Le dispensaire Émile Loubet
L’Évènement — 5 octobre 1905

Le dispensaire antituberculeux des mutualistes, situé dans le 13ème arrondissement est solennellement inauguré par le Président de la République
Tandis que se poursuivaient au Grand-Palais, les travaux du Congrès de la Tuberculose, les mutualistes conviaient le Président de la République, à venir inaugurer le Dispensaire antituberculeux qu’ils ont créé au numéro 182 de la rue du Château-des-Rentiers.
Malgré son nom d'allure aristocratique et fortunée, cette rue, très longue et très populeuse est située dans un des quartiers les plus remplis de misère, et les plus vous aux accidents douloureux du labeur excessif et malsain. À ce titre, elle est on ne peut mieux choisie pour loger un dispensaire, où les pauvres gens, les travailleurs surmenés, les enfants débilités et émaciés pourront trouver les soins attentifs, éclairés, continus, que nécessite leur état.
Autour du dispensaire, dans la rue même et dans les ruelles avoisinantes, notamment l’Impasse de l’Avenir et la rue Harvey, ce ne sont que maisons basses et sombres, courettes étroites, cahutes de chiffonniers, hôtels logeant eu chambrées les ouvriers des raffineries et des fabriques de céruse, de noir animal. Comme commerce, des cordonniers et des « cambruriers » auxquels s’ajoutent quelques métiers plus ou moins fantaisistes ou macabres.
Le dispensaire
II y a donc dans cette fondation, une idée des plus heureuses.
Elle a été réalisée d’une leçon à la fois simple et complète, et des plus pratiques.
Construites selon les dernières règles de l'hygiène, la maison, vaste et claire, met comme une note rassurante dans tout le noir de ce quartier. Elle se compose de larges salles, où l’air et le jour entrent librement et où tous les services, clinique, sanatorium, chambres, réfectoires, salles du bains, ont été pourvus des plus utiles perfectionnement. Les pièces sont dallées de mosaïques et couvertes de revêtements en céramique ; ni rideaux, ni tapis, rien qui puisse retenir les microbes ou collectionner les miasmes. De la propreté, de la netteté, sans rien de la froideur traditionnelle des hôpitaux.
Derrière se trouve un énorme jardin, que prolonge encore un terrain de vastes dimensions, où l’on établira — c'est l’originalité du ce nouveau dispensaire, une cure d’air pour les malades, ce qui parait devoir être pins efficace que les soins dans des salles d'hôpital. On pourra, d'ailleurs, expérimenter bientôt celle nouvelle médication.
La réception
M. Loubet est arrivé à trois heures et demie. MM. Etienne, Ruau, Clémentel, Berteaux, Sleeg, etc., l'assistaient.
L'accompagnaient, en outre, MM. de Selves, préfet de la Seine ; Lépine, préfet de police ; Brousse, président du conseil municipal ; Barbier, président du conseil général de la Seine ; Mesureur, directeur de l’Assistance publique.
Il a été reçu à l'entrée par M. Émile Collin, président du dispensaire ; entouré de MM. Ch. Prevet, sénateur, président de l’Union nationale des présidents des Sociétés de secours mutuels ; Expert-Bezançon, sénateur, maire du 13ème arrondissement ; Dr Berheim, président de l’Œuvre de La tuberculose humaine ; et du personnel du dispensaire.
La visite a duré trois quarts d’heure, et le Président a paru vivement intéressé par la façon dont avait été réalisée cette conception philanthropique. Il a exprimé à M. Collin et à ses collaborateurs toute sa gratitude pour l'œuvre accomplie et toute la sollicitude des pouvoirs publics.
Des allocutions ont été également prononcées par MM. de Selves et Mesureur.
M. Collin a remercié vivement le Président, ainsi que tous ceux dont le concours dévoué lui à permis de mener cette œuvre à bonne fin, et de combattre effacement et continuellement, le terrible fléau si justement dénoncé aux préoccupations des hygiénistes.
Sur la rue du Château-des-Rentiers
La rue du Château-des-Rentiers est une des plus connues du 13e arrondissement sûrement parce que son nom était une antinomie avec la réalité. Elle menait à l'asile de nuit Nicolas-Flamel où "où afflue chaque soir, d'un pas fatigué, la cohue des journaliers et des gens de métier victimes du chômage."
