Dans la presse...

 Le boulevard Saint-Marcel - 1868

Le boulevard Saint-Marcel

Le Siècle — 21 décembre 1868

Avant de commencer mon article sur le treizième arrondissement, je crois utile de parler spécialement de sa ligne frontière, du boulevard Saint-Marcel, qui en constitue la limite septentrionale.

Cette grande voie, qui a coupé le marché aux chevaux, écorné l'ancien cimetière de Clamart et absorbé la petite place de la Collégiale, a été enfin tracé onze ans après avoir été décrété d'utilité publique (17 août 1857). Mais a-t-elle été exécutée de manière à donner satisfaction aux intérêts des quartiers qu'elle traverse, aux intérêts des propriétaires et des habitants qui se trouvent dans son voisinage ?

Il suffit d'un simple examen pour voir que non, pour s'apercevoir que l'administration, si soucieuse et si prodigue quand il s'agit d'améliorer certains quartiers de prédilection, s'est montrée, à l'égard du boulevard Saint-Marcel et de ses abords, parcimonieuse à l'excès, imprévoyante et surtout inhabile.

D'abord les études préliminaires en ont été faites avec une telle légèreté que, au moment même des expropriations, on s'est, en maint endroit, trompé sur la cote des nivellements, L'erreur était parfois si matérielle et si visible que, malgré les dénégations des ingénieurs qui assistaient alors Me Picard, plusieurs propriétaires expropriés isolément ont affirmé qu'on se trompait et ont exigé la constatation au procès-verbal des cotes annoncées, ce dont acte leur a été donné.

Les ingénieurs affirmaient, par exemple, qu'en face la rue Duméril le niveau du boulevard ne serait que de 1m. 90 en contre-bas ; or ils se trompaient presque de cent pour cent, car, maintenant que les travaux sont achevés, le contre-bas est de plus de trois mètres.

Cette bévue une fois commise et le raccordement de la rue Duméril présentant plus de difficultés qu'on ne s'y attendait, comment s'y est-on pris ? On a eu recours à un procédé héroïque. Au moyen de remblais on a fait, sur le boulevard même qu'on venait de terminer, une terrasse de neuf mètres de saillie, pour y établir un palier, et, afin de rendre ce bastion accessible aux voitures, on lui a donné comme appendice une rampe de cinquante mètres, rampe ardue et malaisée, puisque sa déclivité est d'environ six centimètres par mètre. C'est par cette alpestre montée que les véhicules arrivent à la rue Duméril, qu'on a ainsi brusquement détournée sans se préoccuper des difficultés de la circulation et du préjudice qui en résulte pour les propriétaires circonvoisins.

Il est vrai qu'indépendamment de cette rampe on a pratiqué pour les piétons un emmarchement en face de la rue ; mais cet escalier, témoigne encore de l'incroyable ladrerie qui a présidé à ces travaux, car il n'a qu'un mètre cinquante de large, de sorte qu'il n'y peut passer qu'une personne à la fois. Pour mieux faire comprendre l'inconvénient d'une telle situation, il est utile d'ajouter que la rue Duméril est la seule voie directe pour aller du quartier des Deux-Moulins dans celui du Jardin-des-Plantes et de la Pitié par la rue Geoffroy-Saint-Hilaire.

Ajoutons encore que, à gauche du bastion dont s'agit, des maisons perchées en contre-haut n’ont pour unique passage qu'un étroit chemin défendu par un grossier garde-fou tout à fait insuffisant. Un homme ivre, passant il y a environ trois mois sur cette route en corniche, est tombé par-dessus ce pseudo-parapet et a été très grièvement blessé.

Pourquoi la ville, qui a payé aux heureux concessionnaires de cette entreprise une subvention de 750 fr. par mètre courant de terrain livré à la voie, dans un quartier où le sol est à si bon Marché, pourquoi la ville n'a-t-elle pas imposé aux entrepreneurs de ce boulevard l'obligation d'exproprier non-seulement les immeubles nécessaires au tracé proprement dit, mais encore à la régularisation de ces abords ?

De toute cette savante combinaison il résulte en somme que cette partie du treizième arrondissement est à peu près séparée du reste de Paris, et que l'harmonie du boulevard Saint-Marcel est outrageusement violée par l'énorme protubérance de la rue Duméril.

« Ah ! me disait à ce propos un habitant du quartier, en me montrant cette monstruosité, souffrirait-on pareille énormité sur le boulevard Haussmann ? Mais on trouve que c'est assez bon pour les indigènes du quartier Saint-Marcel. Et pourtant ne payons-nous pas nos contributions comme les autres ? Il est vrai de dire que ce n'est pas comme dans la chanson :

« Sans murmurer,
« Sans murmurer ! »

Charles Louft.


