Dans la presse...

 Le puits artésien de la Butte-aux-Cailles

Le puits artésien de la Butte-aux-Cailles

Le Temps — 11 août 1897

« Les travaux du puits artésien de la Butte-aux-Cailles, dans le 13e arrondissement, sont poussés avec la plus grande activité... Certainement, ils seront terminés avant l’année prochaine... »

Ceci fut publié dans la plupart des journaux pari siens le... 10 avril 1865.

En 1897, trente-deux ans après, les mêmes travaux, quelque activité qu’on ait déployée, ne sont pas encore achevés. Et la même phrase pourrait être réimprimée aujourd’hui, mais cette fois avec plus de chances d’exactitude.

Le 6 août, en effet, nous l’avons raconté, l’eau qu’on avait fini par rencontrer à 567 mètres de profondeur monta lentement dans la colonne du puits ; la pression intérieure la pousse aujourd'hui jusqu’à vingt mètres du sol, et, s’il ne se produit aucun accident, elle devra, disent les ingénieurs, s’échapper bientôt en un jet énorme, plus considérable que tous ceux réunis des autres puits artésiens de Paris.

Malheureux puits artésiens ! Lorsqu’on 1833, on parla de creuser le premier, qui est celui de Grenelle, le public n’eut que railleries pour l’œuvre entreprise. Arago affirmait pourtant qu’on atteindrait sans difficultés la nappe jaillissante que forme sous la « cuvette » parisienne l’accumulation des eaux infiltrées sur les hauts plateaux de la Champagne. Chimères ! répondit la foule, et l’on blâma avec énergie « l’aveuglement ministériel qui sacrifiait le budget de la France, à de pareilles folies ». Le théâtre même s’en mêla, et les revues de l’époque n’épargnèrent pas Mulot, l’ingénieur chargé des sondages.

Celui-ci n’en continua pas moins ses travaux. Mais un accident vint les retarder en 1837 : la sonde sa cassa et son extrémité inférieure tomba au fond du puits. Il fallut quinze mois pour la retirer. Enfin, la 26 février 1841, l’eau jaillit tout à coup et s’élança, fumante, à soixante pieds au-dessus du sol.

On n’eut plus alors assez de bravos pour Arago et pour Mulot ; un enthousiasme fou succéda au dénigrement d’autrefois ; on rêva d’eaux thermales — l’eau avait 28 degrés — de piscines gigantesques, etc... II fallut bientôt en rabattre. La puits avait donné, an début, 900 mètres cubes d’eau par jour ; mais ce chiffre diminua peu à peu jusqu'à 400 mètres cubes : c’était payer très cher un bien petit volume d'eau.

Malgré ces résultats peu encourageants, on décida cependant le forage de trois autres puits. La nappe d’eau qu'on avait rencontrée à 548 mètres était peu importante ? On en chercherait d’autres plus profondes. Et l’essai fut tenté presque en même temps à Passy, à la Chapelle (place Hébert) et à la Butte-aux-Cailles.

À Passy, les travaux durèrent six ans, de 1855 à 1861. La nappe d’eau fut atteinte à 587 mètres, et le rendement du puits dépassa d’abord toutes les espérances : on eut tout de suite 20,000 mètres cubes d’eau par jour. Malheureusement, cela dura peu et le débit baissa rapidement ; aujourd’hui, il n’est plus que de 5,800 mètres cubes, qui suffisent à peine à entretenir les fausses rivières du bois de Boulogne.

Place Hébert, on fut encore moins heureux. À 718 mètres, on trouva l’eau ; mais la nappe était la même que celle de Grenelle, et l’on n’obtint au nouveau puits que 350 mètres cubes d’eau, avec lesquels on alimenta une piscine scolaire.

Que donnera maintenant le puits de la Butte-aux-Cailles ? M. Arrault, qui s’est chargé de le terminer, espère beaucoup :

Le puits, nous dit-il, commencé en 1863 par Mulot, fût conduit, sans trop de difficultés jusqu’à une assez grande profondeur. On traversa d’abord des couches d’argile de diverses natures, un banc de sable, puis différentes sortes de calcaires grossiers.

À quatre mètres au-dessus du niveau de la mer on rencontra le terrain crétacé : il fallut couper des roches énormes ; un seul morceau retiré du puits pesait 560 kilos ; un peu plus bas, ce fut une nappe d’eau qui donnait jusqu’à 900 litres à la minute et qu’on traversa péniblement. Enfin, on arriva au banc de craie pure dont l’épaisseur moyenne est de 500 mètres. Dès lors, on pouvait aller vite, et en effet, dès 1865, on atteignait la profondeur de 530 mètres : le puits avait 1 m. 20 de diamètre.

