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UNE ÉVOCATION DU 13ÈME ARRONDISSEMENT DE 1860 AUX ANNÉES 30

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SAVIEZ-VOUS QUE...

La société des fourneaux de Saint-Vincent de Paul, le 5 novembre 1897 ouvraient, comme chaque année, ses fourneaux (au nombre de 26 en 1897) qui restèrent ouverts jusqu’au 30 avril 1898, tous les jours non fériés, de huit heures à onze heures du matin. Trois d'entre eux étaient situés dans le 13ème : 45 rue Corvisart, 35 rue de la Glacière et 87 bis rue Jenner.
Avec un bon de dix centimes, les malheureux recevaient une portion de pain, bouillon, viande, légumes, etc. enfin, de quoi se réconforter.
Ces établissements charitables étaient dirigés par les Sœurs.


L'école 8 rue Kuss, a été construite en 1934, par l'architecte Roger-Henri Expert, qui utilisa largement le béton.


La rue de la Colonie s'appella ainsi en raison de la présence d'une colonie de chiffonniers dans le secteur.

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C'est arrivé dans le 13ème

 Un jeune héros - 1895

Un jeune héros

Le Petit-Parisien ― 6 février 1895

Une dizaine d'écoliers s'amusaient, hier après-midi, dans le bas de la rue des Tanneries, à faire des glissades sur la glace qui recouvre la Bièvre, très profonde en cet endroit.

Soudain le jeune Émile Brajus, âgé de onze ans, demeurant chez ses parents, rue des Cordelières, 38, s'étant aventuré au milieu de la rivière, poussa un cri de désespoir.

La glace venait de se rompre; le malheureux enfant disparut sous l'eau.

Aussitôt un de ses camarades, Émile Berne, âgé de treize ans, plongea résolument à trois reprises différentes et fut assez heureux pour saisir son camarade par ses vêtements.

Néanmoins, l'intrépide écolier, bien qu'il fût excellent nageur, était épuisé. Le froid engourdissait ses membres.

Eugène Billion, âgé également de treize ans, se porta à son tour au secours de ses petits amis; il se coucha à plat ventre sur la glace et tandis que les autres gamins le retenaient par les pieds, il aida Berne, qui n'avait pas abandonné Brajus, à sortir de l'eau.

Dans la soirée, M. Perruche, commissaire de police du quartier, est allé rendre visite à victime et à son brave sauveteur.


 Enfant blessé - 1911

Enfant blessé

Le Petit Parisien — 29 mars 1911

A onze heures du matin, boulevard Auguste-BIanqui, le jeune Marcel Buis, âgé de douze ans, demeurant chez ses parents, 36, rue de Reine-Blanche, est tombé sous un camion. Deux roues l'ont grièvement blessé. On l'a transporté à l'hôpital Cochin ; son état est inquiétant.


 La Cité des Kroumirs - Le Temps - 23/02/1882

La Cité des Kroumirs

Le Temps ― 23 février 1882

Ce nom est en même temps une date. II y a un an, les Kroumirs étalent absolument inconnus en France ; aujourd’hui, comme les Cosaques et les Bédouins, ils ont pris place dans le vocabulaire populaire. Kroumir est passé expression de mépris. La cité des Kroumirs n’est donc pas bien vielle, et son aspect n’a rien qui puisse exciter l’envie.

L’Assistance publique possède, place Pinel, un vaste terrain qui a cent cinquante mètres de long sur trente de large. Elle l’a loué à fort bas prix à un entrepreneur, qui l’a sous-loué à son tour à des malheureux qui s’y sont bâti une demeure. Trente demeures et cent cinquante habitants environ, voilà pour la statistique. Je me sers de ce mot vague de demeure, car ce ne sont ni des chaumières de paysan, ni des cabanes de berger, ni des huttes de Peau-Rouge ; c’est quelque chose de particulier fait de tous les débris qu’on peut ramasser dans Paris : plâtras, vieux paillassons, planches de parquets, loques, roseaux de nattes d’emballage, qu’une misère ingénieuse a rassemblés, ajustés et rapetassés pour se mettre à l’abri de la rigueur des saisons.