Mais ce n'était pas de ce château là dont la rue conserve la mémoire.
Longtemps courut la légende que le château en question était celui construit, au XVIIIe siècle, par un riche « rentier » d'Ivry, le sieur Vieillard. La chronique du temps, rapportait le Gaulois du 23 septembre 1904, vantait fort la beauté du site dominant la Seine, par delà la rustique barrière des « Deux-Moulins », et s'extasiait sur ses jardins « tout remplis de statues, d'obélisques, de rotondes et de pavillons » de tout ce que nos pères qualifiaient, en un mot, de « fabriques ».
La légende était fausse.
Le "vieux chemin d'Ivry" qui allait de l'ancienne barrière des Gobelins à Ivry prit le nom de "Château-des-Rentiers" pour sa partie parisienne (à Ivry, il est devenu l'avenue Maurice Thorez) à raison de l'existence d'une sorte de pension pour personnes modestes appelée le "petit château des rentiers" sur laquelle une affaire criminelle attira l'attention au moment de son examen par la Cour d'assises de la Seine en août 1823 dont le Journal des débats politiques et littéraires du 26 août rendit compte :
" Le 15 mai dernier, un horrible attentats failli être consommé sur la personne d'un vieillard respectable et infirme, le sieur Antoine Reboul, âge de soixante-sept ans et demi, ancien marchand de draps, retiré à Ivry près Paris, dans une maison qui a été nommée par son propriétaire, à cause de sa destination, le petit château des rentiers. C'est, en effet, une sorte de retraite pour des personnes jouissant d'un revenu modeste, et qui veulent s'arracher au tumulte de la ville.
Un jeune homme qui demeurait dans la même maison, et qu'il honorait de sa bienveillance, a été arrêté comme auteur de ce crime. Déjà ce furieux avait frappé le malheureux vieillard de trois coups de couteau, et l'avait renversé sur son lit, où il s'apprêtait à lui porter le coup mortel. L'arrivée de deux femmes attirées par le bruit l'interrompit à peine, et il frappa encore sa victime de deux autres coups avant de laisser sa proie.
L'accusé, saisi en quelque sorte en flagrant délit, était un jeûne homme de vingt-quatre ans, nommé Alexandre Goujon , lequel, après avoir embrassé sans succès les professions de papetier et d’ébéniste, les avait abandonnées l’une et l'autre , et s'était retiré dans la même maison que Reboul, au château des rentiers, où il prit un logement de cent francs, par an. Il n'y eut aucun moyen, aucun mensonge qu’il n’employât pour capter la confiance de ce vieillard, sans cesse avec lui, il semblait sympathiser à tous ses goûts ; il disait aux voisins que Reboul, espèce de misanthrope, ayant été trompé par tous ceux avec qui il avait eu affaire, et ayant même manqué d'être empoisonné par une de ses maîtresses, ne pouvait vivre qu'avec lui Goujon , et que cela n’était pas étonnant, car il n'aimait que les personnes âgées et prudentes."
En 1840, ce château-des rentiers existait encore. En 1847, compris dans le périmètre des fortifications en construction, notamment du bastion 90, il n'était plus qu'un lieu-dit. Le nom de rue du Château-des-Rentiers est attesté depuis au moins 1844.

Sur l'asile Nicolas-Flamel
Situé au n°71 de la rue du Château-des-Rentiers, sa création fut décidé en 1888 en remplacement de l'asile de la rue de la Bûcherie amené à disparaître lors du prolongement de la rue Monge. Le choix de l'implantation fut fait en raison de la faible valeur des terrains de cette rue (7 francs le mètre) comparé à celle d'un autre terrain disponible avenue d'Ivry (25 francs le mètre).
- Le 14 juillet des miséreux (1896)
- Le bon refuge (1901)
- L'assistance par le travail (1904)
- Hôtel particulier rue du Château-des-Rentiers (1924)
- Ce sont les clochards qui assurent le chauffage des écoliers parisiens (1942)
Sur le dispensaire antituberculeux Émile-Loubet
- L'inauguration du dispensaire - Le Petit-Parisien (1905)
- L'inauguration du dispensaire - L'Evènement (1905)









