Les postes de pompes à vapeur
Le poste de la rue Jeanne-d’Arc (suite)
L’équipe

Le premier étage est consacré entièrement au logement de l'équipe ; à droite, les trois petites pièces où demeure le sergent-mécanicien, chef de poste ; à gauche, le réfectoire, assez étroit, éclairé par deux fenêtres donnant sur la petite cour dont nous venons de parler ; une cuisine, qui n'est guère utilisée que pour entretenir chauds les aliments apportés tout préparés de la caserne par les hommes de corvée ; et deux pièces donnant sur la rue le dortoir pour treize hommes, et une salle où se tiennent les sapeurs au repos.
Cette dernière pièce est sommairement meublée d'une table, d'escabeaux et d'une petite bibliothèque, où nous n'avons vu que des livres techniques et quelques petits bouquins, dont la lecture doit être un bien mince délassement pour les hommes. Pas d'ornements, pas d'emblèmes, la nudité des murs de corps de garde. Devant la fenêtre de cette salle, comme dans le dortoir, une ouverture carrée d'un mètre de côté, pratiquée dans le plancher et livrant passage à un mât, scellé par le pied, dans le sol de la salle des machines (V), et, à sa partie supérieure, dans la charpente (Plan de coupe, 7).
C'est par ces deux mâts qu'à la sonnerie d'alarme, les sapeurs s'affalent au rez- de-chaussée et gagnent ainsi les quelques secondes que demanderait la descente par l'escalier. Cette importante innovation a été empruntée aux sapeurs pompiers de Chicago.
Le dortoir n'est pas moins dénué de luxe d'ameublement que la salle de récréation. Treize couchettes de fer sont rangées contre la muraille blanche ; sous chacune d'elles, un coffre contenant les effets de rechange des hommes ; au-dessus des lits, une tablette où sont placés les cartons des bicornes et quelques accessoires ; plus haut encore, la tablette des sacs militaires. Dans un coin, un poêle. C'est tout.
Les dévidoirs
La voiture du grand dévidoir (A) portait autrefois mille mètres de tuyaux, elle n'en porte plus aujourd'hui que huit cents, et l'on peut espérer que l'augmentation des bouches d'incendie, et celle des pompes à vapeur permettra encore ici une simplification importante, car cette voiture est fort lourde.

Le nombre des postes périphériques étant de neuf, il n'y aura plus, lorsque la réorganisation du service sera complète, que quatre grands dévidoirs, portant huit cents mètres de tuyaux, intercalés entre cinq n'emportant que quatre cents mètres, et par conséquent plus légers.
Dès aujourd'hui, le service est réglé comme si le corps des sapeurs-pompiers possédait déjà ses onze pompes à vapeur. En cas d'incendies, signalés inquiétants, les cinq pompes les plus voisines du sinistre sont immédiatement mises en marche, et trois d'entre elles doivent arriver presque simultanément.
Il en résulte que dans l'hypothèse la plus défavorable, celle où deux des trois dévidoirs qui accompagnent ces pompes, ne porteraient que quatre cents mètres de tuyaux, on n'en aurait pas moins dix-sept cent vingt mètres de conduites au total, soit, cinq cent soixante-treize mètres par pompe, ou deux cent quatre-vingt-six mètres par homme.
Quant aux petits dévidoirs (R) le régiment en possède quatre cents, construits récemment toujours en prévision de l'établissement prochain du réseau complet des bouches d'incendie.
Le petit dévidoir est composé de deux roues et d'un essieu portant une bobine sur laquelle s'enroulent trois demi-garnitures (cent vingt mètres de tuyaux) pour les dévidoirs de poste, et cinq demi-garnitures (deux cents mètres) pour les dévidoirs de caserne. Ces demi-garnitures sont terminées, d'un bout, par une lance, de l'autre par une pièce de division en cuivre, nouveau modèle, qui s'adapte à une bouche de cent millimètres, et peut recevoir et alimenter deux refoulements. Un chapeau mobile, fixé au corps de la pièce par une chaînette, obture la vanne inutilisée lorsqu'il n'y a qu'un seul refoulement.
Branché sur une conduite de la vanne, un seul de ces refoulements remplace avantageusement une et même deux pompes à bras, suivant la pression et la distance. Avec une portée et une force de projection plus considérables, sur une conduite de l'Ourcq, par exemple, ce refoulement peut alimenter plusieurs pompes à bras et éviter la chaîne, moyen de secours si peu efficace, qu'il est absolument rayé du service de secours contre les incendies. En outre, le dévidoir de poste est assez étroit pour pouvoir pénétrer par n'importe quelle allée dans les cours intérieures des maisons de Paris. Il est à brancards, traîné par un seul homme, et pèse cent quatre-vingt-dix kilogrammes.
Le dévidoir de caserne, traîné par deux hommes, est à flèche, et pèse deux cent soixante kilogrammes. Dans l'organisation nouvelle, les dévidoirs à bras permettront encore de diminuer le nombre des hommes nécessaires à chaque détachement d'incendie.
Il faut, en effet, prévoir l'époque prochaine où l'accroissement de la population et des constructions dans la zone périphérique nécessitera l'établissement de nouveaux postes, auxquels ne suffirait certes pas l'effectif actuel du corps.
Le poste-vigie

