente avec un réchauffoir placé dans le sous-sol. Elle est entourée d'une enveloppe isolante, sa partie supérieure a été débarrassée de tous les coffrets qui encombrent les pompes nº 1, et les accessoires contenus dans ces coffrets ont été relégués sur le grand dévidoir, préalablement allégé d'une partie de la réserve de tuyaux. Mais l'innovation capitale est l'annexion d'un appareil à retour d'eau, combiné avec les nouveaux orifices à réduction.
Avant l'adoption de ces appareils, le colonel interdisait rigoureusement à son personnel l'emploi de la pompe à vapeur dans les feux d'appartements, sauf dans les cas, si rares, d'embrasement général ; car, une fois l'incendie éteint, et le jet de la lance devenu inutile, il fallait parcourir la distance de deux, trois, et même quatre cents mètres pour prévenir le mécanicien d'obturer la vanne ; or, pendant tout le temps nécessaire à cette course, l'eau, jaillissant avec abondance et impétuosité, inondait inutilement l'immeuble où le feu s'était déclaré, de sorte qu'on pouvait dire, sans paradoxe, que l'eau faisait plus de mal que le feu.
L'emploi des orifices à réduction permettant de modérer à volonté, et même de supprimer le jet, pare à cet inconvénient, mais on conçoit qu'une fois l'orifice de la lance rétréci, ou fermé, et le foyer de la pompe continuant à fonctionner, l'eau, incessamment refoulée, et ne trouvant plus d'issue, devait fatalement faire éclater les tuyaux ou le récipient, si, par hasard, le mécanicien avait perdu de vue , ne fût-ce qu'un instant, son manomètre.
L'appareil à retour d'eau écarte cette éventualité. Lorsque l'orifice est fermé, l'eau qui sort du récipient, ne pouvant plus s'engager dans les tuyaux déjà remplis d'eau comprimée, retourne, par cet appareil, vers l'orifice d'aspiration, et circule ainsi jusqu'à ce qu'une issue lui soit ouverte de nouveau, ou que le mécanicien supprime la pression.
Enfin, une autre idée qui, pour être moins scientifique, n’en est pas moins ingénieuse, consiste à avoir fait placer à droite et à gauche du siège du sapeur-cocher deux bobines portant chacune vingt mètres de tuyaux et deux lances placées en croix sous le même siège. En outre, on a dû prévoir que lorsque les bouches d’incendie dont l’établissement est décidé, seraient placées, dans Paris, à cent mètres les unes des autres, il arriverait fréquemment que le feu se déclarerait dans un rayon de quelques mètres autour d’elles, et qu’il pourrait se faire encore que le dévidoir retardé par un accident quelconque, n’arrivât pas aussi vite que la pompe sur le lieu du sinistre. Celle-ci, alors, se trouverait désarmée. L’innovation des bobines a pour avantage de remédier à ce nouvel inconvénient.
Les sapeurs amenés par la pompe n’ont plus à se préoccuper du dévidoir. Les tuyaux des deux bobines sont déployés en même temps qu’on place l’aspirai, et le feu est attaqué instantanément, par deux lances, s’il est à vingt mètres; par une seule, en plaçant les deux garnitures bout à bout, s’il est à quarante mètres.
Dans un autre ordre d’idées, le commandant a fait placer à l’arrière de chaque pompe et sur la chaudière, un écusson en fonte émaillée, portant les armes de la ville, et au-dessus le nom de la pompe. Ce nom est celui d’un savant s’étant illustré par ses travaux sur la vapeur d’eau et sur la mécanique.
Les deux pompes n°1 ont reçu les noms d’Arago et de Franklin; les huit pompes n°2, ceux de Denis Papin, Salomon de Caus, Gay-Lussac, général Morin, colonel Cugnot, Sauvage, colonel Paulin et Belgrand.
Ce dernier nom est celui de la pompe du poste qui nous occupe.
Les échelles de combat.

L’échelle de combat est destinée à élever rapidement à hauteur des différents étages d’un bâtiment embrasé qu'on ne pourrait aborder de l’intérieur, une plate-forme, sur laquelle deux caporaux, tenant une lance de pompe à vapeur, pourraient, par les fenêtres, attaquer le feu à bout portant, sur son plan, et procéder s’il y avait lieu, au sauvetage des personnes au moyen du sac, comme l’indique le dessin.
Le système de l’échelle de combat, dont le modèle adopté doit subir encore plusieurs modifications de détails, a nécessité de nombreuses études.
