L'image du jour

La vue est orientée vers l'aval. On distingue le viaduc du métro du pont de Bercy.
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UNE ÉVOCATION DU 13e ARRONDISSEMENT DE 1860 AUX ANNÉES 30

Littérature

31 juillet
Par télégraphe sans fil
La rue des Peupliers, j'ai à peine besoin de vous le dire, n'a pas de peupliers, mais elle a encore des cultures maraîchères, des jardinets, des terrains négligés où poussent l'épine-vinette, l'ortie et la ronce. Les remblais de nivellement qui combleront la large vallée de la Butte-aux-Cailles à la Glacière, ont commencé à atteindre celte extrême limite du treizième arrondissement, mais ils n'y ont pas été continués ; ils forment de hauts talus éboulés que l'herbe envahit.
Il n'y a pas beaucoup d'années que les Parisiens de la montagne Sainte-Geneviève venaient par-là, les beaux dimanches. Ils arrivaient de la rue Mouffetard par l'avenue des Gobelins, la rue de Gentilly, la rue du Moulin-des-Prés. C'était alors la campagne. On y voit des restants de guinguettes, désertées maintenant. Les clôtures sont des haies ; voici des carrés de chrysanthèmes, de reines marguerites, de dahlias, destinés au marché aux Fleurs, une serre, une exploitation de poiriers. Une tribu horticole vit là. On dirait une oasis perdue, échappée au désert mouvant.
Mais la pente s'accentue, le chemin se rétrécit, les hauteurs de droite et de gauche se rapprochent et s'élèvent. Je n'aime point me sentir si resserré. Je grimpe dans des broussailles. J'atteins un plateau qui est de niveau avec la plaine désolée. Je ne vois plus qu'elle.
À quelques pas, de l'autre côté d'un fossé qui est une rue ancienne dont les habitants ont émigré, je remarque une drôle de construction assez haute, coiffée d'un toit en angle aigu fait de plaques de tôle rouillée. Au milieu du toit s'élève un gros tuyau de cheminée. N'était que cette cheminée fume, on dirait le clocher d'une chapelle. Je saurai tout à l'heure que cela abrite la machine à vapeur d'une société coopérative de charpentiers. Leurs ateliers, construits hâtivement, ajoutés l'un à l'autre selon le besoin, me font songer à un hameau de pécheurs isolé sur une falaise.
Peut-être quelque jour, le collectivisme collectivisant — j'entends par là celui de la nette doctrine primitive, instigatrice d'égoïsmes corporatifs — s'imposera comme étape nécessaire entre l'antagonisme désordonné des intérêts individuels et le large communisme de l'avenir. Alors, charpentiers réunis, à personnel et capital variables, vous aurez supplanté les sociétés financières de fainéants réunis, à qui présentement les travailleurs servent des rentes. Mais ne ferez-vous pas, à votre tour, obstacle à ceux qui voudront marcher plus avant ?
Ici tout près, à deux cents mètres, se dresse l'église. Elle est si laide que, au cours de mon exploration de ces tristes alentours, chaque fois que je l'apercevais j'en détournais mes yeux. Elle appartient au stylo Sacré-Cœur ; elle est coiffée de hideux bonnets de coton byzantins. Au moins, quand l'occasion reviendra de jeter bas les repaires de la prêtraille, on n'invoquera pas, pour épargner celui-là, des raisons d'art !
En regard de la paroisse (les quelques grands bâtiments existants sont forcément en regard les uns des autres, puisqu'il n’y a pas de maisons entre), voici une école communale. Elle est d'architecture quelconque, mais abondamment garnie de fenêtres. L’air et la lumière y pénètrent de tous côtés L'enseignement qu'on y donne aux fils et filles du peuple travailleur éclaire-t-il, aère-t-il aussi bien les jeunes cerveaux ?
J'ai ouï dire que la dernière parole de Victor Hugo mourant fut ce vers :
C'est ici le combat du jour et de la nuit
En ce quartier nouveau, où la civilisation contemporaine recouvre, enterre, submerge la civilisation d'avant 1870, les deux édifices, école et paroisse, représentent aussi le combat du jour contre la nuit, de la nuit contre le jour. Qui vaincra ? Hélas ! le fait que cette paroisse neuve est déjà là devançant les habitations, lentes à venir, et qu'elle a coûté, pour sa lourde laideur et ses symboliques éteignoirs de pierre, trois ou quatre fois plus que la maison d'instruction claire et paie, n'est pas pour dissiper nos craintes. Une république cléricale, ce serait, avant cinquante ans d'ici, la rechute en pleine barbarie.
J'ai marché au hasard. Je me retrouve dans Une large voie où la circulation est active. C'est l'avenue d'Italie, jadis rue de la Maison-Blanche. À l'époque où l'octroi n'était pas encore reculé jusqu'aux fortifications, où Paris était fermé par une muraille haute de quinze pieds qui séparait les deux chemins de ronde, l'un intérieur, l'autre extérieur, dont la réunion a fait les magnifiques boulevards d'aujourd'hui, la Place d’Italie s'appelait la barrière Fontainebleau.
Là, fut fusillé, en juin 1858, le général Bréa. Depuis deux jours, Bréa tuait, sous les ordres de Cavaignac le Boucher, les Parisiens révoltés, comme il avait tué, en Algérie, des Kabyles. Nos généraux contemporains, eux, se préparent à la guerre civile en tuant des Chinois, des Tonkinois, de Madégasques.
Le général Bréa avait imaginé cet ingénieux stratagème : il se présentait aux insurgés en parlementa ire, et quand il les avait décidés à mettre bas les armes, quand ils tendaient les mains pour fraterniser avec les soldats, ceux-ci les poussaient au mur et les abattaient à coups de fusil.
