Théâtre du Belvéder
Le Fureteur de Paris et de la banlieue : journal administratif, commercial, littéraire et des théâtres — 4 décembre 1831

C’est, lecteurs, une nouvelle connaissance que nous venons de faire, nous vous en devons compte. Théâtre du Belvéder ! Le titre est heureux, comme vous le voyez. Pénétrons dans la salle : ampleur, élégance, légèreté ; ce ne sont pas les dalles de l’Opéra-Comique, ni le colombage du théâtre de Tivoli, mais un juste milieu théâtral ; peut-être désirerait-on un intérieur plus ceintré. Des glaces au parterre, et un rang de loges en plus, et vous vous croiriez dans la salle de Mme Saqui.
Sur la scène, sept plans bien distincts, des décors frais, une rampe bien garnie. Du reste, un isolement complet des bâtiments voisins ; voici quant au physique ; chut, on lève le rideau.
Première pièce, France et Savoie : beau douanier, je vous demande bien pardon, mais vous n’avez pas même un talent de contrebande. Autre chose en est de votre entourage ; je le retrouverai tout-à-l'heure.
Deuxième pièce, le Fermier d’Arcueil : rôles mieux sus, plus d’ensemble, jeune première intelligente. Applaudissements. Le fermier mérite une mention spéciale.
Troisième pièce, Le Fils de l'Homme. J’aime le fils de Napoléon du Belvéder, ce jeune monarque est une actrice remplie de naturel et d’abandon. L’auteur de Némésis, joué par un jeune acteur plein d’âme et d'énergie, fait excuser les inconvenances, ou plutôt les invraisemblances d’un drame qui me fait encore deviner un talent véritable dans le raisonneur-chapelain.
Quatrième pièce, Angéline. L'héroïne de la pièce est charmante. La soubrette ne l’est guère moins.
En un mot, soirée remplie, salle à -pleine ; le théâtre du Belvédère vaut un théâtre Séveste, s’il ne vaut pas davantage.
Ainsi s’expliquent maintenant les poursuites dont le directeur est l'objet ; cependant il a créé un délassement honnête pour les habitants d’Ivry et de Gentilly, et bon nombre d’amateurs du faubourg Saint-Marceau. Il occupe des désœuvrés, grossit la caisse des indigents d’Ivry, nourrit cinquante personnes au moins. Sera-t-on recevable en persécutant une industrie si morale ? Il ne faut pas le croire. Toutefois, et encore aujourd’hui, on n’a pas accordé à M. Beugniès le poste de garde municipale qu’il a sollicité ; c’est la garde nationale qui remplit ce devoir d’ordre public ; mais on reviendra à résipiscence ; le plus ancien magistrat des communes rurales de la banlieue de Paris, M. le maire de Gentilly, s’intéresse à cette entreprise, et son opinion sera de quelque poids dans la balance de la justice.
Le théâtre du Belvéder
Lorsqu'on regarde des plans de Paris de la première moitié du XIXè siècle, on constate qu'un "cimetière du sud-est" est souvent dessiné à droite de la barrière de Fontainebleau en sortant de Paris. Ce cimetière, qui ne verra jamais le jour, devait être le pendant de celui, créé celui-là, qui deviendra le cimetière du Montparnasse. Dès lors, le coin nord-ouest du futur quartier de Gare, échappera à un destin funèbre, restant pour quelques années encore la partie la plus excentrée d'Ivry en vivant de sa proximité immédiate de Paris.
C'est une petite ville qui s'établira progressivement face à Paris entre la barrière de Fontainebleau et la barrière des Deux-Moulins, habitats et industries se développant.
Il y eut même un théâtre, le Théâtre du Belvéder (sic), installé entre la rues de la Tripière et la future rue du Château-des-Rentiers, dont l'existence est attestée dès 1831 créé à l'initiative d'un sieur Beugnies et ce, en violation du monopôle dont bénéficiait M. Séveste, directeur privilégié pour les théâtres de banlieue en vertu de décrets de 1806 et 1911. Cela lui valut des ennuis judiciaires et des condamnations tant au sieur Beugnies qu'à ses successeurs. M. Séveste puis ses héritiers poursuivaient d'ailleurs tous les théâtres de banlieue ouverts dans les mêmes conditions.
L'existence de ce théâtre demeura épisodique et ne laissera que peu de traces et pas une image. Relégué, avec son directeur, M. Guerry (1), en 1840, à la rubrique "annonces légales", il disparaîtra définitivement de la scène le 13 mai 1841, sa faillite étant définitivement prononcée.
Selon Jacques Hillairet (Dictionnaire historique des rues de Paris), le théâtre du Belvéder fut démoli en 1848.
Sur le théâtre du Belvéder
- Le théâtre du Belvéder vu par Le Fureteur de Paris et de la banlieue (1831)
- Le théâtre du Belvéder vu par la Gazette des Théâtres(1832)
Les ennuis judiciaires des exploitants
- Le procès de M. Beugnies et la fermeture du Théâtre du Belvéder (1832)
- Le procès de M. Voisin (1833)
Les derniers échos
- Journal de Paris — 18 décembre 1838 :
Nouveau Théâtre. — À la sortie de la barrière de Fontainebleau, il y a sur la droite une maison dont on a fait un théâtre sous le titre de Théâtre du Belvédère. Il va ouvrir dans quelques jours avec une troupe de comédiens empruntée à différents spectacles de province. - Le Moniteur parisien — 18 février 1840
Une représentation extraordinaire a été donnée jeudi, sur le théâtre du Belvéder, au bénéfice des pauvres de la commune d’Ivry, par les élèves du Conservatoire, auxquels s’était réunie Mlle Dubois, de la Comédie-Française. Dans le rôle de Clytemnestre d’Iphigénie en Aulide. Mlle Dubois a eu de très belles inspirations, et des salves multipliées de bravos ont récompensé à la fois son talent et son concours à cette bonne œuvre.
Un jeune homme du nom d'Eugène, élève de Beauvallet, a bien dit plusieurs parties du rôle d’Achille. On finissait par le Légataire universel, où le jeune Riché, qui doit débuter en avril prochain au Théâtre-Français, a fort gaiment joué le rôle de Crispin. - La Presse — 18 mars 1840
Un journal spécial annonce que le théâtre du Belvéder, situé à la barrière de Fontainebleau, est fermé depuis quelques jours après avoir été ouvert pendant trois mois au plus. La troupe qui l'exploitait n'attirait que peu de monde, et partant les recettes étaient insuffisantes pour couvrir les frais.
L'environnement du Théâtre
(1) Journal des débats politiques et littéraires, 16 juil. 1840, p. 4/4