Jusqu’à ce jour, le matériel du corps ne comprenait que deux systèmes d’échelles réglementaires : l’échelle à crochets, qui accompagne la pompe à bras ; et l’échelle à coulisses, qui suit le chariot d’incendie. L’échelle à crochets permet au sapeur d’arriver en une minute vingt-cinq secondes au faîte de la plus haute maison de Paris ; l’échelle à coulisses sert à gagner le chapiteau des murs de séparation auquel ne peut atteindre l’échelle à crochets.
Mais Paris compte de nombreux bâtiments de style monumental, surtout dans les constructions nouvelles, dont l’élévation exceptionnelle des étages, et la forme des baies, ne permet que difficilement l’usage de l’échelle à crochets. Il est vrai que les escaliers et les dégagements de ces immeubles sont généralement très larges ; il n’en reste pas moins admissible, qu’accidentellement, une ou plusieurs personnes pourraient se trouver cernées dans les combles. Ce fait ne se produisit-il qu’une fois en dix ans, il y avait lieu de s’en préoccuper. De plus, il est reconnu depuis longtemps, que le jet d’une lance, dirigé de haut en bas, est incomparablement plus efficace que celui qui est projeté de bas en haut.
De là la nécessité de trouver le moyen d’attaquer le sinistre d’un poste artificiel, c’est-à-dire aérien et l’utilité démontrée de l’échelle de combat.
Mais ici, nous touchons à une des questions les plus complexes de la nouvelle organisation des secours.
Il en est un peu des échelles comme des extincteurs ; on ne se doute guère du nombre d’inventions soumises à l’état-major du corps, et souvent accompagnées de recommandations presque comminatoires. D’autre part, les terribles accidents survenus aux Etats-Unis lors des expériences faites à l’aide de l’échelle de combat, imposaient à la commission d’examen d’apporter la plus sévère attention à la solidité de l’engin proposé. Car, sans parler de l’existence des sapeurs, il est inutile d’arracher des gens aux flammes pour les laisser ensuite se broyer sur le pavé, comme le fait s’est produit chez les Américains.
La stabilité d’une échelle qui doit porter, à son extrémité non appuyée, le poids de deux ou trois personnes, plus celui de la colonne d’eau montant à la lance, exige un pied d’un volume et d’une pesanteur considérables. Premier obstacle, car le passage dans beaucoup de rues et l'entrée dans les cours intérieures des maisons devenaient impossibles, dans ces conditions.
Les personnes qui réclament sur tous les tons l’adoption d’échelles de sauvetage du système américain n’ont pas l'air de se douter que les villes des Etats-Unis ne ressemblent en rien aux villes françaises. Dans ce pays les rues sont neuves et bâties géométriquement. Se coupant à angles droits, elles ont une largeur qui dépasse celle de nos plus belles voies. Les voitures échelles y circulent donc avec une facilité qu’elles ne sauraient rencontrer à Paris, et cependant, les accidents y sont encore très fréquents.
Quant au poids, il a pour première conséquence d’exclure la traction à bras et de nécessiter les attelages. Or, du moment qu’il s’agit du sauvetage des personnes le temps est autrement précieux que lorsqu'il est question de dégâts matériels. Ajoutons que dans les conditions requises, les échelles devraient arriver avant les pompes, pour être utilement employées. Autant de questions compliquant le problème.
Pourtant en 1868, une commission d’officiers des sapeurs-pompiers avait été chargée d’étudier l’échelle Porto, et après différentes expériences cinq de ces échelles furent achetées en 1870. Elles coûtèrent 4,000 fr. pièce. Aucune d’elles n’a jamais servi ! Nécessitant, rendues à pied d’œuvre un espace libre de trente-cinq mètres et pour être montées un minimum de treize minutes, elles ont été successivemnt réformées.
On essaya ensuite l’échelle Smitter, qui semblait très ingénieuse, et coûtait 5,000 fr. Le marché ne fut pas conclu.
Enfin, dernièrement, la commission municipale s’est décidée pour l’échelle inventée par un sous-officier des sapeurs-pompiers d’Elbeuf, laquelle réunit, paraît-il, les principales conditions exigibles. Les sommes nécessaires à l’acquisition de ce nouvel instrument ont été votées. C’est l’échelle de ce système que représente notre dessin.







La Société des logements économiques pour familles nombreuses inaugurait, en novembre 1911, cet immeuble situé 14-16, boulevard Kellermann, face à la porte de Bicêtre qui comportait, selon le Gil Blas, cent sept logements occupés par 824 personnes dont 585 enfants.