Le poste-vigie, annexé au poste de pompe à vapeur, diffère du poste de ville, en ce que, outre son service spécial, il est sentinelle de l'équipe. De plus, il fallait prévoir le cas, qui se présentera souvent, où, par suite de sa rapidité de déplacement, la pompe à vapeur arrivera au feu avant le détachement de caserne, et où, réduite à son équipe, il manquerait un homme pour tenir la lance.
Les postes-vigies ordinaires sont fournis par le petit poste le plus voisin, dont l'effectif, porté à cinq hommes, comprend deux télégraphistes qui se relèvent de six heures en six heures. Le poste-vigie des pompes à vapeur est fourni, lui, par la caserne la plus voisine ; son équipe se compose d'un caporal et de deux sapeurs, première classe de gymnastique et de télégraphie. Ces deux sapeurs alternent pour le service des appareils. Quand la pompe à vapeur sort, le sapeur qui n'est pas au télégraphe et le caporal montent sur le dévidoir, attaquent immédiatement le feu, et restent à la lance jusqu'à l'arrivée du détachement de caserne. Celui-ci arrivé, le commandant du détachement fait de suite relever, par deux caporaux, le caporal et le télégraphiste qui retournent alors à leur poste.
Le départ
Maintenant que nous avons fait connaître, dans tous ses détails, l'aménagement intérieur et l'armement du poste, expliquons-en le fonctionnement.
Lorsqu'on vient prévenir, au poste-vigie, de la naissance d'un petit feu, le télégraphiste appuie sur le bouton placé sur la table, et saisit le petit dévidoir. Avant qu'il ne soit sorti de la remise, l'autre sapeur, appelé par le grelot, s'est déjà laissé glisser par le mât dans le poste. Il reçoit les indications, adresse et nature du feu, qu'il transmet à l'état-major, et garde la place de son camarade, jusqu'au retour de celui-ci.
Contrairement à ce qui se passe dans les petits postes de ville, qui restent inoccupés pendant que le sapeur court au feu, le poste-vigie de pompe à vapeur a donc constamment une sentinelle.
Lorsqu'une dépêche arrive et commence par ces mots : « Grand feu » le sapeur, tout en suivant sur le cadran le reste du télégramme, étend la main, saisit le petit levier dont nous avons parlé , et le tourne. Ce simple mouvement met à grande flamme tous les becs de gaz du poste momentanément au bleu, fait résonner six timbres d'alarme, deux dans le logement du chef mécanicien, un dans chaque chambre de la troupe, un dans l'écurie, le gros timbre extérieur, et enfin, déclanche le contre-poids maintenant le robinet du tuyau qui met en communication la chaudière de la pompe et le réchauffeur du sous sol,dont l'eau, sous la pression de trois atmosphères et demie, s'élance aussitôt dans la chaudière par l'issue qui lui est ouverte.
Au bruit de cette sonnerie, le conducteur qui est sans cesse de service à la tête des chevaux, en saisit un, lui passe le mors, et l'amène à la flèche de la voiture. Chacun des sapeurs, arrivé au sol par le mât en fait autant, le dernier venu saisit une poignée, terminant une tringle placée contre le mur à droite de la porte, et la tire. Cette tringle commande trois déclics qui maintiennent chacune des trois portes.
Aussitôt ces portes s'ouvrent, battantes, sous l'action de ressorts intérieurs. Le mécanicien détache le tuyau du réchauffeur, allume le feu tout préparé sous la chaudière de la pompe, et monte sur la grille. Le sapeur télégraphiste, resté à son appareil, lui crie l'adresse apportée par la dépêche, sapeurs et sapeurs-cochers ont escaladé la voiture, coiffé le casque placé d'avance sur le siège de chaque voiture. On part.
Cette manœuvre a pris, montre en main, cinquante-trois secondes !
Il semble impossible que l'on puisse rêver une rapidité plus grande, et lorsque Paris aura onze postes de pompe à vapeur, installés comme celui de la rue Jeanne-d'Arc, il est permis d'affirmer que sa supériorité sur les villes étrangères les plus renommées pour l'installation et le fonctionnement de leur service d'incendie sera aussi complète, que l'était, jusqu'à ces temps derniers son infériorité.
FIN.






La Société des logements économiques pour familles nombreuses inaugurait, en novembre 1911, cet immeuble situé 14-16, boulevard Kellermann, face à la porte de Bicêtre qui comportait, selon le Gil Blas, cent sept logements occupés par 824 personnes dont 585 enfants.