La cité des Kroumirs vivait paisible, sinon heureuse, lorsque la jalousie, une basse jalousie vint menacer son existence. Elle avait pour voisine une vieille cité, nommée la cité Doré, étrange réunion de maisons borgnes, noires, déshonorées par une saleté contre laquelle on ne lutte plus depuis longtemps et donnant sur un boyau étroit et puant où le naturaliste le plus robuste se boucherait le nez en entrant. La cité Doré jalousait la cité des Kroumirs, toute fraiche encore de l’improvisation d’où elle venait de sortir ; elle jetait par méchanceté ses ordures chez sa jeune voisine ; la voisine lui rendit la pareille, et la querelle s’envenima au point que la cité Doré dénonça les Kroumirs à l’administration. Vous ne devineriez pas de quoi elle l’accusait ? d’être un danger pour la santé publique. Il faut avoir vu la cité Doré, cet antre, pour comprendre combien cela est amère ment comique. Mais la cité Doré est une propriété

Particulière, les rigueurs administratives l’atteignent difficilement ; la cité des Kroumirs, au contraire, était bâtie sur un terrain de l’administration elle-même et un terrain simplement loué. Les pauvres Kroumirs avaient le désavantage et leurs adversaires en abusaient.

Une page curieuse et attristante du Paris inconnu.

La commission des logements insalubres, saisie de la plainte, envoya trois commissaires sur les lieux. Leur rapport vient d'être distribué eu conseil municipal : c'est une page curieuse et attristante du Paris inconnu. Qui croirait qu'à une demi-heure du boulevard on puisse voir de telles choses ? « La cité des Kroumirs, dit-il, est une sorte d'égout à ciel ouvert dans lequel on accède par la place Pinel ; la voie qui mène de la place au fond de cette cité est un chemin de terre boueux dans lequel on enfonce profondément, parsemé de larges flaques d'une boue noirâtre et puante. De chaque côté de cette voie, qui représente assez bien le radier de l'égout, ont été édifiées des habitations que nous allons successivement décrire. »

Le rapport les décrit en effet. Empruntons-lui quelques traits. Le n° 3 est habité par un chiffonnier. La façade est en feuilles de parquet, les côtés en roseau provenant des balles de la raffinerie Say, la couverture en carton bitumé. À l'intérieur, le sol en terre battue est recouvert de chiffons et de débris de toute nature, desquels émerge un lit à demi pourri. Au n°4, la construction est à peu près la même. Dans les deux pièces qui servent à l'habitation et qui sont dépourvues de plafond et de plancher, vivent les propriétaires, une chèvre, des lapins et une trentaine de poules. Le rapport insiste beaucoup sur les odeurs, nous passons pour ne point offenser la délicatesse du lecteur. Au n°14, même spectacle, bêtes et gens vivent dans la promiscuité la plus complète : au moment où les commissaires visitent d'habitation, on tond un cheval dans la chambre coucher. Le n° 18 est habité par des saltimbanques c'est ce qu'on pourrait appeler une maison d'hiver, la maison de campagne est à côté, elle est représentée par deux de ces vastes voitures que les habitués des foires connaissent bien.

La belle saison venue, les saltimbanques déménagent, ils mettent leurs ustensiles et leurs meubles dans les voitures, j'allais dire dans la maison de campagne ; et en route travers le pays ! Le n° 19 est une véritable curiosité au point de vue de la construction. Elle est tout entière construite « avec des planches de parquet de rebut portant encore la trace des enduits de couleurs, diverses dont elles étaient revêtues. Le tout agencé et tenu dans un état d'équilibre à peu près stable que notre arrivée dans la pièce du premier a failli déranger en imprimant au parquet un mouvement très prononcé. Les cabinets du rez-de-chaussée sont de véritables cellules sans fenêtre où l'air et le jour n'arrivent que lorsque la porte est ouverte, sans poêle ni cheminée et où il n'y a que juste place du grabat qui y est installé.

Le sol de la voie qui traverse la cité est un véritable marais où les eaux pluviales et ménagère s'accumulent sous des ornières profondes creusées dans le sol par les charrettes des chiffonniers qui le sillonnent sans cesse

Après le détail une vue d'ensemble : « le sol de la voie qui traverse la cité est un véritable marais où les eaux pluviales et ménagère s'accumulent sous des ornières profondes creusées dans le sol par les charrettes des chiffonniers qui le sillonnent sans cesse. Les petits jardins ou petites courettes qui existent au-devant de chaque maison et sur lesquels ouvrent les fenêtres des logements situés à rez-de-chaussée, sont encombrés de tous les détritus de la vie des hommes et des animaux qui vivent dans ces maisons. Ces courettes et jardins loin d'être une cause de salubrité pour ces maisons constituent L au-devant de chacune d'elles un foyer actif de putréfaction d'autant plus dangereux qu'en l'absence de cabinet d'aisances dans ces immeubles, les ordures de toutes sortes y sont jetées avec les ordures ménagères. Par ces apports successifs de voiries de toute sorte, le sol des jardins ou courettes s'exhausse incessamment et le sol des rez-de-chaussée de ces habitations est généralement en contre-bas.