Mais alors, l’étage crétacé devint tellement argileux et « éboulant » qu’un « tubage » protecteur s’imposait. En d’autres termes, il fallait descendre au fond du trou une colonne de fonte de 535 mètres de longueur, de 90 centimètres de diamètre, pesant 170,000 kilo grammes.

On ne s’y décida qu’en 1892. L’opération eut lieu sans accident, et on consolida le tube protecteur en coulant tout autour et sur toute sa hauteur une gaine en ciment.

Il ne s’agissait plus alors que de traverser les couches argileuses du Gault, qui précédent les « sables verts » voisins de la nappe d’eau. Un second tube intérieur de 60 centimètres fut descendu et pénétra dans le sol au fur et à mesure du forage.

Aujourd’hui nous sommes à 567 mètres ; les sables verts sont atteints, et l’eau monte. Quelques mètres encore et elle jaillira, comme elle le fit dans les mêmes conditions du puits voisin de la raffinerie Say. Ce puits donna, par jour, 4,000 mètres cubes d’eau. Nul doute qu’à la Butte-aux-Cailles, où la conduite est plus forte, nous n’obtenions de 8 à 10,000 mètres cubes d’eau tiède.

La nappe qui les fournira n’est autre, il est vrai, que celle du puits de Passy. Et ce n’est point encore cette lois que le rêve, fait en 1850, de traverser les sables verts et d’aller chercher encore plus bas la nappe importante qui doit y exister, sera réalisé.

On a beaucoup parlé, il y a deux ans, de cette nappe problématique, qui pourrait, à elle seule, fournir à Paris toute l’eau dont il a besoin. C’était à propos de « l’océan de Cornouailles », dont M. Paschal Grousset se fit le parrain, d’après les récits que lui en avait fait un géologue anglais.

Le Temps publia alors les opinions de MM. Berthelot, Tisserand, Adolphe Carnot, qui successivement déclarèrent n’avoir jamais entendu parler de cet océan. M. de Lapparent donna ensuite son avis, montra que les eaux de Cornouailles pourraient à peine venir jusqu’à la banlieue de Londres, mais ajouta que pourtant une nappe d’eau devait exister à une cinquantaine de mètres au-dessous des sables verts, dans les sables du crétacé inférieur.

Peut-être cherchera-t-on plus tard à l’atteindre ; car il semble maintenant démontré qu'une dizaine de puits artésiens, s’alimentant dans l’unique nappe de Passy et de la Butte-aux-Cailles, finiraient par l’épuiser, sans que le volume d’eau obtenu augmentât sensiblement.

On s’en est déjà préoccupé, disait, en 1895, M. de Lapparent, et lors qu'il entreprit le forage du puits de la place Hébert, l'ingénieur Belgrand, avait l’intention de traverser la nappe des sables verts pour en chercher d’autres plus profondes. Les difficultés rencontrées ont fait abandonner ce dessein. Mais il pourrait être opportun d’y revenir à l’heure où l’on vient de prescrire la grave mesure du tout-à-l’égout. Nous avons passé, il, y a vingt-six ans, par l’épreuve d’un siège de cinq mois. Que pareille éventualité se renouvèle ; comment fera-t-on pour se procurer, une fois les conduites coupées, la quantité d’eau nécessaire pour les nouveaux besoins de la capitale ? Essayera-t-on de la puiser dans la Seine ? Mais il y faudrait de puissantes machines dévorant beaucoup de charbon de terre, c’est-à-dire la chose la plus vite épuisée en cas de siège. Donc, il est d’une élémentaire prévoyance de se prémunir contre un tel danger, et puisque la solution dépend des nappes profondes, une reconnaissance préalable de ces dernières aurait vraiment un caractère d’utilité publique.

Camille Géant.


Sur le puits artésien de la Butte-aux-Cailles

Les travaux de creusement du puits artésien de la Butte-aux-Cailles durèrent globalement près de 40 ans dont 20 durant lesquels ils furent totalement à l'arrêt. Les travaux proprement dits commencèrent en avril 1863 et rencontrèrent de multiples difficultés qui ne permirent pas d'avancer significativement. La Commune de Paris n'épargna pas le puits et les communards incendièrent les installations. Après la Commune, les travaux reprirent mais s'interrompirent dès 1872 ou 1873 faute pour la ville de trouver un accord financier avec l'entrepreneur pour les travaux restant à accomplir mais aussi dans l'attente des résultats définitifs du creusement d'un autre puits artésien, place Hébert.

