La raffinerie Say
La Gironde— 3 septembre 1905
L'un de nos confrères avait fait l’historique de cette raffinerie, créée en 1832 par Louis Say, qui était alors raffineur à Nantes et vint à Paris, où il baptisa l'usine « Raffinerie de la Jamaïque ». La raison sociale était: « Louis Say père et fils et Cie » ; les fils étaient Constant, Adolphe et Louis Say.
Le 21 février 1834, la Société se modifiait par l'entrée de M. Constant Duméril. parent du savant professeur au Muséum d’histoire naturelle, et dont le nom a été donné à l'ancienne rue du Marché-aux-Chevaux. La raison sociale devenait « Say père et fils et Dumeril ».
À la mort de M. Louis Say père, en juin 1840, la Société est reconstituée ; elle comprend M. Constant Say, M. Duméril, M. Adolphe Say, M. Louis Say, et un cinquième associé non dénommé. M. Delaroche.
Le bilan du 30 juin 1846 n’a plus que deux signatures: MM. Constant et Louis Say.
M. Louis Say fils se retire en octobre 1848, et à partir du 1er novembre M. Constant Say reste seul à la tête de la raffinerie.
Il y avait à cette époque un certain nombre de petites raffineries à Paris, dont la plupart était situées dans la partie nord, usines Installées pour travailler de préférence les sucres de betteraves, tandis que la raffinerie Constant Say s'attachait surtout aux sucres de canne des colonies.
Resté seul, M. Constant Say, par un travail opiniâtre, parvint très rapidement à placer son usine au premier rang de l’industrie. Il devint membre de la Chambre de commerce de Paris et obtint la décoration de la Légion d’honneur, au début de l’année 1863.
À l'occasion de cette décoration, et pour remercier ses ouvriers de leur collaboration, M. Constant Say créa d’utiles institutions : prime de 500 francs aux ouvriers ayant quinze années de service sans interruption ou vingt années avec interruptions ; allocation annuelle de 300 francs aux ouvriers ayant vingt années de service sans Interruption ou vingt-cinq années avec interruptions ; retraite de 500 francs par an aux ouvriers que l’âge et les infirmités empêchent de travailler après vingt années de service au moins.
En 1868, M. Constant Say complète son œuvre par la création de caisses de secours pour les ouvriers malades et blessés. Ces institutions admirables sont demeurées telles, après plus de quarante années d’expérience, que M. Constant Say les a organisées. Les principaux coltaborateurs de M. Constant Say étaient : M. Vartet, puis M. de Forceville, pour la fabrication ; M. Vince et M. Fressou, pour les affaires commerciales ; M. Fréchin, directeur du matériel.
M. Constant Say mourut à Biarritz le 17 août 1871, à l’âge de cinquante-six ans.
La raffinerie continua à fonctionner sous la direction de Mme veuve Constant Say, mais pour bien peu de temps, et elle mourait huit mois après son mari, le 14 avril 1872. Elle n’avait eu que le temps de confirmer les institutions de prévoyance créées par M. Say.
En mourant, Mme Say laissait trois enfants dont deux mineurs. Pour réserver leurs intérêts, il y eut d’abord liquidation provisoire du mois d’avril au 30 juin 1872 ; puis, par acte du 23 juillet de la même année, la raffinerie fut placée sous cette nouvelle formule : « Société anonyme de la raffinerie Constant Say, au capital de 14 millions de francs. »
En mars 1873, M. Ernest Cronier entre à la raffinerie et prend spécialement la direction technique de l’usine ; il devient actionnaire de la Société.
M. de Forcevllle, prenant sa retraite au mois de mars 1877, pour raisons de santé, M. Cronier est nommé membre du conseil d'administration et adminisitrateur délégué.
La Société anonyme, créée pour une période de neuf années, fut prorogée successivement en 1881 et en 1890. La Société comprit, en 1892, les petits fils de M. Constant Say, puis, le 25 mai 1895, M. Henry Say, réalisant le vœu fondamental de son père et de sa mère, créait une nouvelle société sous la dénomination : « Raffinerie C. Say, Henry Say et Cie ».
M. Ernest Cronier prenait le titre de directeur général de la raffinerie, et conservait comme collaborateurs MM. Pélissier, de Temmermann et Lefort.