» Si quelques cas de fièvre typhoïde se déclaraient dans la cité. il est impossible, étant donné les errements suivis par ses habitants, de prévenir les ravages que la maladie exercerait sur cette population chez laquelle la résistance vitale est considérablement amoindrie par les privations et par son séjour dans ces horribles demeures. Tous les êtres humains qui y résident présentait les caractères de la déchéance physique complète ; les enfants y sont pâles, étioles, scrofuleux, les hommes et les femmes vieillis avant l'âge ; dans une de ces maisons le père et un enfant sont malades au lit, et quel lit ! Ailleurs le mari est à l'hôpital et la femme seule avec un enfant malade ; plus loin la maison est vide, le propriétaire est en prison ; grâce la promiscuité révoltante dans laquelle vit tout ce monde, il est accusé, parait-il, d'être devenu l'amant d'une fillette qui habite son toit. »

Un rapport fort dur pour l'administration de l'Assistance publique

Le rapport est fort dur pour l'administration de l'Assistance publique : « Si l'Assistance publique prenait tâche de créer des malades pour alimenter ses services hospitaliers, elle n'agirait pas autrement, car, en présence de la situation qui leur est -faite, ceux qui bâtissent sur ces terrains, se sentant toujours sous l'imminence d'une expulsion, construisent au meilleur marché possible et se bornent à se faire un abri insuffisant au lieu de se construire un logement salubre. » Le rapport ajoute encore que ce n'est pas la première fois que la commission de salubrité a de graves constatations faire au point de vue de l'hygiène, sur des terrains appartenant à l'Assistance publique.

Ainsi mise en jeu et sans doute piquée au vif, qu'a fait l'Assistance publique ? Elle a signifié Kroumirs d'avoir à déguerpir dans les six semaines, délai prévu par le contrat de location. Ils sont allés supplier, on a allongé le délai jusqu'au mois d'octobre. Mais en octobre, ils auront à se pourvoir d'un domicile ailleurs. Ainsi la cité Doré l'emporte, elle a tué sa voisine.

Visite à la cité dEs Kroumirs

En compagnie d'un ami nous sommes allé voir hier la cité des Kroumirs avant qu'elle disparaisse. Nous nous étions engagés dans cité Doré :

— Est-ce ici la Cité des kroumirs ?

L'habitant de la cité Doté auquel nous nous adressions nous regarda d'un air froissé et moqueur tout la fois, comme s'il eût été surpris que nous ayons pu faire la confusion.

— Oh ! non, monsieur, dit-il, c'est à côté.

Nous tombions au milieu d'une population désolée, et voyant que nous l'écoutions volontiers, elle nous conta ses peines comme si capables d'y remédier. Elle avait connaissance du rapport et on ne nous laissa point partir que nous n'eussions nous-mêmes refait l'enquête. Il nous fallut aller de maison en maison, et chacun voulut nous montrer son intérieur : — Ce n'est pas riche, mais ce trop mal ! ce n'est pas la pierre de taille, mais ça n'en est pas moins chaud. Ce qui les affligeait surtout, c'est qu'on leur eût trouvé mauvaise mine ; on tira du berceau les petits enfants pour nous faire voir combien ils étaient gras. Le rapport peut-être en effet noirci le tableau ; à côté de baraques inhabitables et immondes, il y a quelques constructions, qui, au milieu de jardinet, beaucoup moins mauvaise apparence. Cependant dans son ensemble, la cité des Kroumirs n'est pas défendable. C'est assurément rendre service la salubrité publique de la faire disparaitre.

