Dans la presse...

 La Fondation Singer-Polignac - 1911

Un Problème social

La Fondation Singer-Polignac

Le Figaro — 16 juin 1911

La fondation Singer-Polignac est une maison ouvrière qui sera inaugurée ce matin, en tout petit comité, sous la présidence du comte d'Haussonville. La maison a été construite en un an. Il ya trois mois, une bande de calicot tendue sur la façade annonçait que soixante-quatre logements étaient à louer dans cet immeuble. Deux cent quatre-vingt-dix-sept postulants se présentèrent.

Il y a donc actuellement, au quartier de la Maison-Blanche, deux cent trente-trois ménages en quête d'un logis neuf, et tout prêts à devenir les clients du propriétaire avisé qui viendra construire d'autres maisons ouvrières, autour et sur le modèle de celle-ci.

Le 72 rue de la Colonie vu de la cour intérieure. Au loin,vers la Butte aux Cailles, l'Eglise Sainte-Anne de la Maison-Blanche

J'appelle ce propriétaire futur une personne avisée; je ne l'appelle pas une personne bienfaisante, ou généreuse. Car il ne saurait être, en cette affaire, question de philanthropie. Et c'est là l'originalité de la fondation nouvelle, et ce qui doit la recommander tout particulièrement à notre attention.

La clientèle ouvrière, malgré le bas prix du loyer, jouira d'un confort et de commodités inconnus dans la plupart des quartiers de l'intérieur

En faisant construire sur un des terrains vagues de la rue de la Colonie un immeuble confortable, aménagé suivant les plus récentes règles de l'hygiène, et du plus élégant aspect; en y installant de modestes ménages dont plusieurs sont chargés d'enfants en fixant à quatre cent dix francs le loyer le plus élevé de ces logements dont plusieurs sont loués deux cent vingt francs (le prix le plus bas) et composent cependant de petits logis propres, très aérés, commodes et complets, la princesse Edmond de Polignac n'a pas le moins du monde — elle le dit, et elle y insiste — entendu faire œuvre de charité. Elle a voulu au contraire — et combien cela est plus intéressant ! — prouver que de telles entreprises sont des « placements » possibles, et qu'un capital peut, actuellement, trouver une rémunération honorable dans la construction de maisons où cependant la clientèle ouvrière, malgré le bas prix du loyer, jouira d'un confort et de commodités inconnus dans la plupart des quartiers de l'intérieur.

À l'acquisition du terrain que couvre la propriété tout entière, et aux frais de constructions, la princesse de Polignac a consacré un capital de 600,000 francs. Le produit des loyers, diminué des charges et des frais d'entretien, sera de 18,000 francs. C'est un placement à trois pour cent, et qui ne comporte aucun aléa. L'empressement que manifesta la population du quartier, dès que s'offrirent à elle ces jolis logements neufs, marque à quel besoin une telle initiative  répond, et de combien l'offre est ici dépassée par la demande. Il y a, à Paris, toute une population de travailleurs honnêtes, et solvables, qui ne rêvent que de fuir les taudis où ils s'entassent, et de se reposer, la journée finie dans un peu d'air respirable et de confort. Les capitalistes qui aideront à cette œuvre de libération physiologique et morale auront fait une bonne action qui ne sera pas une mauvaise affaire ; — qui ne sera pas une aumône, en tout cas.

Et il me semble qu'ils ne sauraient choisir un modèle à la fois plus agréable et plus intéressant que celui-ci. La maison de la rue de la Colonie est le type de l'habitation ouvrière à propager, Elle a été édifiée par un jeune architecte de grand talent, M. Georges Vaudoyer, qui s'est spécialisé en ce genre de constructions, et y apporte, outre sa compétence technique, une sorte d'ardeur d apôtre. M. Vaudoyer a le sentiment qu'il coopère ici à une œuvre dont les conséquences morales peuvent être grandes. Il sait par quels menus arrangements, par quelles commodités de détails par quels agréments de décor, un ménage d'ouvriers peut être retenu chez lui, et sa préoccupation n'est pas seulement de loger les gens, mais de les intéresser, de les attacher à leur logement. Déjà, dans une des plus tristes ruelles de la Montagne-Sainte-Geneviève, rue Laplace, M. Vaudoyer s'était efforcé, tout récemment, de créer la maison ouvrière qu’il rêvait, pour le compte d'une œuvre qu'on appelle le Foyer. Nous avons retrouvé, rue de la Colonie, cette maison-là; mais agrandie, enveloppée de lumière et de verdure, en face du vaste horizon suburbain que limite, au sud, la ligne massive des constructions de Bicêtre.

Un porche trapu, d'un joli dessin; sépare les deux corps de bâtiment qui composent l'immeuble neuf, et donne accès à la vaste cour intérieure égayée de platebandes de gazon. Cette cour s'ouvre sur un décor de campagne. Elle a pour prolongement le terrain découvert où des palissades légères dessinent les clôtures de quarante jardinets.

