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LA GOUTTE DE SANG
par
Jules MARY
(1908)
DEUXIÈME PARTIE
La détresse d'une mère
X
(suite)
Un son lointain attira l’attention, de Mirador. Il lui sembla percevoir au fond d’un terrain vague de la rue des Peupliers un accordéon qui s’évertuait plaintivement. Et la musique douloureuse est couverte par une voix puissante qui chanta :
Combien sont-ils. ? Combien sont-ils ? C'est le cri du soldat sans gloire. Le héros cherche les périls, Sans les périls qu’est la victoire ?
— Montre-Tout et L'Amidon ! murmura Jean, en leur donnant leurs noms de guerre.
Il ouvrit la porte et entra. La chambre était vide.
— Je m’en doutais !...
Il allait sortir. Il n’en eut pas le temps. Derrière lui, barrant la porte, le Boucher, hideux de colère et de l’humiliation subie, se dressait, le couteau à la main.
— Va falloir vider cette querelle-là ! dit-il, enroué...
— Je veux bien ! fit doucement l’officier.
Le géant s'était rué sur lui... Soudain il se rejette en arrière... Un canon de revolver se dresse à deux pouces de son front... Il recula... Mais cette fois, celui qui barre la porte et commande l’entrée — ou la sortie — ce n’est plus le bandit, c’est Mirador.
— Je te préviens que je ne manque jamais mon coup... Donc, assieds-toi et causons.
Dompté, le Boucher s’assied. Mais il n’a pas lâché son couteau.
— Je vais te mettre à ton aise... tout de suite... Je te promets de ne pas me servir de mon revolver... Je répondrai à ton surin par mon surin...
Et il tira de sa poche un long couteau qu’il ouvrit.
— De deux choses l’une... ou tu vas me renseigner... ou tu me refuseras... Si tu refuses, je te tue comme un chien enragé, que tu es... d’une balle entre les deux yeux... Je suis en cas de légitime défense. SI tu me renseignes, je te donnerai la revanche et me battrai avec toi... couteau contre couteau... Tu auras donc encore la chance de me tuer et de voir, par conséquent, ton indiscrétion, si tu en commets une, enfermée pour jamais dans la tombe, avec moi... As-tu compris ?
— Oui.
— Acceptes-tu de parler ou refuses-tu ?
Mirador arma son revolver, il le leva à la hauteur de son œil, lentement.
Le bandit eut un instant d’hésitation... le regard braqué sur le revolver...
— Je parlerai. Après, nous nous battrons... Qu’est-ce que vous voulez savoir ?
— Tu m'attendais ici, avec ton camarade ?... C’est donc un guet-apens ?... Oui ou non ?
— Oui.
— Les jeunes filles que je venais chercher... on ne les a jamais vues ?
— Non.
— Tu ne m’avais jamais rencontré avant ce soir ?
— Non.
— Donc aucune animosité contre moi.
— Non.
— Alors, tu n’as fait qu'obéir ? Tu as donc un maître ?... Qui te commande ?
Silence du bandit. Or devine, cette fois, que la réponse lui coûte. Il tremble devant le revolver qui le menace, mais il tremble également devant l’obligation de parler, sans doute parce qu’il n’en ignore pas les terribles conséquences.
— Quel est ton maître ? répète Mirador, la voix sèche. Je t’avertis que je ne suis pas très patient et que le doigt me démange... Prends garde...
Le colosse haussa les épaules et grommela :
— Après tout, qu’est-ce que ça me fait de manger le morceau... puisque dans cinq minutes je t’aurai fouillé le cœur avec mon lingue...
— Puissamment raisonné. Donc, parle, puisque tu n’as rien à craindre...
— À mon tour d’imposer deux conditions... Retirez les cartouches de votre revolver... En outre, ne barrez plus la porte... ça vous empêchera de vouloir filer, quand j’aurai parlé.
— J’y consens... Tu vois ? J’ai confiance... Garde toi- même la porte... Bien... Quant à mon revolver... voici !... Le nom, maintenant dis le nom...
Mais le Boucher eut un éclat de rire sauvage...
