Dans la presse...



La maison de Victor Hugo à Gentilly

Le Temps — 24 octobre 1926

Il a fallu d'urgence, ces jours-ci, obliger, une quinzaine de pauvres ménages à quitter une maison pittoresque, rue Frileuse, à Gentilly ; elle venait, en partie, de s'effondrer. On nous a justement apitoyés sur le sort des locataires. Et l’on nous a dit, sur le vieux logis qui mourait d'abandon et de vétusté, bien des choses où l'exactitude avait moins de place que l'imagination.

Ce logis possédait une tourelle. Dès qu'une ancienne maison possède une tourelle, on recule volontiers son, origine dans les lointains de l’histoire, et l'on ne trouve jamais d'hôtes assez illustres dignes de l'avoir habitée. C'est ainsi que la maison de la rue Frileuse, à Gentilly, est devenue la maison de la reine Blanche, en concurrence avec une autre maison dite également de la reine Blanche, aux. Gobelins, sans qu'on sache davantage pourquoi. La légende locale, en veine d'attributions pompeuses, en a fait, en outre, une de ces demeures elles pullulent à Paris où Henri IV et Gabrielle d'Estrées passent pour avoir donné au peuple la spectacle galant et royal d'une fidèle infidélité. Les archéologues seraient bien en peine de reconnaître dans la maison de Gentilly une construction du douzième siècle, et même du seizième. La chronique badaude ne s'embarrasse pas de ces contradictions et, une fois disparue, la maison de la reine Blanche figurera, sous ce nom, dans l'histoire architecturale de notre banlieue.

Elle y figurera heureusement sous un autre nom, qui lui appartient sans conteste, et qui aurait dû la protéger et la sauver. Elle a droit d'être appelée « la maison de Victor Hugo ». Il l'habita au temps de sa vingtième année, quand il écrivait ses Odes et qu'il était amoureux de son amie d'enfance Adèle. Elle-même, plus tard, dans Victor, Hugo raconté par un témoin de sa vie, écrira :

« II avait obtenu de passer l'été près de sa fiancée [à Gentilly]. Mme Foucher occupait un étage d'un ancien presbytère, où il n'avait pas trouvé une chambre libre ; mais la maison, rebâtie et toute moderne, avait laissé debout une vieille tourelle de l'ancienne construction, où il y avait une chambre, vrai nid d'amoureux ou de poète. Quatre fenêtres percées aux quatre points cardinaux recevaient le soleil à toute heure. »

Que le Gentilly d'alors était charmant ! A droite et à gauche, s'étendait un vaste terrain cultivé, bordé d'avenues de peupliers dont la Bièvre aux eaux lourdes doublait les orgueilleuses cimes ; plus loin, c'était la campagne, la plaine fleurie, la vallée gaie et verte.

Avant d'y venir, loger, le poète, enchanté de cette villégiature, écrivait, de sa mansarde de la rue du Dragon, à Adèle Foucher « Ainsi, je te verrai tous les jours ; ainsi, chaque matin, en me levant, je pourrai voir les premiers rayons du soleil se refléter sur les vitres derrière lesquelles dormira ce que j'ai de plus cher et de plus précieux au monde. Je serai là, au haut de cette tour, comme la sentinelle qui veillera sur ton bonheur et sur ton repos… Adieu, mon Adèle adorée. Dors bien et donne-moi une pensée en t'éveillant, puisqu'il n'y aura de place pour moi dans tes rêves que lorsque j'habiterai mon colombier... »

Le séjour à Gentilly dura « le doux mois d'avril » et « le beau mois de mai » les fiancés se promenaient sagement dans les jardins, dont les fous de Bicêtre entretenaient les plates-bandes. En juillet, la famille Foucher était de retour à Paris, et, le 12 octobre 1822, ce furent enfin les noces tant désirées. Mais tout se brouille dans la mémoire des hommes, et les reporters, ayant entendu dire que le poète abritait là ses amours, nous ont généralement donné ce lieu comme ayant été le décor, non du prélude de la chaste idylle, mais de la préface du roman encore clandestin du chantre d'Olvmpio et de sa muse Juliette Drouet.