Les insurgés de la barrière Fontainebleau, avertis par un évadé des exécutions ainsi faites en guet-apens dans la rue Saint-Jacques, ne consentirent à laisser entrer dans leur barricade que le général accompagné de deux de ses officiers seulement. Et quand ils le tinrent, ils le traitèrent comme il traitait une heure avant leurs camarades. « Je nous ai revengés ! » dit au procès Nourrit, le plus jeune de ces justiciers.
En 1871, la Commune tua les généraux Clément Thomas et Lecomte. Tuer des assassins du peuple, c'est faire œuvre d'humanité. Les militaires et les militaristes disant que pratiquer des saignées dans le prolétariat, c'est faire œuvre de conservation sociale…
Mais j'oublie que le but de mon voyage est Versailles... Versailles ou les généraux, qui venaient de livrer Paris, succédèrent aux Prussiens pour l'assiéger une seconde fois. Ils versèrent à flots, huit jours durant, le sang des ouvriers parisiens.
Redescendons la rue des Peupliers. Elle, passe maintenant sous un pont qui relie les deux tronçons d'une rue neuve, puis, sous une voute au-dessus de laquelle roulent les trains du chemin de fer de Ceinture ; puis sous une poterne percée dans les fortifications.
Me voilà hors de la capitale.
Le 13e en littérature
La ruelle des Reculettes
par
Eugène Bonhoure
— Où demeure le pharmacien? demanda Furet.
— Au coin de la rue Corvisart et de la rue Croulebarbe.
— Est-ce qu'il y a deux chemins pour y aller ?
(1889)
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Tout le 13e
par
Séverine
À l'horizon, passé la plaine de la Glacière, vers la poterne des Peupliers, les « fortifs » verdoyaient comme une chaîne de collines.
(1909)
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Le quartier Croulebarbe
La vieillesse de Monsieur Lecoq
par
Fortuné du Boisgobey
Connaissez-vous la rue du champ de l’alouette ? Il y a bien des chances pour que vous n'en ayez jamais entendu parler, si vous habitez le quartier de la Madeleine. Mais les pauvres gens qui logent dans les parages l'Observatoire et de la Butte-aux Cailles savent parfaitement où elle est.
(1878)
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La ruelle des Reculettes
par
Paul Mahalin
Le noctambule par goût ou par nécessité — comme Paris en a tant compté depuis Gérard de Nerval jusqu'à Privat d'Anglemont — qui se serait aventuré, par une nuit boréale de novembre dernier, à l'une des embouchures du passage des Reculettes, y aurait éprouvé l'impression d'un rêve persistant à travers la veille, et s'y serait cru transporté dans ce monde de la chimère et du fantôme...
(1879)
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Le quartier Croulebarbe
par
Henri-Jacques Proumen
Il pouvait avoir cinq ans, ce petit Riquet de la rue Croulebarbe. On lui en eût donné quatre tout au plus, tant il était fluet Son pauvre petit corps se dandinait sur deux longues pattes de faucheux qui prenaient assise dans deux godasses démesurées...
(1932)
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L'octroi de la porte d'Italie
par
Eveling Rambaud et E. Piron
Grâce à l'or du faux baron de Roncières, Paul apporta l'abondance dans la maison de la rue du Moulinet.
On y fit une noce qui dura huit jours.
Perrine avait déserté son atelier de blanchisseuse. Elle tenait tête aux deux hommes, le verre en main.
(1894)
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De la ruelle des Reculettes au passage Moret via la ruelle des Gobelins
par
Georges Spitzmuller et Armand Le Gay
Il était arrivé à l'angle pointu formé par la manufacture des Gobelins où la voie bifurquait ; à droite la rue Croulebarbe continuait, à gauche c'était la ruelle des Gobelins.
(1912)
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Saviez-vous que... ?
En janvier 1904, la Préfecture de police interdisait à la « Goulue » (Mme Louise Weber épouse Droxeler), dont la ménagerie était installée boulevard Kellermann, de continuer ses exercices, tant qu'elle n'aurait pas procédé aux réparations qui lui avaient été prescrites. La sécurité des cages n'était pas, paraît-il, suffisante.
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En 1892, Mesdemoiselles Dufrène, disposant de hautes références, donnaient des leçons d'italien au 27 de l'avenue des Gobelins.
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La rue Edmond Gondinet fut ouverte en 1898 et reçut, en 1899, le nom de ce trop méconnu auteur de comédies qui est aussi l'un des coauteurs du livret de Lakmé, opéra-comique en trois actes créé en 1883, musique de Léo Delibes.
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Le 1er mars 1932, un incendie ravageait la manufacture de chaussures, Grégoire, fondée en 1864 et qui s'étendait, 8 et 10, boulevard Kellermann, sur une superficie d'environ 5.000 mètres carrés, dont les trois quarts occupés par les ateliers et les bureaux, le reste étant formé de hangars.
Selon l’Humanité, le veilleur de nuit, M. Létrangleur, ne remarqua rien lors de sa ronde, à 18h20, après la sortie des ouvriers mais à 19 heures tout brulait. L’usine fut quasiment anéantie et 300 ouvriers furent au chômage mais l’usine renaitra de ses cendres.
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La vue est orientée vers l'aval. On distingue le viaduc du métro du pont de Bercy.