D’un bond il fut sur Mirador... son couteau s’abaissa avec la rapidité de l’éclair... et ne frappa que le vide... Jean avait prévu la trahison, fait un saut de côté, et au moment où le géant se redressait en ricanant, il chancelait, le crâne fendu par la crosse du revolver... Puis, avec une prestesse merveilleuse, Mirador glissait une balle dans le barillet, visait de nouveau et disait :
— Le nom ?... Dis le nom, ou je te casse la tête...
— Nous nous battrons au couteau ?... bégaya le misérable...
— Oui, je te ferai cette grâce ! Mais parle, parle ! dit Mirador qui sembla grandir soudain et dont la voix devint terrible.
Alors, il entendit le nom qui fui prononcé par le Boucher, faible comme un souffle,— prononcé avec un frisson d’épouvante :
—- Coribasse, l'Ingénieur !!
Mirador, en entendant ce nom, laissa échapper un long soupir.
Soupir de joie et de soulagement.
Il avait peur, dans la lutte entreprise, de se battre contrai l’inconnu, contre le mystère, dans les ténèbres.
Maintenant, les ténèbres se dissipaient. L’homme qui se dressait devant lui, dans un but qu’il ignorait encore, il connaissait son nom, et il finirait bien par le connaître en personne... Ce n’était plus un être insaisissable, quelque chose comme un fantôme... c’était un bandit redoutable sans doute, puisque cet autre bandit, le Boucher, tremblait rien qu’en disant son nom !...
— Coribasse, l’Ingénieur !
Qu’était-ce que cet homme ? Et pourquoi en voulait-il à Mirador, jusqu’à tenter deux fois de le faire assassiner ?... La cause de cette haine violente ?
Autant de problèmes... que chaque jour finirait bien par éclaircir un peu.
Ce nom étrange, ce nom qui devait si facilement rester dans toutes les mémoires, il ne s’en souvenait pas, et jamais, jusqu’en ces derniers temps, on ne l’avait prononcé devant lui... Coribasse devait connaître Mirador... Au fond des ombres épaisses qui entouraient ce mystère, le jeune homme entrevoyait vaguement la vérité... Mais cette lueur était si pâle, si indécise, qu’elle ne retenait pas son attention...
D’où venait-elle, cette lueur ?
De ceci, simplement :
Coribasse s’était servi des noms de Modeste et de Valentine pour l’attirer dans le guet-apens de la rue des Peupliers.
Coribasse avait adressé sa lettre à la Chalade, pour éloigner les soupçons.
Coribasse savait donc l’intérêt que Mirador portait aux jeunes filles ? Et comment eût-il appris leurs vrais noms, puisqu'elles ne déclaraient, dans les garnis où les malheureuses se réfugiaient, que des noms d’emprunt ? Il les avait donc rencontrées avant leur arrivée à Paris ? Ce ne pouvait être séparément, l’une à Metz, l’autre à Verdun ? C’était donc toutes deux ensemble ? Où ? Si ce n’était aux environs de la Chalade ?... Au château de la Viergette ?
Alors, quelle conclusion logique à tirer de ces déductions ?
Pierre Sambut et Coribasse ?... Était-ce donc un seul et même individu ?
— J’aimerais mieux ça, et l’affaire serait singulièrement simplifiée ! pensait-il.

Dans la semaine du 15 au 22 mars 1929, le cinéma Clisson Palace (61-63 rue de Clisson) jouait "Trois jeunes filles nues", un film avec la charmante Jeanne Helbling que celle-ci avait tourné avec l'excellent Nicolas Rimsky. Jeanne Helbling partageait la vedette avec Mmes Jenny Luxeuil Jeanne Brindean et Annabella.
En avril 1899, la presse se félicitait de la réussite des expériences de télégraphie sans fil de M. Ducretet entre le Sacré-cœur de Montmartre et l’église Sainte-Anne de la Maison-Blanche soit une distance de 7 kilomètres. A l'époque, l'église, en construction, n'avait que sa façade de réalisée laquelle serait inaugurée en avril 1900. La consécration de l'église Sainte-Anne de la Maison-Blanche eut lieu le 24 octobre 1912.