À la mort de M. Henry Say, la Société reprit sa forme précédente, avec un capital de 32 millions de francs, porté ensuite à 38 millions 250,000 francs.
C’est sous la direction de M. Ernest Cronier que furent entrepris les grands travaux de transformation de l'outillage industriel, qut ont placé l'usine au rang des établissements les plus considérables de notre époque.
C’est également sous sa direction que furent construites les belles sucreries d'Egypte et qu'il transforma les fabriques de sucre d’Ardres, d'Estrée-Blanche et de Saint-Just, dans le nord de la France.
Il y a peu de mois, les anciennes sucreries de Fives-Lllle, Abbeville, Coulommiers et Neuilly-Saint-Front étaient achetées par la Société des raffineries et sucreries Say.
La raffinerie Say recevait les économies de son personnel ; elle créa une caisse d’épargne. Aux sommes remises en dépôt, un intérêt de 5 % l’an est servi. Ces intérêts, réglés tous les six mois, sont portés au crédit du compte de chacun.
Pour les ouvriers, les économies sont reçues à partir de cinq francs à la fois et par multiples de cinq francs. Quand les versements atteignent cent francs, la somme est portée au compte d’intérêts.
Enfin, la raffinerie consent à conserver les fonds qui sont placés à la caisse au moment de la mort de l'employé ou de l’ouvrier. Elle ne permet plus de versements nouveaux, mais sert les intérêts ou les laisse se capitaliser.
Un certain nombre d’employés et ouvriers étaient ainsi parvenus à se constituer un pécule d’une dizaine de mille francs.
On certifie qu'ils n’ont rien à craindre pour leur avoir.
La raffinerie Say
Lorsqu'on regarde des plans de Paris de la première moitié du XIXè siècle, on constate qu'un "cimetière du sud-est" est souvent dessiné à droite de la barrière de Fontainebleau en sortant de Paris. Ce cimetière, qui ne verra jamais le jour, devait être le pendant de celui, créé celui-là, qui deviendra le cimetière du Montparnasse. Dès lors, le coin nord-ouest du futur quartier de Gare, changera de destin, restant pour quelques années encore la partie la plus excentrée d'Ivry mais vivant de sa proximité immédiate de Paris.
La nouvelle raffinerie de la Jamaïque
En 1828, une raffinerie de sucre dite la "nouvelle raffinerie de la Jamaïque" sise "boulevard de l'hôpital extérieur" sur la commune d'Ivry, est à vendre sur licitation. On ignore quand cette raffinerie a été créée mais on sait qu'en 1826, un inventaire de succession en témoigne, elle était dans le patrimoine d'un nommé Jean-Amable de Juré (1773-1826), né à Nantes, colon réfugié de Saint-Domingue et qu'elle était exploitée par un nommé J.-J. Prévost qui possédait une autre raffinerie de sucre à Paris et qui se désintéressa, en 1830, de celle d'Ivry.
Cette vente sur licitation fut de toute évidence infructueuse, mais il est sûr qu'après de retrait de J.-J Prévost, la raffinerie devint en 1831 la propriété de Louis Say qui exploitait déjà une raffinerie à Nantes. Louis Say décèdera en 1840. La raffinerie sera exploitée ensuite par Constant Say, puis Henri Say qui s'associera avec Ernest Cronier.
En 1905, ce dernier tentera une opération de manipulation du cours des sucres qui échouera. Ce sera le "Krach des sucres". Il y laissera sa fortune et la vie puisqu'il se suicidera devant le désastre.
La raffinerie Say vue en 1890
Les articles publiés lors du "Krach des sucres"
- Histoire de la raffinerie Say (La Gazette de France - 2 septembre 1905)
- Histoire de la raffinerie Say (La Gironde - 5 septembre 1905) - plus complet que le précédent
- A la raffinerie Say (L'Illustration - 9 septembre 1905)
L'accident de 1908
Voir aussi
La raffinerie Say se dota en 1869 d'un puits artésien construit en moins de 2 ans sans aucun problème tandis que le puits artésien de la butte-aux-Cailles, lancé 5 ans plus tôt s'enfonçait dans les difficultés. Un second puits fut creusé en 1936.