Gentilly n'avait gardé aucun souvenir du passage dans le pays de l'auteur des Feuilles d'automne. Il avait bien baptisé une de ses plus belles voies rue Victor-Hugo, mais c'était à l'imitation de toutes les communes de France. Deux érudits. Fernand Bournon et Edgar Mareuse, s'avisèrent, en 1906, de réveiller les échos d'un séjour oublié. La maison, quoique déjà fort injuriée du temps, avait encore l'honnête aspect d'une bonne habitation bourgeoise sous Louis XV. Elle avait conservé son perron à deux rampes, d'un fort joli ouvrage, et quelques mètres de son jardin. Elle avait surtout gardé, mais casquée de zinc, sa tourelle autrefois coiffée d'ardoises. Des quatre fenêtres qui avaient appelé le soleil, deux subsistaient. On pouvait accéder à la chambre circulaire d'un diamètre d'à peine deux mètres et demi, où le poète, qui l'appelait son colombier, avait corrigé ses premiers vers et bercé ses premières amours. On aurait pu, il y a vingt ans, consolider les pierres branlantes et prêter quelque survie à la vieille maison. La municipalité n'en fit rien. Quand, en 1922, la commission du Vieux-Paris, autorisée à étendre sa vigilance à la banlieue, la visita, elle était irrémédiablement condamnée. On se borna à en prendre, pour le Casier archéologique, des photographies qui, avec l'aquarelle de Louis Boulenger, en perpétueront l'image.

Dans des pages de Claude Gueux et des Misérables, Victor Hugo, à plusieurs reprises, revient en pensée vers ce logis de sa jeunesse, tapissé de ses chères visions. Misérables et gueux, par une étrange coïncidence, en auront été les derniers hôtes. Ils espéraient, jusque sous la menace de l'écroulement, que le souvenir de l'idylle du poète leur serait une sauvegarde. Mais les idylles se, brisent et les maisons meurent…

Georges Montorgueil
 

Sur les communes limitrophes du XIIIe

Gentilly

Le décor de la vie par Léandre Vaillat (Le Temps - 1936)

Kremlin-Bicêtre

Le décor de la vie par Léandre Vaillat (Le Temps - 1936)

La Tournée par Élie Richard (Paris-Soir - 1930)

Ivry-sur-Seine

Le décor de la vie par Léandre Vaillat (Le Temps - 1935)

Saviez-vous que ...

L'image du jour

La Zone à la porte de Bicêtre

Vu dans la presse...

1861

Le nouveau Paris

L'ex-commune de la Maison-Blanche, au-delà du boulevard d'Italie, est une des parties annexées qui offrent le plus de difficultés pour le nivellement, car d'un côté il s'agit de franchir les hauteurs de la Butte-aux-Cailles, et de l'autre il faut remblayer des fondrières, des carrières abandonnées... (1861)

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1863

Les projets pour le XIIIe arrondissement

Le treizième arrondissement se compose, comme le douzième, d'une fraction de l'ancien Paris et d'une partie annexée. Cette dernière est comprise entre les anciens boulevards extérieurs, les rues de la Santé et de la Glacière, les fortifications et la Seine. La butte des Moulins, la butte aux Cailles et les bas-fonds de la Bièvre, en font une des régions les plus mouvementées de la zone suburbaine, et, par conséquent, une de celles qui présentent le plus d’obstacles à une viabilité régulière; de là, des tâtonnements et de longues études. (1863)

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1866

Les travaux du chemin de fer de Ceinture : du pont Napoléon au tunnel de Montsouris

