Dans la presse...

 Le puits artésien de la Butte-aux-Cailles - Le Siècle 1865

Le puits artésien de la Butte-aux-Cailles

Le Siècle — 27 aout 1865

Le puits artésien de la butte aux Cailles, dont nous n'avions pas visité le chantier depuis l'année dernière, est arrivé maintenant à une profondeur de 75 mètres, c'est-à-dire à 13 mètres 50 au-dessous du niveau de la mer.

Ce puits, au lieu d'être foré comme on a l'habitude de faire, est creusé à la pioche, comme les puits ordinaires : son diamètre est de 2 mètres en dedans œuvre. Il a été commencé le 14 juillet 1863, et l'entreprise a depuis lors traversé bien des phases. Après avoir percé une masse de 13 mètres d'épaisseur et être arrivés à une profondeur de 32 mètres, les travailleurs atteignirent la zone des calcaires grossiers, où ils rencontrèrent la première nappe, celle des puits du quartier. Cette nappe fut emprisonnée au moyen d'une tonne en fer, dont nous avons parlé en son temps.

À quelques mètres plus bas on rencontra des argiles, puis, à 42 mètres 30, on trouva un banc de sable, avec des pyrites, partie calcinée et partie tendre, d'où l'eau s'échappait en abondance ; c'était la seconde nappe, dite nappe des sables. Pour maîtriser celle-ci, on eut re cours à un cuvelage en bois saboté en fer, dont les douves furent descendues une à une et montées sur place au moyen de rainures. Une fois cette cuve montée, on la fit descendre plus bas d'abord, au moyen d’un levier mu par un treuil ; puis, quand il y eut entre la maçonnerie du revêtement et cette cuve un espace suffisant, on continua à la faire descendre au moyen de crics, et cette pression l'ayant fait enfoncer dans les argiles du fond, la nappe fut interceptée par le bas.

Mais l'eau, cherchant toujours l'issue la plus proche, reflua par le haut, et avec une telle abondance qu'il fut impossible de faire le joint de briques qui devait souder la maçonnerie supérieure avec le haut de la tonne ; la puissance de l'eau comprimée détruisait le travail avant que le ciment des joints eût pu prendre consistance. Il fallut alors donner à cette eau impétueuse une issue provisoire, ce que l'on fit en perçant dans les parois de la tonne un trou par où elle arriva en abondance dans le puits.

Au moyen de cette diversion, on put couler du ciment entre la tonne et les parois de la fouille, on put effectuer la soudure de briques, lui donner toute la résistance désirable ; puis quand cette maçonnerie eut acquis l'adhérence voulue, on boucha le trou de la tonne, et la nappe, sérieusement emprisonnée cette fois, resta dans sa zone normale. Cette tonne fût ensuite recouverte par une chemise de briques.

Nous avons insisté à dessein sur les détails de cette opération, pour mieux faire comprendre à nos lecteurs une des mille difficultés de l'entreprise.

Ceci fait, on continua à creuser à travers des argiles grisâtres, des argiles panachées, des argiles rouges, des argiles verdâtres et l'on arriva ainsi à la profondeur de 56 mètres 50. Ici on élargit la fouille par cinq retraites de 50 centimètres chacune, et le diamètre fut porté à 4 mètres.

Cependant, d'après les notions acquises par un sondage d'essai fait à côté du puits, on s'attendait à trouver à cette profondeur une nappe dont la rendement avait été évalué à 200 litres par minute, et, dans cette prévision, on monta une pompe qui pouvait en aspirer 500 litres dans le même espace de temps, puis on fit au fond de la fouille un trou de sonde pour savoir au juste où rencontrer la nappe attendue; mais, dès qu'on eût atteint la région de l'eau, celle-ci jaillit avec une telle force que tout ce qu'on fit d'abord pour l'intercepter fut inutile ; bondes ou bouchons boulonnés sautaient en l'air comme des bouchons de Champagne, et, malgré la pompe d'épuisement de 500 litres à la minute, à laquelle on en avait ajouté une autre d'un débit de 150 litres, l'eau, montant toujours, arriva jusqu'à la hauteur des calcaires grossiers, à travers lesquels elle s'échappait comme â travers une écumoire.

