Les postes de pompes à vapeur
L’Illustration — 1882
La mort héroïque et tragique du lieutenant-colonel Froidevaux, pendant l'incendie de Charonne, dans la nuit du 6 octobre, a produit une émotion profonde en France et à l'étranger
D'autre part, la lettre du général Paris, ancien colonel du régiment des sapeurs-pompiers, publiée par plusieurs journaux ayant révélé au public la part active que le défunt avait prise dans la réorganisation du service matériel de secours et de défense contre les incendies, nous a fait un devoir de publier une étude complète de ces nouveaux services et de leur outillage.
Nous croyons que nos lecteurs nous sauront gré d'avoir consacré une partie importante de notre numéro du jour à cet intéressant travail.
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Depuis une dizaine d'années chaque fois qu'il est question en France de la réorganisation d'un service important, nous avons pris l'habitude de regarder ce qui existe à l'étranger pour le service correspondant.
Ce procédé, appliqué avec certaines réserves en supprimant bien des tâtonnements dans la période d'essai, a pour résultat immédiat la réalisation rapide de grands progrès.
Aussi, lorsqu'il s'est agi de renouveler le matériel suranné du régiment des sapeurs-pompiers de Paris, et d'adopter les nouveaux engins perfectionnés, nécessaires à un service scientifique mieux entendu est-ce vers l'Angleterre et l'Amérique qu'on a, tout d'abord, tourne les yeux, ces deux pays ayant la réputation de posséder un service d'incendie modèle.
Eh bien, cet examen, tout en nous montrant de nombreuses réformes à établir, et tout un nouvel outillage à acquérir, est resté constamment favorable à l'organisation même du corps des sapeurs-pompiers de Paris.
En Angleterre, où les dépenses du service d'incendie sont presque exclusivement supportées par les compagnies d'assurances, (ce qu'il serait bien désirable de voir en France) le matériel est merveilleux ; mais le capitaine Shaw, qui commande le régiment des pompiers de Londres , le déclare lui-même, jamais son pays ne possédera une troupe où la discipline, l'entraînement, le dévouement, soient comparables à ceux de notre régiment.
Dans les grandes villes de l'Union, ce service est essentiellement civil. Les pompiers peuvent résilier instantanément ou à bref delai le contrat qui les lie à l'administration, s'ils y trouvent leur interêt ; mais ils sont aussi instantanément révocables et révoqués.
Choisis, paraît-il, autant au point de vue des services rendus ou à rendre, qu'à celui de leurs aptitudes techniques, grassement payés, d'ailleurs, parce que la promesse de ces emplois donne aux politiciens, avant les élections, le moyen de s'assurer des electeurs, et après, celui d'en récompenser quelques-uns.
La reduction du personnel au strict minimum a eu pour conséquence nécessaire, en Amérique, l'emploi exclusif de la pompe à vapeur.
Mais, comme toute dépense a ses limites, même en Amérique, ce personnel est réduit au strict nécessaire. Un ou deux apprentis sont seuls adjoints à chaque équipe, pour remplacer les pompiers à l'heure du repas, (une heure par jour), lorsqu'ils sont malades, ou pendant la permission de vingt-quatre heures à laquelle chacun d'eux a droit deux fois par mois. En dehors de ces trois cas les pompiers civils sont rivés vingt-trois heures par jour à la station et constamment sur le qui vive Par suite, pas d'instruction professionnelle, pas d'étude d'ouvrages techniques, pas de règlement de manœuvres ; les rapports sont unanimes à cet égard (1).
Dès lors , un bon mécanicien ou un bon chauffeur, ayant appris son métier dans une usine ou sur un steamet, peut aller au feu le jour même de son enrôlement.
D'exercices gymnastiques, il ne saurait en être question, partant, pas de sauvetage de personnes ; ce sont les compagnies d'assurances qui s'en chargent et entretiennent des escouades de sauveteurs à cet effet ; non pas, on le comprend de reste, dans l'intérêt exclusif du public, mais bien dans celui de leurs abonnés et de leurs actionnaires.
Quant aux pompiers, leur manière de procéder dans un incendie est invariablement celui-ci : Faire converger avec la rapidité de la foudre, sur le lieu du sinistre, cinq, dix et même vingt pompes à vapeur, et y verser des torrents d'eau.
Notre service d'incendie est exactement le contraire de celui que nous venons d'exposer brièvement. Il est militaire, les hommes y sont astreints à une discipline sévère ; il substitue, dans la mesure du possible, l'effort humain, qui est intelligent, au travail de la machine qui ne l'est pas ; enfin, il est organisé bien plus encore pour le sauvetage des personnes que pour celui des choses ; mais il ne s'en suit pas qu'il ne soit susceptible de grandes réformes, surtout au point de vue du matériel.
En résumé, on peut dire que jusqu'à ces dernières années, de tous les services d'incendie des grandes villes, celui de Paris était le mieux constitué pour sauver les personnes, saisir l'incendie à son origine, et l'empêcher de prendre de redoutables proportions ; mais aussi, lorsque le feu se déclarait dans des circonstances et dans des milieux qui lui donnaient, dès l'origine, ces proportions, c'était alors le plus mal armé par la défectuosité de son outillage pour combattre le sinistre, et en arrêter les conséquences désastreuses.