Des jardinets pour les ménages loués de 20 à 40 francs

Ces jardinets sont loués à des prix divers, — de quarante à vingt francs — aux ménages qui occupent l'immeuble, et tel est l’amour ressenti par le peuple de Paris pour « la campagne » et tout ce qui en évoque les joies, que la plupart des locataires de ces jardinets — quoique la maison de la rue de la Colonie ne doive être occupée par eux que dans quinze jours — ont sollicité, depuis plusieurs semaines, la faveur d'occuper leur jardin, et de le cultiver. Au milieu du terrain se dresse une borne-fontaine où les locataires viennent remplir leurs arrosoirs et déjà sortent de terre, sous l'œil ravi des locataires de la princesse de Polignac, des légumes, des fleurs, de timides pieds de salade. Deux de ces locataires ont déjà construit sur l'emplacement de leur jardinet la maisonnette — joujou où l'on viendra dîner, les soirs d'été.

Les ménages qui vont occuper les soixante-quatre logements de la maison qu'on inaugure aujourd'hui se décomposent ainsi :
Ouvriers employés dans le commerce, livreurs, garçons de magasin et de bureau, etc. : 17 ; ouvriers du bâtiment, maçons, serruriers, menuisiers, etc. : 13 ; gardiens de la paix : 7; employés à l'octroi : 5 ; employés au Métropolitain : 4 ; ouvriers industriels, mécaniciens, etc. : 8 ; employés d'administration : 4 ; infirmières, cantinières, ménagères, etc. : 6.

Le recrutement de ces locataires a été fait avec soin. Ils composent une sorte d'élite. Parmi les 297 postulants inscrits, on a choisi les plus intéressants; c'est-à-dire les vieux ménages et les familles chargées de jeunes enfants. Quatre escaliers mènent aux logements dont les plus vastes (410 francs), sont composés d'une entrée, d'une salle à manger-cuisine et de trois chambres. Sur chaque palier est un poste d’eau. Chaque cuisine est approvisionnée d’eau dont un compteur (il faut éviter le gaspillage !) mesure la consommation. Aux murailles, de jolis papiers de tenture un petit balcon, à chaque logement. Toutes les pièces proprement dites, sans exception, s'ouvrent sur la rue ou sur la campagne. Comme dans la maison de la rue Laplace, 1 évacuation des ordures ménagères est assurée, à chaque étage, par une canalisation spéciale c'est une commodité qu'envieraient les cuisinières de nos plus riches maisons. La corvée de la « poubelle » est ignorée des locataires de Mme de Polignac.

Deux sous, la douche

Ce n'est pas tout. Une boulangerie et une épicerie, installées de chaque côté de l'immeubles, sur la rue, fourniront aux ménages l'essentiel de la consommation .domestique, et notamment le pain frais, qu'on aura sous la main. Dans la maison, une buanderie est aménagée, où les ménagères pourront faire leur lessive. On ne leur demande que de fournir le combustible; le matériel est mis gratuitement à leur disposition. Chaque locataire a sa cave. Un garage spacieux assure la sécurité des bicyclettes. Des bains sont installés dans la maison même. Pour cinq sous, rue de la Colonie, on pourra prendre un bain ; pour deux sous, une douche.

Et j'allais oublier de dire que cette admirable habitation est, en outre, fort agréable à regarder. Ce n'est point du tout la « caserne » » ouvrière. Le joli dessin des terrasses et des fenêtres, la pittoresque saillie des petits balcons dispersés sur les façades, et la discrète polychromie de ces façades où le gris-beige, le rose et le vert composent sur la brique les plus gracieux assemblages de tons, parent très heureusement la physionomie de cet immeuble.

La princesse de Polignac donne là un exemple qui devra être suivi. Encore une fois, elle ne convie point le Capital à se montrer généreux. Elle ne lui demande que d'être intelligent. Et une telle œuvre enseigne bien l'avantage qu'il aurait à l'être !

Émile Berr.

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La rue du Tibre, dans le quartier Maison-Blanche, a été ouverte sur l'emplacement d'une voirie d'équarrissage, elle a porté le nom de rue de la Fosse-aux-Chevaux, puis du Tibre, à cause de la Bièvre autour de laquelle ont été groupés des noms de fleuves.

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En 1879, les écoles chrétiennes de la rue du Moulin des Prés, de la rue Jeanne d'Arc et du boulevard de l'hôpital furent laïcisées à la suite de la décision du conseil municipal. Elles furent remplacées par les écoles libres des 61 rue Dunois, 93 avenue de Choisy et 43 rue Corvisart. Une école chértienne tenue par des soeurs fut laicisée et remplacée par une école libre située 35 rue Jenner.

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La gare de Paris-Gobelins a été mise en service le 15 mai 1903. Elle le demeura jusqu'en 1991. Son ouverture eut pour effet de doter Paris d'une nouvelle porte car il y avait encore un octroi à Paris et la gare des Gobelins était un point d'entrée et de sortie.

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Le 1er mars 1932, un incendie ravageait la manufacture de chaussures, Grégoire, fondée en 1864 et qui s'étendait, 8 et 10, boulevard Kellermann, sur une superficie d'environ 5.000 mètres carrés, dont les trois quarts occupés par les ateliers et les bureaux, le reste étant formé de hangars.
Selon l’Humanité, le veilleur de nuit, M. Létrangleur, ne remarqua rien lors de sa ronde, à 18h20, après la sortie des ouvriers mais à 19 heures tout brulait. L’usine fut quasiment anéantie et 300 ouvriers furent au chômage mais l’usine renaitra de ses cendres.

L'image du jour

Eugène Atget - Bastion 87 boulevard Kellermann