Cependant, au moyen d'une gargouille en bois, on parvint, après quinze jours, à couler dans le malencontreux trou de sonde du ciment qui finit par faire un bouchon solide, et l'eau fut arrêtée. Alors on put suffire à l'épuisement ; on monta une nouvelle pompe, de sorte qu'en pouvait expulser 1,100 litres d'eau à la minute ; et après ces préparatifs on alla résolument trouver à coups de pioche la nappe impétueuse, qui, ouverte cette fois surtout le diamètre du puits, arriva avec abondance, mais sans jaillir.

Cependant, les pompes marchaient à toute vapeur, et l'on creusa ainsi 3m. 50 en traversant des conglomérats, des calcaires pisolithiques, de la craie tubulée. Là, l'eau arrivant toujours avec plus d'abondance, on remplaça la petite pompe, par une plus forte, et l'on se trouva en mesure de chasser 1,500 litres à la minute. A 50 centimètres au-dessus du niveau de la mer, l'eau tombait d'une hauteur de trois mètres en jets gros comme la cuisse, et le bruit de ces cascades, joint à celui des trois pompes d'épuisement, produisant un tapage infernal, on fut obligé d'avoir recours à des signaux de convention pour se faire comprendre du bas en haut ou du haut en bas.

À la cote 64 m. 50, on entreprit enfin d'emprisonner cette nappe comme les précédentes, ce à quoi l'on parvint après un travail de plusieurs jours (de jours et de nuits, bien entendu, car là on n'arrête jamais) et par un procédé que nous décrirons un autre jour, puis on continua la fouille jusqu'au point où elle en est aujourd'hui.

Le puits de la Butte-aux-Cailles, fait à la main contre l'ordinaire, offre à la géologie des curiosités exceptionnelles, puisqu'au lieu des détritus broyés qu'on remonte quand on emploie le trépan, on en extrait des blocs chargés de coquillages très intéressants à étudier ; l'un de ces blocs, extrait dernièrement, pèse 670 kilogrammes.

Dans les diverses couches qu'on a traversées, on a trouvé des bélemnites, des ostréas de divers genres, des ammonites, des oursins, des étoiles de mer, plusieurs spécimens de la terebratula spinosa, etc. ; nous avons même vu une dent de requin enchâssée dans un morceau de craie. Toutes ces curiosités prennent place dans le cabinet des collections établi dans le pavillon du conducteur des travaux, où elles sont placées dans des vitrines avec leur cote de gisement.



Saviez-vous que ...

L'image du jour

L'hôpital de la Salpétrière

Vu dans la presse...

1926

Un abreuvoir pour chevaux et pour chiens a été inauguré ce matin

Les badauds sont rares dans le quartier de la Gare et lorsqu'une inauguration y amène des officiels et dû « beau monde », l'assistance est aussi clairsemée que pittoresque : c'est devant une dizaine de marmots, quelques garçons bouchers et deux ou trois ménagères que la fontaine, offerte par la S.P.A. à la Ville de Paris pour étancher la soif des chevaux et des chiens, a été remise à M. Morain, préfet de police. (1926)

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1906

Le foyer d’infection de l’avenue de Choisy

Signalons, en plein Paris, un foyer d'infection « qui défie toute concurrence : 15, avenue de Choisy, entre le boulevard Masséna et la rue Gandon, existe un dépôt d'ordures ménagères. Les chats et les chiens crevés y achèvent paisiblement leur transformation dernière sous les chauds rayons du soleil de juillet. (1906)

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1883

L’accident de la place Pinel

Hier matin, vers dix heures, la concierge de la maison du n° 3 de la place Pinel descendait à la cave, une bougie à la main. Arrivée à la dernière marche de l'escalier, le sol céda sous ses pieds, et elle disparut tout à coup dans une profonde excavation. (1883)

