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ASSASSINS !!!
par
Louis Dagé
(1881)
PREMIÈRE PARTIE
La Masure du Corbeau Rouge
VIII
Le nouveau plan du baron
(suite)
— Expliquez-vous ! fit avec une nuance d’humeur le lieutenant que toutes ces précautions oratoires agaçaient.
— J’arrive au but ! Comme ami du marquis et son ami intime, son confident, je viens vous prier, monsieur le comte, de mettre un terme aux assiduités compromettantes dont vous entourez Mlle Aimée.
Cette phrase bouillonna dans l’esprit du lieu tenant et lui mit la tête en feu.
Il faillit éclater ; pourtant il se contint
— Êtes-vous autorisé par Mlle d’Évry ou par sa tante. Mme de Courlis, à me soumettre cette observation ? demanda l'officier.
— Non, monsieur le comte ; mais l’amitié qui m’unit au marquis m'impose l’obligation de prendre souci de son honneur.
Gontran bondit de rage.
— Votre démarche est une insulte ! s’écria-t-il ; et saisissant une paire de gants qui traînait sur la cheminée, il la lança avec colère à la figure du vicomte.
Celui et resta calme.
— C’est bien, monsieur ! Vous recevrez mes témoins. Seulement, rappelez-vous que j’étais venu à titre de conciliateur et que c’est vous-même qui me forcez à devenir votre ennemi... Au revoir, monsieur le comte !
Lucien de Moreuil avait obtenu ce qu’il désirait : une provocation dans laquelle il était l'insulté, ce qui lui attribuait le choix des armes.
Les pistolets biseautés du baron de Gurgloff n’avaient d’utilité que dans ce cas.
Restait, il est vrai, pour le comte, la chance que le sort désignât ses armes, car il est d’usage que chacun des adversaires apporte les siennes sur le terrain et qu’on ait recours au hasard pour savoir celle dont on usera ; mais ici, encore, le baron avait su corriger la mauvaise fortune, par l’adjonction dans une pièce de cinq francs, d'une goutte de plomb, qui, faisant contrepoids, produisait un résultat bizarre : Le côté face, jeté vers le ciel, la pièce amenait pile ; au contraire : face, lorsqu’on la lançait en l’air tournée du côté pile.
Cette scène de violence mit Gontran de Maurevailles dans un état d’exaspération difficile à décrire ; cependant, lorsqu'il parvint à remettre un peu d’ordre dans ses idées, il éprouva le besoin de reposer son esprit sur un objet qui eût le pouvoir de le calmer complètement.
La pensée d’aller voir Aimée d'Évry l’envahit aussitôt.
Déjà il se disposait à sortir, lorsque le baron de Gurgloff et le duc de Nangis, celui-là même qui avait introduit Lucien de Moreuil chez le marquis, se firent annoncer.
Ils se présentaient en qualité de témoins du vicomte.
Gontran les reçut avec politesse et, dès les premières ouvertures, répondit à ces messieurs qu’il n’avait pas encore songé au choix de ses auxiliaires.
— Mais, ajouta-t-il aussitôt, si vous voulez bien me faire l’honneur de m’accompagner, messieurs, je vous conduirai chez deux de mes amis qui s’entendront immédiatement avec vous.
De Gurgloff et de Nangis s’inclinèrent en signe d’assentiment et le comte les prit dans sa voiture.
Il trouva réunis chez l’un d’eux les amis qu’il cherchait, mit en rapport les quatre témoins et se retira dans une chambre voisine, pour attendre la conclusion de l’affaire.
Les conditions de la rencontre une fois réglées, le baron de Gurgloff prit la parole :
— Vous comprenez, messieurs, dit-il, que le secret le plus absolu nous est commandé par les raisons mêmes qui ont motivé le combat ; l’honneur d’une jeune fille est en jeu.
Tous promirent de se taire.
Mais, de la part du baron, ce n’était là qu’une observation calculée ; en la formulant, il avait visé un autre but qui lui tenait plus à cœur, et ce qu’il avait exprimé constituait pour lui une sorte d'entrée en matière.
— Puisque vous êtes d'avis, messieurs continua de Gurgloff, tout à son idée, que l’honneur d’une femme est en jeu, il vous paraîtra sans doute de convenance strict» que les deux adversaires s’abstiennent de se présenter chez Mlle d’Évry.
— Pourtant ceci est en dehors de nos attributions, objecta un des témoins de l’officier.
— Assurément, monsieur ! Mais, insista le baron, n’est-il pas de votre devoir d’empêcher les deux champions de se rencontrer, afin d’éviter un éclat dont la colère ne les rendrait peut-être pas les maîtres !
— C’est juste ! répondirent les autres, tout d’une voix.
Il fut donc convenu que, de part et d’autre, on engagerait amicalement, mais avec fermeté, les deux antagonistes a ne pas rendre visite, dans la soirée, à Mlle Aimée, On attendrait, pour ce faire, l’issue du combat.
Le baron fut enchanté de ce résultat, car il espérait tirer parti, contre le lieutenant, de cette abstention de toute visite de sa part. Il comptait, à l’aide d’une interprétation malveillante, la retourner contre l’officier et au profit de sa combinaison machiavélique.
On verra comment.
Le pauvre de Maurevailles fut au désespoir de l’engagement pris par ses témoins, cependant il jura de l’observer.
Quelque chagrin qu’il en eût, il respecta son serment et s'abstint devenir chez Mme de Courlis pour y voir le pauvre jouet de tant de menées.
De Moreuil ne s’y présenta pas non plus, et, en cela, il exécuta fidèlement les conditions arrêtées entre les témoins.
Mais le baron de Gurgloff y alla, lui !
Le duel ne devant avoir lieu que le lendemain matin, à 7 heures, au bois de Boulogne, le baron avait donc toute la soirée pour jouer la comédie que nous connaissons et manipuler, pour ainsi-dire, l’esprit de la jeune fille au profit de ses ténébreux projets.
Aimée était seule. Elle aspirait après l’arrivée de son fiance qui pourrait enfin, — du moins elle l'espérait — lui donner des nouvelles de son père.
Nous savons ce qu’il en était.
Jusque-là, Gontran n’osant pas avouer la vérité à Mlle d’Évry, s’était retranché derrière des faux-fuyants, avait inventé des prétextes pour éviter une explication définitive.
Cependant, il avait promis de venir, ce soir-là et, comme Lame-d’Acier s’était mis en campagne avec ardeur, le jeune homme avait pris l’engagement de rapporter le résultat de toutes ces démarches.

La Société des logements économiques pour familles nombreuses inaugurait, en novembre 1911, cet immeuble situé 14-16, boulevard Kellermann, face à la porte de Bicêtre qui comportait, selon le Gil Blas, cent sept logements occupés par 824 personnes dont 585 enfants.
