Le procès du théâtre du Belvéder
Vert-vert — 28 janvier 1833
Vous croiriez peut-être que la troupe des frères Séveste et ses sept théâtres suffisaient aux plaisirs des habitants de la banlieue ? erreur ; la commune d'Ivry, jalouse de ses voisines, a voulu aussi avoir sa salle de spectacle ; et le théâtre du Belvéder, sous la direction d’un sieur de Gordon, faisait depuis quelque temps les délices des laitières d'Ivry et de Gentilly lorsqu'un arrêté de l'autorité supérieure vint dernièrement, en interdisant les représentations, couper court à leurs délassements comiques.
Par suite de ces faits, le sieur Voisin, graveur sur acier, à Paris, et propriétaire de la salle, états prévenu d’avoir au mépris des décrets des 8 juin 1808 et 13 aout 1811, ouvert un théâtre sans l'autorisation du ministre de l’Intérieur.
À l’audience, le sieur Voisin alléguait pour sa justification qu’il n’était aucunement directeur de spectacle, qu'il avait seulement loué sa chose par le preneur pour en disposer comme il l'entendrait ; qu’une délibération dûment en forme du conseil municipal de la commune ayant autorisé les représentations dramatiques du théâtre du Belvéder, et le commissaire de police les ayant toujours tolérées et protégées, il avait dû se croire à l'abri de toute espèce de poursuite.
Le tribunal a pensé avec raison que le propriétaire de la salle, plus familiarisé avec les arts qu'avec les décrets et règlements, avait croire suivante l’autorisation du conseil municipal, qui seul avait méconnu la loi, et admettant l’entière bonne foi du sieur Voisin l’a renvoyé des fins de la plainte sans amende ni dépens.
Le théâtre du Belvéder
Lorsqu'on regarde des plans de Paris de la première moitié du XIXè siècle, on constate qu'un "cimetière du sud-est" est souvent dessiné à droite de la barrière de Fontainebleau en sortant de Paris. Ce cimetière, qui ne verra jamais le jour, devait être le pendant de celui, créé celui-là, qui deviendra le cimetière du Montparnasse. Dès lors, le coin nord-ouest du futur quartier de Gare, échappera à un destin funèbre, restant pour quelques années encore la partie la plus excentrée d'Ivry en vivant de sa proximité immédiate de Paris.
C'est une petite ville qui s'établira progressivement face à Paris entre la barrière de Fontainebleau et la barrière des Deux-Moulins, habitats et industries se développant.
Il y eut même un théâtre, le Théâtre du Belvéder (sic), installé entre la rues de la Tripière et la future rue du Château-des-Rentiers, dont l'existence est attestée dès 1831 créé à l'initiative d'un sieur Beugnies et ce, en violation du monopôle dont bénéficiait M. Séveste, directeur privilégié pour les théâtres de banlieue en vertu de décrets de 1806 et 1911. Cela lui valut des ennuis judiciaires et des condamnations tant au sieur Beugnies qu'à ses successeurs. M. Séveste puis ses héritiers poursuivaient d'ailleurs tous les théâtres de banlieue ouverts dans les mêmes conditions.
L'existence de ce théâtre demeura épisodique et ne laissera que peu de traces et pas une image. Relégué, avec son directeur, M. Guerry (1), en 1840, à la rubrique "annonces légales", il disparaîtra définitivement de la scène le 13 mai 1841, sa faillite étant définitivement prononcée.
Selon Jacques Hillairet (Dictionnaire historique des rues de Paris), le théâtre du Belvéder fut démoli en 1848.
Sur le théâtre du Belvéder
- Le théâtre du Belvéder vu par Le Fureteur de Paris et de la banlieue (1831)
- Le théâtre du Belvéder vu par la Gazette des Théâtres(1832)
Les ennuis judiciaires des exploitants
- Le procès de M. Beugnies et la fermeture du Théâtre du Belvéder (1832)
- Le procès de M. Voisin (1833)
Les derniers échos
- Journal de Paris — 18 décembre 1838 :
Nouveau Théâtre. — À la sortie de la barrière de Fontainebleau, il y a sur la droite une maison dont on a fait un théâtre sous le titre de Théâtre du Belvédère. Il va ouvrir dans quelques jours avec une troupe de comédiens empruntée à différents spectacles de province. - Le Moniteur parisien — 18 février 1840
Une représentation extraordinaire a été donnée jeudi, sur le théâtre du Belvéder, au bénéfice des pauvres de la commune d’Ivry, par les élèves du Conservatoire, auxquels s’était réunie Mlle Dubois, de la Comédie-Française. Dans le rôle de Clytemnestre d’Iphigénie en Aulide. Mlle Dubois a eu de très belles inspirations, et des salves multipliées de bravos ont récompensé à la fois son talent et son concours à cette bonne œuvre.
Un jeune homme du nom d'Eugène, élève de Beauvallet, a bien dit plusieurs parties du rôle d’Achille. On finissait par le Légataire universel, où le jeune Riché, qui doit débuter en avril prochain au Théâtre-Français, a fort gaiment joué le rôle de Crispin. - La Presse — 18 mars 1840
Un journal spécial annonce que le théâtre du Belvéder, situé à la barrière de Fontainebleau, est fermé depuis quelques jours après avoir été ouvert pendant trois mois au plus. La troupe qui l'exploitait n'attirait que peu de monde, et partant les recettes étaient insuffisantes pour couvrir les frais.
L'environnement du Théâtre
(1) Journal des débats politiques et littéraires, 16 juil. 1840, p. 4/4