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1877

Un nouveau pont

Un nouveau pont vient d'être construit sur la route militaire qui entoure Paris, entre la porte de la Gare et celle de Vitry. Il est parallèle au boulevard Masséna, et franchit la ligne du chemin de fer d'Orléans. De cette façon, on peut parcourir la ligne stratégique sans rencontrer d'obstacles. (1877)

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1911

Pour les Petits Ménages, Maisons et jardins

C'est aujourd'hui qu'on inaugure la « fondation Singer-Polignac » devant un nombreux et élégant public d'invités.
À vrai dire, ce n'est pas « tout près d'ici ». C'est à l'autre bout de Paris, à la Glacière, tout près des « fortifs » dans un quartier essentiellement populaire, où l'on vient d'achever une nouvelle église, une nouvelle paroisse, Sainte-Anne, qui succède à la chapelle Bréa. Rue de la Colonie, entre les baraques en planches d'une population inconnue et une usine ; on y arrive par la place d'Italie et la rue Bobillot. (1911)

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1906

La mort de M. Curie

Les obsèques de M. Curie ont été célébrées, hier, avec la plus grande simplicité et sans aucune cérémonie.
Dès trois heures arrivèrent à la maison mortuaire, 108, boulevard Kellermann, des professeurs de la Sorbonne et du Collège de France, ainsi que des membres de l'Institut. Tour à tour ils pénétraient dans la petite maison... (1906)

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1867

Les transformations de Paris

L'administration vient de faire déposer à la mairie 13e arrondissement le plan parcellaire des propriétés dont la cession est nécessaire en tout ou en partie pour exécuter :
1° L'élargissement à 40 mètres de la rue Mouffetard, entre le boulevard Saint-Marcel et les boulevards d'Italie et de l'Hôpital ;
2° La transformation de la place d'Italie, entre la rue Mouffetard et les boulevards de la Gare et d'Italie ;
3° L'ouverture, entre cette place et la Gentilly, d'un boulevard de 34 mètres de largeur, donnant à l'ouest le pendant du boulevard de l'Hôpital. (1867)

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1896

Logements à bon marché

Paris nous réserve toutes les surprises, et ses historiens, malgré leurs patientes recherches, n'arrivent que difficilement à nous signaler les faits bizarres, les trouvailles imprévues que les faits-divers nous révèlent chaque jour et par hasard.
On vient de découvrir qu'en plein cœur de la capitale il existe une maison habitée par une cinquantaine de locataires depuis plus de vingt ans et que cet immeuble n'a ni propriétaire ni concierge. (1896)

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1904

La maison sans maître

Tout au bout de l'avenue d'Ivry, près des fortifications, se trouve une impasse dont l'accès est si étroit, qu'aucun véhicule n'y peut pénétrer sans raser et détériorer les murailles des maisons qui la bordent ; c'est le passage d'Ivry.
Tout au fond de ce passage se dresse une maison branlante, dont l'histoire est bien extraordinaire. (1904)

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1907

La maison puante

Par quoi le fait de n'avoir ni propriétaire, ni concierge, ni loyer à payer ne constitue pourtant pas le bonheur.
M. Navarre a entretenu hier le conseil municipal d'une maison de son quartier qui n'a ni propriétaire, ni concierge, mais qui n'est pas sans locataires, ou plutôt sans habitants. (1907)

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1927

La Butte-aux-Cailles nouvelle butte « sacrée »

Elle pourrait bien être en passe de gagner le titre de nouvelle Butte sacrée, cette Butte-aux-Cailles, au nom plein de charme évocateur, qu'on songe à la splendeur cynégétique ou à la petite amie souriante, chantante et potelée. (1927)

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1861

Le nouveau Paris

L'ex-commune de la Maison-Blanche, au-delà du boulevard d'Italie, est une des parties annexées qui offrent le plus de difficultés pour le nivellement, car d'un côté il s'agit de franchir les hauteurs de la Butte-aux-Cailles, et de l'autre il faut remblayer des fondrières, des carrières abandonnées... (1861)

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