Première époque (1863-1872)

Deuxième époque : le puits oublié (1872-1892)

Une fois les travaux interrompu, le puits artésien de la Butte-aux-Cailles tombe dans l'oubli. Il faut dire que sa nécessité n'est plus évidente. Paris avait fait face à ses besoins en eaux et l'idée de base du puits, avoir un jaillissement d'eau en un point haut de la capitale, n'est plus la seule réponse aux problèmes d'alimentation en eau.
En 1889, le journal Le Figaro pose la question du devenir du puits sans susciter d'écho. En janvier 1892, c'est le quotidien le Soleil, sous la signature de Marcel Briard, qui pose à nouveau la question mais cette fois, une réaction semble s'enclencher.
Ernest Rousselle, conseiller municipal du quartier Maison-Blanche, se saisit de l'affaire et finallement, en juillet 1892, le préfet de la Seine décide de relancer les travaux et présente au conseil municipal de Paris un mémoire tendant à la reprise des travaux interrompus depuis près de 20 ans.

Troisième époque : reprise des travaux et l'inauguration du puits (1893-1904)

Les travaux reprirent donc début 1893 et dans les premiers jours d'août 1897, l'eau tant recherchée, enfin, jaillit. Cependant, l'histoire n'était pas terminée car ce n'est pas encore la nappe d'eau visée par les géologues qui a été atteinte. Il faut encore creuser. La presse se montre de plus en plus critique ou sacarstique à l'égard du chantier car il est clair que le puits artésien, 35 ans après son lancement, ne répond plus à aucune nécessité. Tout au plus, sont évoqués un usage pour améliorer le flux des égouts voire l'idée d'une piscine gratuite pour les habitants du quartier.
Le 16 septembre 1898, la nappe recherchée est atteinte. Les espoirs sont vite déçus, le débit s'avère faible mais suffisant pour la piscine projetée. En attendant, l'eau, à 28°, s'écoulait dans une vasque à disposition des parisiens à raison de 600 litres à la minute avant d'aller se perdre dans les égouts. Le puisatier mourut. Deux ans après, sous la direction du fils du puisatier, on se remit à creuser. Le 19 novembre 1903, une nouvelle nappe était atteinte à la cote 582,40 mètres. Cette fois, on décida d'arrêter les frais. L'inauguration officielle du puits eu lieu le jeudi 7 avril 1904 à 2 heures.

La nouvelle Butte-aux-Cailles

Dans la presse...


L’état de santé de Blanqui

À l'issue de la réunion, le brusque passage d'un milieu chauffé dans l’atmosphère humide de la rue lui causa un frisson : Blanqui eut une défaillance dont il se releva aussitôt. Il voulait marcher, mais les personnes qui l'accompagnaient l'obligèrent à monter dans un fiacre où, malgré sa résistance, on le recouvrit d'un gros pardessus.
On le conduisit chez un de ses amis, 25, boulevard d'Italie. (1880)

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Les apaches de la rive gauche

Ce qui donne à cet extrême sud de Paris un cachet particulier, ce sont les terrains vagues de la Glacière, vallée et coteaux de la Bièvre, vastes étendues inhabitées qui se peuplent d’ailleurs en dépit du pittoresque mais à l’avantage de la sécurité... (1903)

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Le débordement de la Bièvre

Les conséquences de l'orage du 29 mai se sont fait sentir façon particulièrement désastreuse chez un grand nombre de mégissiers riverains de la Bièvre... (1901)

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L'Exode des « Biffins »

Nous avons parlé tout récemment d'une fête que donnèrent les sept cents chiffonniers de la cité Tolbiac à l'occasion des noces d'argent de leurs concierges... (1898)

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La Vallée de la Bièvre

Dans quelque temps, il ne restera presque plus aucune trace du cours sinueux de l'ancienne rivière de Bièvre dans Paris. Ce ruisseau, qui eut son charme autrefois, est devenu depuis nombre d'années le réceptacle et le véhicule des résidus industriels de toute la région... (1894)

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Saviez-vous que... ?

En 1887, Camille Claudel vivait dans un atelier loué pour elle par Auguste Rodin, la Folie Neubourg ou Clos Payen, 68 boulevard d’Italie, actuel boulebard Blanqui

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En 1890, le quartier Croulebarbe comptait deux maisons de tolérance, celle de Mme Rouau au 9 boulevard d'Italie et celle de Mme Turquetil au 11 du même boulevard. Le quartier Maison-Blanche n'en comptait aucune.

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Le nom d'Émile Deslandres fut donné en juillet 1936 à un tronçon de l'ancien passage Moret pour que cette rue honore l'ancien conseiller municipal qui représenta le 13e à l'Hôtel de Ville pendant près de 30 ans.

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En janvier 1910, c'est Mlle Rose Boyer, une délicieuse blonde de vingt et un ans, qui exerçait la délicate profession de brodeuse, et qui demeurait 12, rue de l'Espérance ainsi que le précisait Le Journal, qui fut élue Reine du 13e arrondissement par l'Association artistique dudit arrondissement, affiliée au comité des fêtes de Paris, et ce, au théâtre des Gobelins.

L'image du jour

La folie Neubourg sur le boulevard Auguste Blanqui, déjà en partie démolie.