Dans la presse...

 Une rafle dans la cité Jeanne-d’Arc - 1937

Une rafle dans la cité Jeanne-d’Arc, repère de la misère et du crime

Le Matin — 27 mars 1937

Dans l'immensité lugubre des couloirs de la cité Jeanne-d'Arc, un commissaire de police de Paris, M. Dufour, au cours d'une rafle nocturne, mettait, en scène, avec la collaboration de quelques cars d'agents l'hallucinant peuplement des bas-fonds.

La Cité Jeanne-d'Arc vue de la rue Jeanne-d'Arc

Les issues cernées par les agents aux silhouettes massives, passant sans transition de l'éclairage mesuré de la rue Nationale sous les portiques voûtés des quatre passages parallèles, où la lune taillait des angles durs., les groupes d'inspecteurs attaquèrent simultanément les trous béants des escaliers aux faisceaux éblouissants de leurs lampes.

Chaque palier révélait l'immensité étroite des couloirs où les pinceaux lumineux courant sur les murs grêlés avaient croiser les lumières d'un groupe débouchant d'un autre escalier. Visite des- pièces nues, béant face à face avec stupeur, dans la misère blanchâtre des gravats éboulée sur les poutrelles du sol, qu'aucune porte ne masque plus. Il fait froid ici l'hiver et, à défaut de combustible, les vantaux, les cadres des fenêtres et les lames de parquet ont suffi certaines nuits rigoureuses — quitte à combattre par la suite les courants d'air — à réchauffer les plus frileux des locataires.

Ceux-ci n'ont pas tout à fait disparu, en dépit des expropriations et expulsions brutales qui libérèrent en partie le dédale après les journées sanglantes de février 1934, où quelques individus tinrent plusieurs heures la police en échec.

Croquis de Berings illustrant l'article

Aujourd'hui, en dehors des locataires réguliers, qui trouvent sans cesse de nouvelles arguties pour s'accrocher à ces murs touillés que des années d'accoutumance leur font aimer désespérément, ne viennent plus échouer là, outre les clochards, que les plus irréductibles des interdits de -séjour et des expulsés. Paris où il n'est pourtant point pour eux de logis sûr, ni de ressources ailleurs que dans l'exacte soumission de leurs amies, les appelle irrésistiblement.

La poursuite de ce gibier se continue, monotone, dans le couloir où s'ouvrent les pièces comme des cellules. Un arrosage de la lampe révèle parfois un tas noir dans un coin. Police ! Les chiffons s'agitent : un visage cendré apparait, masque grimaçant de vieux faune où figure sans nom. De temps autre, une chair plus jeune, des pommettes colorées : c'est presque toujours une bonne prise, car hormis le renoncement d'une vieillesse sans espoir, il n'est qu'un gibier pourchassé pour accepter une telle tanière.

Sur les ressorte à vif d'un sommier, un affreux spectacle des jambes nues s'agitent. L'homme s'est entièrement dévêtu pour jeter sur lui ses vêtements en couverture. On passe. Plus loin, une femme ainsi étendue sur une paillasse, éveillée, mais d'une indifférence hébétée, laissera l'éclat des lampes la heurter sans un geste.

Ailleurs, un clochard d'allure joviale révélera en se levant un fond de pantalon de cretonne.

Descentes et remontées difficiles des escaliers éboulés, comme des pentes de colline. Monotonie des couloirs et des pièces obsédamment semblables à eux-mêmes. Voici maintenant le dernier carré des locataires réguliers. A même les murs, en graffiti, les appels de leur comité de défense. Jusque-là cet étrange peuplement n'avait apporté, dans les recoins si exactement répétés du même dénuement qu'ils n'autorisent pas le choix que la misère de leurs vêtements. Un échafaudage de choses sans relief se couronne au ras du plafond d'une chaise retournée au pied coiffé d'un chapeau melon. Sur ce fond, gnome échappé des Niebelungen, un petit bossu en chemise grimace amicalement en sautant d'un pied sur l'autre. Candide dans sa chemise, une folle bégaye en secouant comme un fantôme la chaîne de sûreté de sa porte.



A propos de la Cité Jeanne d'Arc

Sur les événements du 1er mai 1934

La fin de la Cité Jeanne d'Arc

Faits divers

Des textes de Lucien Descaves

La cité Jeanne d'Arc dans la littérature

Vu dans la presse...

Le point sur les travaux de la place d'Italie

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Saviez-vous que... ?

L'avenue de la Sœur Rosalie constitue l'embryon d'un boulevard qui devait faire pendant au boulevard de l'Hôpital et relier la Place d'Italie au boulevard de Port-Royal aux abords de la rue Saint-Jacques et du Val-de-Grace.

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La statue de Pinel, bienfaiteur des aliénés, installée devant l'hôpital de la Salpétrière est due à Ludovic Durand.

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En septembre 1896, M. Perruche, commissaire de police des quartiers de la Salpêtrière et de Croulebarbe était amené à enquêter sur le vol d'un perroquet.

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La place d'Italie a été dénommée par arrêté du 30 décembre 1864 et la route d'Italie est devenue avenue d'Italie par ce même arrêté

L'image du jour

rue Nationale - Quartier de la Gare