Mais il en est de la misère comme de la maladie. Il arrive que, taudis que le remède guérit d'un côté, il aggrave la situation de l'autre. C'est ce qui, est arrivé ici : il y a un côté de la question qui semble avoir échappé l'Assistance publique. Un brave homme, fabricant de « première en vieux », une variété de savetier nous l'exposa au nom de tous :

— On nous met à la porte et la seule grâce qu'on nous fasse est de nous accorder jusqu'au mois d'octobre pour nous pourvoir. D'indemnité, personne n'en parle, et personne ne s'occupe non plus de savoir comment nous nous logerons. Savez-vous, messieurs, que le moindre loyer coute aujourd'hui 300 francs et que, quand on est de vieux bonshommes comme ma pauvre vieille que voilà et moi, on ne peut plus gagner grand-chose et que c'est lourd à payer 300 francs ? Savez-vous encore que, pour ceux qui sont plus jeunes, ce n'est pas beaucoup plus facile ; si on a trois ou quatre enfants les propriétaires ne veulent pas louer, ça fait trop de bruit et ça détériore toujours un peu la maison ?

Demandez aux qui sont là, si ce n'est pas vrai. Mais personne ne pense tout ça ; des messieurs qui griffonnent leurs papiers dans les bureaux ne le soupçonnent même pas. Et v'lan ! un trait de plume, et voilà cent-cinquante pauvres diables sur le pavé.

Ici nous n'avions plus cette angoisse du loyer. On nous donnait le terrain 60 centimes le mètre, ce qui me faisait, pour moi, 15 fr. par trimestre à payer. Vous voyez la différence. J'avais loué un terrain l'année dernière, et cette maisonnette, je l'ai bâtie moi-même, quand j'avais une heure dans la semaine, et le dimanche toute la journée j'y venais travailler. Presque tous, ici, nous sommes dans le même cas. Nous sommes presque tous des gens de la campagne, et ça nous faisait plaisir de construire quelque chose qui ressemblait aux maisons de chez nous. Voyez, nous ne sommes pas encore aussi bêtes qu'on veut bien le dire nous avons tourné nos fenêtres vers le midi, et si nous n'avons pas de plancher, nous avons fait un bon sol de gravats et de plâtre. Regardez si c'est sec. Un plancher ! Mais c'était mon rêve d'avoir un plancher. Si on m'avait donné le temps, j'en aurais fait un. Sitôt que ma maison a été couverte, je suis venu m'y installer, et peu à peu je l'achevais ; j'ai crépi les murs, et il y a quelques jours que j'ai achevé le plafond. N'est-ce pas déjà gentil, tel que c'est ? Croyez-vous Que ça ne crève pas le cœur de s'en aller ?

On a commis une faute en laissant bâtir la cité des Kroumirs, mais ce n’est pas à ses pauvres habitants â l’expier.

J'ai mis mes économies là-dedans ; pas grand- chose, mais enfin c'était tout ce que j'avais. Vous savez bien que tout s'achète à Paris, les plâtras. Il y en a qui ont dépensé, encore plus que moi. A, coté, il y a un maçon qui a acheté des moellons : il a mis plus de 1.200 francs dans sa maison. Et tout ça est perdu. A la porte ! quittez tout. Nous sommes de braves gens, il n'y avait jamais de bruit ici. Nous sommes, pour la plupart, de petits ouvriers, des marchands des quatre saisons, de petits employés. Pourquoi agit-on comme ça envers nous ? Nous étions en location, c’est vrai ; mais on sait bien ce que c’est : il y a de ces locations qui durent toujours, et nous comptions un peu là-dessus. Il nous semble qu’on nous doit quelque chose. L’expulsion nous ruine ; comment nous relogerons-nous ? On nous fait une injustice. Voilà comment on ensauvage le peuple, ajoutât-il, comme pour tirer la morale de la situation.

Croyez-vous qu’on ne reste pas aigri, après des choses comme celles-là ?

Le rapport de la commission de salubrité le reconnaît, la population de la cité des Kroumirs est digne d’intérêt et je crois que vous n’auriez pas entendu le brave « fabricant en première en vieux » sans en être touché.  On a commis une faute en laissant bâtir la cité des Kroumirs, mais ce n’est pas à ses pauvres habitants â l’expier. Ils ont des droits acquis et il semble qu’il serait inhumain de n’en pas tenir compte pour leur adoucir autant que possible une expulsion qui est nécessaire. Sous prétexte de sauvegarder leur santé, il serait souverainement inconséquent d’en faire des vagabonds. Il suffira du reste de signaler leur intéressante situation à l’esprit libéral du directeur de l’Assistance publique pour que justice leur soit rendue.


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