Ce petit préambule en forme de parallèle était nécessaire pour l'explication des réformes adoptées récemment.
Le Conseil municipal actuel a hérité du précédent, vis-à-vis du service d'incendie, d'une situation lamentable.
Il a fait, il faut le reconnaître, tous ses efforts, pour parer le plus intelligemment et le plus activement possible à un tel état de choses.
Au lendemain du sinistre du « Printemps », le Conseil fit appeler le colonel Paris, qui commandait alors le régiment, pour l'interroger sur les réformes que ce dernier désastre démontrait de première nécessité. Le colonel déclara que depuis 1867 jusqu'en 1880, en dehors de l'achat de deux ou trois pompes à vapeur, que l'on avait dû réformer (2), d'une ou deux casernes replâtrées, on n'avait rien, absolument rien fait pour l'amélioration du matériel, ce que le Conseil savait de reste.
La science avait marché, la population s'était accrue, la richesse publique s'était développée, les dangers aussi, naturellement, et le service de secours, l'outillage, l'installation des postes, tout ce qui aurait dû suivre cette marche ascendante, était resté stationnaire.
Aussi, le commandant des sapeurs-pompiers n'hésita pas à déclarer que de grands désastres étaient non seulement possibles mais inevitables tant que les choses resteraient en cet état.
C'est alors, qu'après treize ans d'incurie, on vit voter coup sur coup l'achat de onze pompes à vapeur, d'échelles de combat, la création d'un réseau de six mille bouches d'incendie de cent millimètres, d'un réseau télégraphique, etc., etc.
Cette fièvre salutaire redoubla encore au lendemain de l'incendie du Ring Theater de Vienne, et un renouvellement complet de ce fameux matériel commença petit à petit.
Cela ne veut pas dire que la capitale soit dès aujourd'hui à l'abri de ces désastres qui terrifient les populations, mais enfin, de réelles améliorations ont été obtenues, et si la commission municipale veut bien surveiller et activer la réorganisation qu'elle a confiée à l'administration des travaux de la ville, Paris sera bientôt et définitivement certain de la sécurité de ses habitants, et de sa richesse publique.
En même temps que l'achat des pompes à vapeur, le Conseil votait les sommes nécessaires à la création de neuf postes spéciaux, pour lesquels on voulait tous les perfectionnements scientifiques des deux mondes. Ces postes devaient être situés de la manière suivante : Poste central de l'Etat-Major, boulevard du Palais ; postes phériphériques, rue Chateau-Landon, avenue Parmentier, rue de Pommard, place Denfert-Rochereau, place Violet, caserne de Passy, rue de Rome et rue Jeanne-d'Arc .
Le Conseil municipal offrit encore l'élévation du nombre de ces postes à vingt, un par arrondissement, mais le commandant repoussa cette offre, se basant sur ce que tel arrondissement par son mode de construction, par la nature de ses industries, etc., pouvait avoir besoin de deux ou trois pompes à vapeur ; tandis que, pour les mêmes raisons, une seule pompe suffirait à tel autre. Cependant, il fut décidé ultérieurement que ce chiffre de neuf postes serait porté à onze, mais les deux derniers devaient être établis au centre de la Ville, à cause de la gravité des intérêts qu'ils auraient à préserver et de la difficulté qu'opposent à la rapidité des secours l'étroitesse et l'encombrement de la plupart des rues du vieux Paris où se centralise le commerce ; difficultés exigeant que la lenteur relative d'arrivée des grands secours, soit compensée par leur proximité .
Ces deux postes supplémentaires devaient être construits place du marché Saint-Honoré et rue Jean-Jacques-Rousseau. Le premier est en bonne voie d'installation, quant au second, son édification a été subordonnée à la reconstruction de la caserne de cette rue, la plus défectueuse de la capitale.
La création immédiade de cinq de ces postes fut arrêtée dans la même séance , et le colonel toujours désireux de poursuivre rapidement l'application de ses idées de réforme, demanda et obtint du Conseil, qu'on lui laisserait construire deux de ce cinq postes, qui serviraient de modèles aux trois autres, dont l'édification était confiée à la direction des travaux publics . Ces deux postes sont aujour d'hui achevés, et fonctionnent merveilleusement.
(1) Le feu à Paris et en Amérique , par le colonel Paris . I vol . chez Germer et Baillère.
(2) Ces pompes de système anglais ne pouvaient être réparées à Paris, aucun mécanicien ne voulait s'en charger ; on devait donc faire venir un ouvrier de Londres, chaque fois que quelque accessoire de ces engins était en souffrance.









La Société des logements économiques pour familles nombreuses inaugurait, en novembre 1911, cet immeuble situé 14-16, boulevard Kellermann, face à la porte de Bicêtre qui comportait, selon le Gil Blas, cent sept logements occupés par 824 personnes dont 585 enfants.