Le Ministère de l'Intérieur répond...

M. Louft confirme



Saviez-vous que ...

L'orage remarquable par sa longue durée plus encore que par sa violence, qui éclata le lundi 23 juillet 1906 au soir sur Paris, causa beaucoup de dégâts. Dans le treizième arrondissement, la Bièvre, très grossie, sortit de son lit et inonda le passage Moret, dont les maisons ont dû durent être évacuées. Rue de la Glacière, 25, les ateliers de MM. Dufresne et Rommutel furent envahis par les eaux.

L'image du jour

Abattoirs de Villejuif, boulevard de l'Hôpital

Vu dans la presse...

1895

Expulsion de zoniers à la Porte de Gentilly

Espérons que la rudesse et la brutalité avec lesquelles la main de l'autorité militaire vient de s'abattre sur les pauvres zoniers de la porte de Gentilly, aura pour résultat de ramener cette importante question à l'ordre du jour, et de lui faire faire un pas vers une solution impatiemment attendue. (1895)

Lire

1911

La Fondation Singer-Polignac

La fondation Singer-Polignac est une maison ouvrière. La maison a été construite en un an. Il y a trois mois, une bande de calicot tendue sur la façade annonçait que soixante-quatre logements étaient à louer dans cet immeuble. Deux cent quatre-vingt-dix-sept postulants se présentèrent. Il y a donc actuellement, au quartier de la Maison-Blanche, deux cent trente-trois ménages en quête d'un logis neuf. (1911)

Lire

1913

Les fêtes de Jeanne d'Arc dans le 13e

Il semble que dans ce lointain faubourg parisien le peuple ait voulu fleurir avec plus de ferveur la fille du peuple, la petite bergère de Domrémy qui sauva la France. (1913)

Lire

1877

La Butte-aux-Cailles

Situé sur les confins du XIVe et du XIIIe arrondissement, l'ancien quartier de la Glacière est, ou plutôt était, il y a peu de temps, un des côtés les plus curieux du nouveau Paris. Las deux bras de la Bièvre s'enchevêtrant, à peine ombragés par quelques maigres peupliers, dans les replis escarpés de la Butte-aux-Cailles. (1877)

Lire

1905

La Place Paul Verlaine

Une délibération municipale, approuvée par un arrêté préfectoral que ratifia, le 28 juillet dernier, un décret présidentiel, a donné le nom de Paul Verlaine à une place sise à Paris dans le 13e arrondissement, à l'intersection des rues Bobillot, du Moulin-des-Prés et de la Butte-aux-Cailles. (1905)

Lire

1870

Avis à la population

Il est établi dans le 13e arrondissement des cantines pour le service des militaires qui montent la garde sur les remparts. (1870)

Lire

1857

Le futur boulevard Saint-Marcel

Un arrêté du préfet de la Seine vient d'ouvrir une enquête à la mairie du douzième arrondissement pour le percement d'un nouveau tracé qui, sous le nom de boulevard Saint-Marcel, doit relier le boulevard Montparnasse au boulevard de l'Hôpital (1857)

Lire

1867

L'élargissement de la rue Mouffetard et l'aménagement de la place d'Italie

L'administration vient de faire déposer à la mairie du 13e arrondissement le plan parcellaire des propriétés dont la cession est nécessaire en tout ou en partie pour exécuter l'élargissement de la rue Mouffetard et la transformation de la place d'Italie. (1867)

Lire

1858

Un nouveau boulevard pour le 12e arrondissement ?

Cette voie s'ouvrira en face la place de la Collégiale et viendra déboucher sur le boulevard extérieuraprès avoir coupé le faubourg Saint-Jacques. (1858)

Lire

1868

Le percement du boulevard Arago

Les démolitions qu'on exécute en ce moment dans le faubourg Saint Marcel viennent de remettre au jour un coin très pittoresque du vieux Paris. (1868)

Lire

1868

Le puits artésien de la Butte-aux Cailles

Les travaux du puits artésien qui est en cours d'exécution à la Butte-aux-Cailles, dans le 13e arrondissement de Paris, se poursuivent régulièrement, et la profondeur atteinte par l'instrument de forage dépasse aujourd'hui 350 mètres. (1868)

Lire

1868

Le percement du boulevard Saint-Marcel

Le plus ancien vestige des édifices religieux encore debout en ce moment, mais qui disparaîtra au premier jour, est le porche de la chapelle Saint-Clément, qui date du quatrième siècle, et dans laquelle fut inhumé en 383 saint Marcel, évêque, de Paris, sous le règne de Théodose. (1868)

Lire

Ailleurs sur Paris-Treizieme