Raffinerie Say
[...] A quelques pas de là, sur le boulevard de la Gare, occupant tout l'espace compris entre les rues Dunois et Jeanne-d’Arc, vous remarquerez un bâtiment immense. Sur son fond blanc, se dessinent en lignes de brique les cintres de ses basses et nombreuses fenêtres. Au-dessus des toits s'élève la haute pyramide rose d'une cheminée d'usine. Vu de loin, l’aspect de ces bâtiments est assez celui d'une immense minoterie. C'est la célèbre raffinerie Say, un de ces établissements dont l'industrie française est fière à juste titre, le centre de production le plus actif en ce genre.

CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Si, par l'ouverture de la haute porte qui lui donne accès, vous jetez un regard dans la grande cour, vous vous rendrez compte de l'incessante activité qui règne en cette usine. Les tombereaux pleins de charbon entrent en croisant les camions emportant des miniers de kilogrammes de sucre en pains. Les ouvriers lavent à la fontaine leurs corps nus jusqu'à la ceinture; les contremaîtres, les chefs d'atelier affaires vont des bureaux à l'usine, de l'usine aux bureaux. Ici, depuis l'aube jusqu'à la un du jour, l'inaction est chose inconnue le travail s'accomplit sans s'interrompre un instant, sous une surveillance constante.
La raffinerie Say, première en importance des huit qui sont établies à Paris, livre à la consommation environ vingt mille pains de sucre par jour, soit 240.000 kilogrammes elle emploie, pour cette production, environ deux mille cinq cents sacs de sucre brut.
Alexis Martin
Les étapes d'un touriste en France : Paris,
promenades dans les 20 arrondissements
1890

La raffinerie Say
Lorsqu'on regarde des plans de Paris de la première moitié du XIXè siècle, on constate qu'un "cimetière du sud-est" est souvent dessiné à droite de la barrière de Fontainebleau en sortant de Paris. Ce cimetière, qui ne verra jamais le jour, devait être le pendant de celui, créé celui-là, qui deviendra le cimetière du Montparnasse. Dès lors, le coin nord-ouest du futur quartier de Gare, changera de destin, restant pour quelques années encore la partie la plus excentrée d'Ivry mais vivant de sa proximité immédiate de Paris.
La nouvelle raffinerie de la Jamaïque
En 1828, une raffinerie de sucre dite la "nouvelle raffinerie de la Jamaïque" sise "boulevard de l'hôpital extérieur" sur la commune d'Ivry, est à vendre sur licitation. On ignore quand cette raffinerie a été créée mais on sait qu'en 1826, un inventaire de succession en témoigne, elle était dans le patrimoine d'un nommé Jean-Amable de Juré (1773-1826), né à Nantes, colon réfugié de Saint-Domingue et qu'elle était exploitée par un nommé J.-J. Prévost qui possédait une autre raffinerie de sucre à Paris et qui se désintéressa, en 1830, de celle d'Ivry.
Cette vente sur licitation fut de toute évidence infructueuse, mais il est sûr qu'après de retrait de J.-J Prévost, la raffinerie devint en 1831 la propriété de Louis Say qui exploitait déjà une raffinerie à Nantes. Louis Say décèdera en 1840. La raffinerie sera exploitée ensuite par Constant Say, puis Henri Say qui s'associera avec Ernest Cronier.
En 1905, ce dernier tentera une opération de manipulation du cours des sucres qui échouera. Ce sera le "Krach des sucres". Il y laissera sa fortune et la vie puisqu'il se suicidera devant le désastre.
La raffinerie Say vue en 1890
Les articles publiés lors du "Krach des sucres"
- Histoire de la raffinerie Say (La Gazette de France - 2 septembre 1905)
- Histoire de la raffinerie Say (La Gironde - 5 septembre 1905) - plus complet que le précédent
- A la raffinerie Say (L'Illustration - 9 septembre 1905)
L'accident de 1908
Voir aussi
La raffinerie Say se dota en 1869 d'un puits artésien construit en moins de 2 ans sans aucun problème tandis que le puits artésien de la butte-aux-Cailles, lancé 5 ans plus tôt s'enfonçait dans les difficultés. Un second puits fut creusé en 1936.