Les travaux du chemin de fer de Ceinture, toujours conduits avec la même activité, sont terminés sur une grande partie, du parcours, en ce qui concerne les terrassements et les ouvrages d'art ; aussi a-t-on, déjà commencé le ballastage, la pose des voies et l'édification des bâtiments de stations. (1866)

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1861

Le viaduc de la Bièvre

On continue à s'occuper très sérieusement du tracé du chemin de fer de ceinture sur la rive gauche ; les études du pont à jeter sur la Seine et celles du viaduc dans la vallée de la Bièvre sont maintenant terminées. (1861)

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1925

Une nouvelle Cour des Miracles

Vous ne connaissez pas le passage Moret, cela n'est pas surprenant, car, sauf ses malheureux habitants, leur conseiller municipal qui se débat comme un diable pour les secourir, chacun à l'envi les oublie. Chaque fois que les représentants de l'administration se souviennent de ce restant de l'Ile des Singes, c'est pour lui causer un dommage nouveau. (1925)

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1925

Les habitants du passage Moret vont être « clos et couverts »

Les pauvres et déplorables locataires de la ville de Paris, dans son domaine de l'Ile des Singes, partie dénommée sur la nomenclature le Passage Moret, vont apprendre avec joie que l'inondation de leurs taudis, par en haut, va cesser à bref délai. (1925)

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1926

Un propriétaire avait vendu 100 francs son immeuble à ses locataires

Dans le populeux quartier des Gobelins, il est un groupe de gens à qui l'on a mis le bonheur — bonheur relatif, d'ailleurs — à portée de la main, et qui se disputent au lieu de le cueillir sagement. Ces gens demeurent sous le même toit, 9, passage Moret, voie vétuste qui semble être restée dans le même état qu'au temps des mousquetaires. (1926)

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1927

La Ville de Paris osera-t-elle jeter à la rue les locataires du passage Moret ?

La Ville de Paris, qui loue pour rien les luxueux pavillons du Bois de Boulogne aux jouisseurs et aux parasites, veut expulser de malheureux travailleurs de logements peu confortables certes, mais pour lesquels ils paient un lourd loyer. (1927)

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1927

La Ville de Paris est parvenue à faire expulser les locataires

Les locataires n'étaient pas plutôt dans la rue que des démolisseurs se mettaient à l'ouvrage pour le compte d'un garage Renault qui fait procéder à des agrandissements.
Ainsi les limousines des exploiteurs seront à l'abri et les locataires logeront où et comme ils pourront. (1927)

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1927

Dans le passage Moret où règne la misère

Que l'on démolisse les taudis, nids à tuberculose qui pullulent dans la « Ville-Lumière », nous n'y trouverons rien redire, au contraire ! Mais que sous prétexte d'assainissement, comme cela s'est produit passage Moret, on expulse, en 21 jours, au profit d'un garage, des malheureux que l’on a finalement « logés » dans des taudis sans nom, c'est un véritable scandale ! (1927)

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1937

Oasis faubourienne

Tout un coin de Paris est en train de se modifier singulièrement. Huysmans ne reconnaîtrait plus sa Bièvre. Non seulement le ruisseau nauséabond est maintenant couvert depuis bien des années, mais le sinistre passage Moret a presque complètement disparu de la topographie parisienne et, au milieu de cette année, les fameux jardins dont la jouissance était réservée aux tisseurs et dessinateurs de la Manufacture des Gobelins, vergers en friche qui, quelquefois, servaient de dépôt d'ordures aux gens du quartier, auront perdu leur aspect de Paradou abandonné. (1937)

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1938

Un jardin unique en son genre, celui des Gobelins, va être inauguré la semaine prochaine

Paris aura la semaine prochaine un nouveau jardin public, un très beau jardin. Il n’en possédera jamais trop !
Le fait est d’autant plus intéressant que ce nouveau jardin se trouve dans un arrondissement, au reste fort peuplé, le 13e, qui, il y a encore un an, ne possédait pas le moindre square. (1938)

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